Dans une interview sidérante accordée à « The Atlantic », le président américain menace Delcy Rodríguez, adoubée par l’armée pour assumer l’intérim de Nicolas Maduro, et revendique une géopolitique de la force assumée.
Donald Trump n’a pas attendu longtemps pour montrer les crocs. Dans un entretien accordé à The Atlantic, ce dimanche 4 janvier, le président américain menace ouvertement Delcy Rodríguez, propulsée à la tête du Venezuela avec le soutien de l’armée. Et, dans la même phrase ou presque, il élargit l’horizon des possibles : le Groenland pourrait être le prochain sur la liste.
Au cœur du propos, une phrase qui claque comme un avertissement : la nouvelle dirigeante du Venezuela, Delcy Rodríguez, pourrait connaître un sort « probablement pire que celui de Maduro » si elle ne se plie pas aux exigences américaines. Nicolás Maduro, rappelons-le, croupit désormais dans une prison de New York après une intervention armée des États-Unis à Caracas.
« Un très grand prix à payer »
« Si elle ne fait pas ce qui est juste, elle va payer un très grand prix, probablement plus important que celui de Maduro », assène le président américain, évoquant ce qu’il qualifie de rejet « défiant » par Delcy Rodríguez de l’intervention militaire américaine ayant conduit à la capture de l’ancien homme fort du régime chaviste.
Trump, arrivé tout juste à son club de West Palm Beach, se montre d’une humeur étonnamment joviale. Il confirme, sans détour, que le Venezuela pourrait n’être qu’un début. « Nous avons besoin du Groenland, absolument », lance-t-il, parlant de l’île danoise, pourtant membre de l’OTAN, comme d’un territoire « encerclé par des navires russes et chinois ».
Le grand retour du « nation building »
Sur le dossier vénézuélien, le président assume une mue idéologique spectaculaire. Longtemps hostile au « regime change » et au « nation building », honnis par une partie de sa base MAGA, Trump balaie désormais ces scrupules. « Vous savez, reconstruire là-bas et changer de régime, appelez ça comme vous voulez, c’est mieux que ce que vous avez aujourd’hui. Ça ne peut pas être pire », affirme-t-il.
Le ton contraste avec celui de la veille. Quelques heures après l’assaut américain sur Caracas et l’arrestation de Maduro et de son épouse, Cilia Flores, Donald Trump s’était montré presque bienveillant à l’égard de Rodríguez. Il avait même déclaré, lors d’une conférence de presse, qu’elle avait laissé entendre en privé sa volonté de coopérer avec Washington, au point que les États-Unis « dirigeraient temporairement » le pays.
« Nous ne serons plus jamais une colonie »
Démenti cinglant, de la principale intéressée. Delcy Rodríguez rejette publiquement toute tutelle américaine : le pays est, dit-elle, « prêt à défendre ses ressources naturelles » et ses institutions demeurent fidèles aux orientations de Maduro, dont elle exige le retour. « Nous ne serons plus jamais une colonie », martèle-t-elle.
Ce bras de fer ouvre la perspective d’un enlisement. La poursuite de la résistance du pouvoir chaviste augmenterait le risque d’un conflit prolongé, impliquant un engagement militaire américain accru, voire une occupation. Pourtant, Donald Trump ne s’en cache pas : « Reconstruire n’est pas une mauvaise chose dans le cas du Venezuela », insiste-t-il. « Ce pays est en ruine. C’est un pays en faillite. C’est un pays totalement en faillite. Un pays catastrophique à tous points de vue. »

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