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Drones iraniens contre missiles occidentaux : l’équation impossible du Golfe

Drones iraniens contre missiles occidentaux : l’équation impossible du Golfe

LETTRE DES ARMÉES. Depuis le début de la guerre en Iran, les Rafale français abattent les drones Shahed avec des missiles à 600 000 euros. Une situation qui illustre le dilemme du coût des interceptions.

Comme si les quatre ans de guerre en Ukraine et les milliers de drones envoyés contre les infrastructures civiles et énergétiques du pays n’avaient pas été pris au sérieux. Bientôt un mois après le lancement de l’opération américaine « Furie épique » contre l’Iran, le même scénario se répète avec les pays du Golfe, sous les tirs des missiles balistiques et des drones Shahed de Téhéran.

Là encore, les drones low cost sont envoyés par salves régulières pour saturer les défenses. Pays le plus visé, les Émirats arabes unis ont été la cible depuis le 28 février de 15 missiles de croisière, 352 missiles balistiques et 1 789 drones selon son ministère de la défense.

Ces attaques ont tué deux militaires, six civils et fait 161 blessés dans le pays. La France, liée aux Émirats arabes unis par un accord de défense depuis 2009, malgré une posture « défensive », est de facto en première ligne pour contrer les attaques de drones. Environ 900 militaires et civils de la défense, appartenant aux Forces françaises aux Émirats arabes unis (FFEAU) sont ainsi stationnés dans le pays.

« Les pilotes ne découvrent pas la menace »

Parmi eux, les pilotes et mécaniciens de l’escadron de chasse 1/7 Provence sur la base aérienne 104 d’Al Dhafra, située à trente kilomètres au sud d’Abou Dhabi et 250 km des premières côtes iraniennes. Six Rafale y sont stationnés en temps normal. Mi-mars, la ministre des Armées Catherine Vautrin a annoncé que leur nombre serait doublé pour un total de douze appareils. Pour Paris, « répondre tout de suite est un gage de crédibilité immense auprès des partenaires » du Golfe.

Malgré la soudaineté de l’offensive iranienne, « les aviateurs ne découvrent pas la menace », confie une source proche du commandement. L’armée de l’Air et de l’Espace s’entraîne régulièrement à des scénarios impliquant la montée en puissance rapide d’un nombre important d’avions de chasse (exercice Émeraude), à disperser les appareils d’une base menacée sur d’autres emprises (opération Topaze) ou encore à réparer rapidement des systèmes de défense sol-air SAMP Mamba (exercice Saphir DSA). Ces derniers sont d’ailleurs déployés au Moyen-Orient, sans que l’on sache le nombre précis.

En début d’année en Arabie saoudite, l’exercice interallié Spears of Victory voyait les Rafale français et grecs, au côté notamment de F-16 jordaniens, pakistanais et américains, s’entraîner contre des sites de défense sol-air réels et simulés, à faire face à divers brouillages et à des attaques… de drones.

Sur la base aérienne 104 d’Al Dhafra, les mécaniciens opèrent désormais le maintien en condition opérationnelle (MCO) sous combat, en portant gilet pare-balles et casque lourd, sous les sirènes d’alertes. Le ciel du Golfe est devenu un « espace aérien rempli de menaces », où la moindre erreur se paie.

Les trois chasseurs F-15 américains abattus par erreur au Koweït le 4 mars dernier par une défense antiaérienne sur le qui-vive rappellent la dangerosité extrême de la zone, entre vagues de missiles et de drones et différents pays cherchant à coordonner leurs efforts.

Un taux d’interception extrêmement élevé

Avec « plusieurs dizaines de menaces aériennes de type Shahed abattues », selon la même source, « le taux d’interception est extrêmement élevé », sans donner de chiffres précis. Les Rafale tirent des missiles infrarouges air-air Mica (Missile d’Interception et de Combat Aérien) d’une portée de 80 km environ. Très efficaces, ces missiles coûtent 600 000 euros l’unité, et leur stock n’est pas illimité.

Idem chez les stocks de missiles Patriot. Selon le président ukrainien Volodymyr Zelensky, 800 ont été tirés uniquement lors des trois premiers jours de la guerre, un nombre jamais atteint par l’Ukraine en quatre ans pour défendre son territoire. À l’inverse, le Shahed ne coûte que quelques milliers de dollars à fabriquer.

Aucun drone n’a été abattu au tir canon par les Rafale français. « Le drone vole lentement et à basse altitude, ce qui implique que des obus vont toucher le sol et donc potentiellement causer des dégâts, explique un pilote de Rafale, ensuite il risque d’exploser au moment de l’impact et l’avion peut recevoir des débris. » Le canon 30M791 de 30 mm, à raison de 21 obus tirés en une demi-seconde, est fait pour le combat aérien contre des avions tout aussi rapides que le Rafale.

Conscient de cet épuisement logistique à venir l’armée de l’air et de l’espace « explore d’autres modes d’actions » en lien avec la direction générale de l’armement (DGA) et les industriels. L’utilisation des hélicoptères de combat pour intercepter les drones lents « peut faire partie des pistes », tout comme l’usage de roquettes guidées, dont les tests sont prévus dans les mois à venir pour offrir une alternative moins onéreuse aux missiles. Dommage de ne pas y avoir pensé plus tôt après quatre ans de guerre en Ukraine, ou même directement après l’intrusion de drones russes en Pologne en septembre 2025.