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Donald Trump, l’Idi Amin Dada des rives du Potomac

Donald Trump, l’Idi Amin Dada des rives du Potomac

On savait qu’il avait un ego démesuré. On n’imaginait pas qu’un président américain puisse devenir mégalomane à ce point.

Le traditionnel concert de jazz de la veillée de Noël a, pour la première fois depuis vingt ans, été annulé cette année au Kennedy Center de Washington. Ou plus exactement dans la salle qui, depuis le 19 décembre, a été rebaptisée : « The Donald J. Trump and The John F. Kennedy Memorial Center for the Performing Arts ». Chuck Redd, le chef d’orchestre qui assure ce concert tous les ans depuis 2006, a déclaré forfait. Lui qui a joué, notamment, aux côtés de Dizzy Gillespie et Ray Brown, a déclaré ne pas imaginer pouvoir faire un spectacle dans ce prestigieux centre culturel, abusivement rebaptisé du nom de l’actuel président des États-Unis. Un mémorial qu’en 1964, un an après la mort de John Kennedy, le Congrès avait solennellement décidé, par une loi votée à une très large majorité, de nommer ainsi en souvenir du président assassiné.

À Washington, le 19 décembre 2025, le nom de Donald Trump a été ajouté à la façade du Kennedy Center © (Jacquelyn Martin/AP/SIPA/Jacquelyn Martin/AP/SIPA)

Cela fait des mois que Donald Trump a repris en main le centre culturel le plus emblématique de Washington. Il a commencé par s’en attribuer la présidence. Puis il a éliminé un par un les membres du conseil d’administration pour les remplacer par des administrateurs à sa dévotion. La cerise sur le gâteau étant de faire voter « à l’unanimité » une motion rebaptisant le centre de son propre nom.

Un véritable culte de la personnalité

Ce n’est malheureusement pas le seul exemple de ce qui est en train de devenir un véritable culte de la personnalité autour de Donald Trump, certes applaudi par ses partisans les plus enthousiastes, mais critiqué de plus en plus vivement, y compris dans le camp républicain.

Ainsi, le 22 décembre, dans sa résidence de Mar-a-Lago – et non pas à la Maison-Blanche, pour une décision de cette gravité – le président a annoncé le lancement d’une nouvelle classe de navires de guerre s’apparentant à des cuirassés, qui porteront le nom de « Trump ». Il s’agit là encore d’une entorse à la tradition américaine qui veut que l’on baptise les bateaux de guerre les plus prestigieux du nom d’un président décédé. Ce qui est par exemple le cas du Gerald Ford, le plus grand porte-avions du monde.

Enfin, le président fait pression sur son ministre de l’Intérieur, sur ses architectes et sur la municipalité de Washington pour que soit érigé, à l’occasion du 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis, un arc de triomphe, semblable à celui de la place de l’Étoile à Paris, sur les rives du Potomac, au Memorial Circle. Un monument qu’il appelle déjà « l’Arc Trump ».

Jusqu’à présent, le nouveau locataire de la Maison-Blanche se contentait de marques de flatterie à son égard. Comme lors de l’un des premiers conseils au cours duquel les ministres avaient été priés, les uns après les autres et devant la presse, de chanter les louanges du président. Ou bien lorsqu’il avait reçu, le 2 décembre, des mains de son ami Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football, le tout premier « prix de la paix de la Fifa », pour le consoler de ne pas avoir été désigné par l’Académie de Stockholm comme Prix Nobel de la paix 2025.

Sans compter cette première qui avait consisté à faire défiler 7 000 soldats, 150 véhicules blindés et 150 avions, le 14 juin, sur le Mall de Washington, à l’occasion de son 79e anniversaire. Qui, par chance, correspondait au 250e anniversaire de l’US Army.

Du business à la politique, la même signature

Après tout, Donald Trump ne fait qu’appliquer à la vie politique ce qu’il a toujours fait dans les affaires, puisque sa première réalisation immobilière à Manhattan est la « Trump Tower ». D’ailleurs, depuis cette première tour, beaucoup d’autres bâtiments portent son nom : des hôtels, comme à Washington, Chicago, Las Vegas ou Honolulu, plusieurs casinos à Atlantic City – revendus récemment – ainsi que 18 terrains de golf, aux États-Unis, mais aussi en Écosse, en Irlande ou en Indonésie. Et d’autres sont en projet ou en construction à Dubaï, à Djeddah ou au Qatar. Un point commun : ils sont tous estampillés Trump.

Que, dans ses affaires privées, il ait sa marque de fabrique, pourquoi pas. Mais on n’avait jamais vu un président des États-Unis mettre son nom, pendant son mandat, sur des bâtiments officiels ou des projets publics. Comme s’il était le seul concepteur, bâtisseur ou même propriétaire des lieux. Une pratique qui révèle une conception complètement narcissique de la mission qui lui a été confiée par le peuple américain.

Reste que le nom de Trump qui lui a été accolé n’a, jusqu’à présent, pas été un gage de réussite pour l’ancien Kennedy Center. Depuis que le président a repris en main, il y a déjà plusieurs semaines, une programmation qu’il considérait comme trop « woke », les réservations ont considérablement baissé et plusieurs auteurs américains de renom, comme Issa Rae et Peter Wolf, ont annoncé, eux aussi, comme Chuck Redd pour la veillée de Noël, qu’ils renonçaient à y produire les pièces qu’ils envisageaient. Cela a tellement agacé le nouveau maître des lieux qu’il a demandé à Richard Grenell, le président en titre du Memorial, d’assigner Chuck Redd, le musicien défaillant, pour lui réclamer 1 million de dollars de préjudice.