Le président américain a rapidement dévoilé ses cartes : au Venezuela, il compte s’emparer du pétrole afin de relancer la production, en berne ses dernières années. Une ambition qui s’annonce plus difficile que prévu.
L’objectif de l’attaque des États-Unis au Venezuela était-il réellement de mettre un terme au narcotrafic venant de ce pays d’Amérique latine ? Pas vraiment.
Dans sa conférence de presse tenue quelques heures après l’enlèvement de Nicolás Maduro, Donald Trump a dévoilé ses ambitions : « Nous allons faire entrer nos très grandes compagnies pétrolières américaines pour qu’elles investissent des milliards de dollars, réparent les infrastructures gravement dégradées et recommencent à faire gagner de l’argent au pays ». « Il y a beaucoup d’argent à tirer de ce sol », a-t-il ajouté.
Le président républicain assume d’ailleurs une forme de revanche sur Caracas, qui avait nationalisé l’ensemble de l’industrie pétrolière du pays. « Ils nous ont pris tout notre pétrole illégalement et nous voulons le récupérer », avait lâché Donald Trump en décembre.
Si cette présentation faite par Donald Trump est qualifiée de mensonge, notamment par l’historienne Elizabeth Burgos, il n’en reste pas moins que le président républicain lorgne sur les énormes réserves pétrolières vénézuéliennes.
Un secteur en faillite
Car le pays détiendrait 18 % des réserves mondiales, selon le Washington Post soit quelque 300 milliards de barils, et vend 80 % de son pétrole de mauvaise qualité vers la Chine.
Problème : le secteur est en faillite. The Economist indique que des « décennies de sous-investissement et de mauvaise gestion ont fait chuter la production pétrolière d’environ deux tiers depuis la fin des années 2000, à environ 1 million de barils par jour ». « La négligence, la médiocrité des infrastructures, le sous-investissement et la corruption » ont plombé la capacité d’exploitation, estime Peter McNally de Third Bridge.
Mais si Donald Trump cible le Venezuela, ce n’est pas uniquement en raison des réserves mirobolantes du pays. « Le brut lourd et acide que le pays possède est précisément le type que les raffineries américaines manquent », d’autant plus que les relations entre les États-Unis et le Canada, principal fournisseur, se refroidissent après les menaces du président états-unien.
Un succès qui n’est pas garanti
Pour pouvoir exploiter les réserves vénézuéliennes comme il le voudrait, il faudrait donc relancer la production. Le Washington Post explique qu’il faudrait débourser jusqu’à 100 milliards de dollars sur plus d’une décennie. « Et cela suppose qu’il y ait suffisamment de stabilité politique pour que les entreprises puissent opérer librement pendant toute cette période », est-il analysé.
De son côté, The Economist met en avant cet obstacle, et précise qu’il faudrait également « une pénurie de main-d’œuvre et un marché mondial saturé ».
Si Chevron est toujours présent au Venezuela et produit quelque 200 000 barils par jour dans quatre champs, les autres entreprises états-uniennes ne se précipiteraient pas forcément. Elles sont d’ailleurs restées muettes face aux appels du président, rapporte The Economist.
« Et même si l’on parvenait à convaincre suffisamment d’entreprises pétrolières de débloquer des fonds, il est douteux que l’industrie pétrolière vénézuélienne puisse suivre le rythme », assure le média spécialisé, notamment à cause de la fuite des cerveaux que le Venezuela a connu ces dernières années.
Même conclusion du côté Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank. Interrogé par l’AFP, il explique que « les grandes compagnies pétrolières états-uniennes ont pour principale responsabilité de rendre des comptes à leurs actionnaires, et non au gouvernement. Dans cette optique, je doute que nous assistions à un regain d’intérêt pour le Venezuela dans un avenir proche ».
Selon Stephen Schork, analyste du cabinet de conseil Schork Group, « les États-Unis se portent très bien sans le pétrole vénézuélien », et le veulent plutôt pour des raisons « politiques ».

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