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Des circonstances « étranges » : ce que l’on sait sur la tragédie ferroviaire en Espagne

Des circonstances « étranges » : ce que l’on sait sur la tragédie ferroviaire en Espagne

Au lendemain du choc impliquant deux trains à grande vitesse dans le sud de l’Espagne, près de Cordoue, le bilan s’établit à 39 morts. Selon les autorités nationales, l’accident demeure « difficile à expliquer ».

Quelques heures après le drame, le bilan ne cesse de s’alourdir. Ce lundi 19 janvier au matin, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé la mort d’au moins 39 personnes à la suite de l’accident impliquant deux trains à grande vitesse à hauteur de la commune d’Adamuz, à environ 200 kilomètres au nord de Malaga. 73 personnes sont actuellement hospitalisées, dont 24 dans un état grave. Parmi elles, 62 se trouvent à l’hôpital Reina Sofía de Cordoue et 11 ont été prises en charge par l’hôpital d’Andújar (Jaén).

Le choc, qualifié de « terrible » par le ministre espagnol des Transports, Óscar Puente, s’est produit ce dimanche, aux alentours de 19 h 45, dans le sud de l’Espagne. Selon le ministre, les derniers wagons d’un train à grande vitesse exploité par la compagnie Iryo, qui reliait Malaga à Madrid, ont déraillé avant d’envahir la voie adjacente.

Le convoi a alors percuté un train de la compagnie nationale Renfe, qui circulait en sens inverse en direction de Huelva (sud-ouest) à près de 200 km/h. Le conducteur de ce dernier, âgé de 27 ans, serait mort sur le coup. Une centaine de personnes se trouvaient à bord tandis que le train Iryo transportait quelque 300 personnes.

« Tout est complètement détruit »

La violence de l’impact a projeté plusieurs wagons hors des rails, notamment les deux premiers wagons du train Renfe, qui transportaient à eux deux une cinquantaine de passagers. Cette partie de l’engin serait tombée d’un talus d’environ quatre mètres, d’après les autorités régionales andalouses. Les wagons 6 et 8 du train Iryo ont, eux aussi, été gravement endommagés lors de la collision.

« Nous avons commencé à ressentir des vibrations, puis de nombreux chocs, les valises sont tombées, et les chocs se sont multipliés jusqu’à ce que le train s’arrête », affirme Maria San José, 33 ans, passagère du wagon 6, dans les colonnes du quotidien El Pais.

Au journal Diario.es, un jeune passager du wagon 8 du train Iryo a également témoigné : « Il y avait deux sièges vides à ma droite, c’est ce qui m’a sauvé. Soudain, j’ai entendu un bruit de ferraille très fort, le wagon a basculé vers la droite et je me suis agrippé de toutes mes forces au siège. J’ai fermé les yeux… et, quand je les ai rouverts, il y avait de la fumée, des blessés et des morts autour de moi. »

Les services d’urgence, arrivés rapidement sur place, ont dû intervenir au milieu de carcasses de wagons déformés et de débris dispersés. « Tout est complètement détruit », a déclaré Francisco Carmona, le chef des pompiers de Cordoue à la chaîne de télévision publique TVE. Et ce dernier de poursuivre : « Nous avons même dû déplacer des corps pour pouvoir accéder à des personnes vivantes. »

Face à l’ampleur du drame, le gestionnaire du réseau ferroviaire espagnol, Adif, a annoncé l’interruption du trafic à grande vitesse entre Madrid, Cordoue, Séville, Malaga et Huelva pour toute la journée du lundi 19 janvier. En parallèle, des équipes de soutien psychologique doivent être déployées pour accompagner les familles des victimes dans la gare madrilène d’Atocha.

Un accident « difficile à expliquer »

Au lendemain du drame, reste à déterminer les causes de ce déraillement qui a pris tout le monde de court. De son côté, le ministre espagnol des Transports a évoqué un « accident étrange et difficile à expliquer » car « il s’est produit sur une ligne droite ».

Le train, en service depuis seulement quatre ans, était « pratiquement neuf ». Par ailleurs, des travaux de rénovation avaient été achevés en 2025 sur le tronçon où l’accident s’est produit. « Pour l’instant, nous ne pouvons pas spéculer », a-t-il admis ce dimanche.

Le ministre admet en outre que « les experts ferroviaires » dépêchés sur place ont été « extrêmement surpris » par les circonstances de l’accident. La commission d’enquête indépendante sur les accidents ferroviaires a été saisie et Oscar Puente estime le délai nécessaire pour déterminer les causes à au moins un mois.

Au-delà du bilan humain, l’origine du choc est susceptible de remettre en cause la réputation du réseau espagnol de train à grande vitesse. Une catastrophe du même genre avait déjà eu lieu en 2013, à Saint-Jacques-de-Compostelle (en Galice), mais concernait un train de type « Alvia », de moyenne vitesse. À cette époque, le bilan définitif s’était établi à 79 morts et 140 blessés. Ce 18 janvier, il s’agissait donc du premier accident ferroviaire impliquant un engin à grande vitesse dans le pays en 34 ans d’activité, comme le souligne le journal Abc. Ces trains avaient été mis en place dans la foulée de l’Expo universelle à Séville, en 1992.

Rappelons que l’Espagne demeure, derrière la Chine, le pays du monde avec le plus de kilomètres pour trains à grande vitesse. À la fin des années 2010, la libéralisation du secteur a été actée, permettant l’arrivée sur le marché de plusieurs compagnies à moindre coût, comme Ouigo ou Iryo. Dans ElConfidencial.com, l’ingénieur civil Salvador Garcia Ayllon – sans toutefois s’avancer sur la cause de ce dernier accident – soulève que ces dernières années, « face à l’augmentation exponentielle des usagers », la priorité a été portée sur « le développement des lignes à grande vitesse […] au détriment de la maintenance des infrastructures ».

Réactions internationales

Dans la foulée de l’accident, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, selon qui « aucune parole ne peut atténuer une souffrance aussi grande », a annulé la rencontre très attendue, prévue ce lundi, avec le chef de l’opposition conservatrice Alberto Núñez Feijóo sur la stratégie militaire de l’Espagne face à la guerre en Ukraine et la crise au Groenland. « Je veux que vous sachiez que la Nation tout entière est à vos côtés en ces moments si difficiles », a-t-il écrit sur X, exprimant « [ses] plus sincères condoléances aux familles et aux proches des victimes ».

Dans un communiqué relayé sur le même réseau social, la famille royale espagnole a également exprimé sa « grande inquiétude ». À l’international, les réactions ne se sont pas non plus fait attendre. Le président Emmanuel Macron a pour sa part adressé ses « pensées » aux victimes et a promis le soutien de son pays après le drame.

De son côté, le président du Conseil européen, António Costa, s’est dit sur X « profondément choqué par le terrible accident ferroviaire survenu à Adamuz » et a exprimé sa « profonde solidarité envers les victimes, leurs proches et le peuple espagnol ».

La présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a quant à elle souhaité aux blessés et à leurs proches de trouver « force et réconfort en ces moments difficiles ». « Je remercie les équipes de secours pour leur excellent travail dans la gestion de cette tragédie, a-t-elle déclaré sur ses réseaux sociaux. « L’Europe est aux côtés du peuple espagnol en ces moments difficiles. »