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Dialogue national en RDC : l’opposition et les Églises mises à l’écart

Dialogue national en RDC : l’opposition et les Églises mises à l’écart

Face à la crise sécuritaire, le président Félix Tshisekedi relance le dialogue intercongolais, mais en verrouillant d’emblée le cadre, excluant une partie de l’opposition et, plus surprenant, les Églises.

On en revient toujours au même mot, celui que la République démocratique du Congo n’a jamais vraiment su concrétiser : le dialogue. Longtemps repoussé, souvent invoqué, rarement mené à terme, il s’impose à nouveau comme un passage obligé. Cette fois, le président Félix Tshisekedi affirme vouloir en fixer les règles. Le 31 janvier à Kinshasa, le président congolais a renouvelé son appel à l’unité nationale et à un dialogue inclusif — une exigence ancienne de l’opposition et de la société civile, portée notamment par les confessions religieuses, la CENCO et l’ECC.

Des « lignes rouges » clairement tracées

D’emblée, Félix Tshisekedi a précisé les « lignes rouges » de ce dialogue : il devra se tenir sur le sol national, être conduit et organisé par les institutions de la République, dans le strict respect de la Constitution, des lois en vigueur et des règles démocratiques qui fondent le pacte national. Il a souligné que ce cadre de concertation pourrait réunir tous les Congolais, à l’exception des auteurs de crimes contre les populations.

Selon lui, ce dialogue ne doit en aucun cas relativiser les atrocités commises ni se substituer aux obligations internationales. « Il ne peut être invoqué pour diluer les responsabilités établies », a-t-il prévenu.

Le chef de l’État a également réitéré son vœu de voir la justice poursuivre rigoureusement les auteurs de crimes, afin d’honorer la mémoire des victimes des agressions.

Cette prise de position s’inscrit dans un contexte marqué par des condamnations judiciaires visant aussi bien les dirigeants de l’AFC/M23 que l’ancien président Joseph Kabila.

Les Églises exigent un cadre extérieur

Les conditions posées par le président Tshisekedi ne convainquent pas les Églises, qui maintiennent leur propre feuille de route depuis le 25 août 2025 pour tenter de sortir l’Est du pays de la crise.

Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), plaide pour que le dialogue inclusif se tienne à l’extérieur du pays. « Un cadre extérieur offrirait un climat plus serein et rassurant pour tous les acteurs politiques et sociaux, sans crainte de pressions ou de menaces », insiste-t-il, pointant du doigt l’environnement politique interne jugé trop fragile pour garantir une concertation véritable.

Les conditions posées par le président Tshisekedi n’ont pas manqué de provoquer des réactions vives au sein même de l’opposition congolaise.

Pour Ensemble, le parti de Moïse Katumbi, « un dialogue national inclusif ne saurait être une concession du pouvoir ni une rencontre de convenance entre alliés politiques. On ne dialogue pas pour se conforter entre convaincus, mais pour affronter avec lucidité et courage les causes profondes ».

Le parti pointe une contradiction majeure : pourquoi le pouvoir refuse-t-il un dialogue politique hors de Kinshasa avec l’opposition nationale, alors qu’il accepte de négocier avec l’AFC/M23 à Doha, loin du territoire congolais ? Selon Ensemble, cette posture fragilise la crédibilité même du processus annoncé.

Le parti insiste sur la nécessité d’une médiation neutre, telle que proposée par la CENCO et l’ECC, et rejette toute initiative qui pourrait se réduire à un simulacre politique, instrumentalisé pour légitimer un pouvoir en difficulté face aux crises politique, sécuritaire et humanitaire qui touchent désormais l’ensemble du pays.

Doha contre Kinshasa, la contradiction pointée

Ce camp s’interroge sur le refus d’un dialogue politique hors de Kinshasa avec l’opposition congolaise, alors que le pouvoir accepte de discuter avec l’AFC/M23 à Doha, en dehors du territoire national. Pour Ensemble, cette posture fragilise la crédibilité du processus annoncé. Le parti estime que ce dialogue ne peut être crédible que sous une médiation neutre, notamment celle proposée par la CENCO et l’ECC, et rejette toute initiative qu’il considère comme un simulacre politique.

De son côté, Ferdinand Kambere, secrétaire permanent du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), fustige sur X ce qu’il qualifie de contradiction majeure autour de l’appel à un « dialogue national inclusif ». Organiser ce dialogue en s’appuyant sur des institutions issues des élections de 2023, largement contestées, sans décrispation politique et sans garanties des libertés publiques, revient selon lui à nier l’esprit même du dialogue. Pour le PPRD, cette démarche vise à légitimer un pouvoir « aux abois depuis près de sept ans » face aux crises politique, sécuritaire et humanitaire qui frappent désormais tout le pays.

À l’inverse, Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka, insiste sur l’essentiel. « Le plus important, ce n’est pas qui convoque le dialogue ni le lieu de la réunion, mais les objectifs que poursuit ce dialogue, tels que le peuple les réclame : récupérer les territoires occupés, pacifier les provinces en proie à l’insécurité, renforcer l’unité et la cohésion nationale, mais aussi mettre en place les réformes électorales nécessaires pour garantir des élections crédibles en 2028 », rappelle-t-il.

D’après Envol, le président impose des conditions qui restreignent le véritable esprit du dialogue, le réduisant à une simple opération de communication encadrée. Le parti, dirigé par Delly Sessanga, met également en garde contre le danger d’écarter les voix critiques et dissidentes sous couvert du respect de la Constitution et de l’ordre institutionnel.

Pendant ce temps, la guerre continue

Alors que Kinshasa débat du dialogue national, la guerre continue dans l’Est. Ce 4 février, des affrontements opposant les rebelles Twirwaneho et Red Tabara, alliés au M23, aux FARDC et Wazalendo à Fizi, Mwenga et Mikenge, soulignant l’urgence d’un dialogue réel capable de ramener la paix sur le terrain.