Le chef du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération a été tué dimanche lors d’une opération militaire. Cette disparition marque un tournant dans la lutte contre le trafic de drogue et provoque une vague de violences au Mexique.
C‘était l’ennemi numéro un. Nemesio « El Mencho » Oseguera Cervantes, ancien policier de 59 ans, qui régnait depuis plus de quinze ans sur l’un des cartels les plus puissants et brutaux du pays, a succombé à ses blessures après un affrontement à Tapalpa, dans l’ouest du Mexique, a annoncé le secrétariat à la Défense nationale. Les forces spéciales, appuyées par la Garde nationale et des hélicoptères, ont échangé des tirs nourris avec des membres du Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG). Quatre narcotrafiquants ont été tués sur place, tandis qu’El Mencho et deux complices, gravement blessés, sont décédés pendant leur transfert aérien vers la capitale.
Trois militaires ont été blessés et hospitalisés à Mexico. Le cartel qu’il dirigeait depuis sa création en 2009 est devenu le principal fournisseur de fentanyl, de méthamphétamine, de cocaïne et d’héroïne vers les États-Unis, tout en multipliant les extorsions, les vols de carburant et les assassinats ciblés contre rivaux et forces de l’ordre.
Un fugitif discret et impitoyable
Né le 17 juillet 1966 à Aguililla, dans le Michoacán, fils de paysans, Nemesio Oseguera a grandi dans la pauvreté avant un bref séjour en Californie. De retour au Mexique, il devient policier municipal puis garde du corps, avant de basculer dans le crime organisé comme tueur à gages puis chef local. Il fonde le CJNG (Cartel de Jalisco Nouvelle Génération) après la dislocation des anciens cartels et en fait une machine de guerre ultraviolente et hyperlucrative.
Surnommé « El Mencho », diminutif de Nemesio, il cultivait une invisibilité quasi totale : les rares photos disponibles datent des années 1980-1990. Contrairement à « El Chapo » Guzmán ou « El Mayo » Zambada, il fuyait les médias, dirigeant depuis l’ombre une organisation responsable de milliers de morts selon la Drug Enforcement Administration.
Depuis 2017, les États-Unis le poursuivaient pour direction d’une entreprise criminelle continue, trafic international de stupéfiants, association de malfaiteurs et usage d’armes à feu. Une récompense record de 15 millions de dollars était offerte pour toute information menant à son arrestation ou sa condamnation. Il était devenu le narcotrafiquant le plus dangereux encore en liberté après la chute successive d’« El Chapo », d’« El Mayo » Zambada et l’extradition de Rafael Caro Quintero.
Réactions en chaîne et chaos régional
La nouvelle de sa mort a provoqué une riposte immédiate du CJNG. Des membres présumés du cartel ont incendié des bus, bloqué des autoroutes et multiplié les affrontements avec les forces de sécurité dans au moins cinq États du Mexique : Jalisco, Michoacán, Guanajuato, Colima et Tamaulipas. Le gouverneur de Jalisco, Pablo Lemus Navarro, a exhorté la population à rester confinée et a suspendu les transports publics jusqu’au retour au calme.
Des supérettes et pharmacies ont été incendiées à Guanajuato, sans victimes mais avec des dégâts matériels importants, rapporte le secrétariat à la Sécurité et à la Paix de Guanajuato. Le chaos a également contraint Air Canada à annuler ses vols vers Puerto Vallarta, une station balnéaire de la côte Pacifique. Le Département d’État américain a, lui, de son côté, recommandé à ses ressortissants de limiter leurs déplacements dans Jalisco, Tamaulipas et Michoacán.
Christopher Landau, secrétaire d’État adjoint américain, a salué sur X un « développement majeur pour le Mexique, les États-Unis, l’Amérique latine et le monde », tout en exprimant sa tristesse face aux scènes de violence qui ont suivi.
I’ve just been informed that Mexican security forces have killed “El Mencho,” one of the bloodiest and most ruthless drug kingpins. This is a great development for Mexico, the US, Latin America, and the world. The good guys are stronger than the bad guys./Los buenos somos más que…
— Christopher Landau (@DeputySecState) February 22, 2026
Cette élimination, comparable à la capture d’« El Mayo » Zambada en 2024, représente l’un des coups les plus durs portés au narcotrafic mexicain depuis des décennies. Elle survient quelques mois avant la Coupe du monde 2026, dont Guadalajara accueillera plusieurs matchs, et ouvre une période d’incertitude sur la succession au sein du CJNG, privé de son fondateur et principal stratège.

Partager :