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En Algérie, la hausse des prix de l’essence et le nouveau Code de la route mettent les transporteurs sous pression

En Algérie, la hausse des prix de l’essence et le nouveau Code de la route mettent les transporteurs sous pression

L’annonce surprise de l’augmentation des prix à la pompe en ce début 2026 ainsi que celle d’un nouveau Code de la route ont créé des tensions que les autorités algériennes tentent de calmer.

Le 1er janvier, les automobilistes algériens ont eu une mauvaise surprise. Sans annonce officielle, ils ont constaté que les prix des carburants avaient augmenté : l’essence passe de 45,62 dinars algériens le litre (environ 30 centimes d’euro) à 47 dinars (+ 1,38 dinar, soit un centime d’euro), le gazole passe de 29,01 dinars à 31 dinars (+ 1,99 dinar) et le gaz de pétrole liquéfié (GPL) est « ajusté », passant de 9 dinars le litre à 12 dinars (+ 3 dinars).

Au-delà même de l’augmentation, c’est la méthode qui interpelle, car c’est l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH) qui a directement instruit les stations-service, sans communication publique. Des associations de protection des consommateurs ont alerté que, sans information officielle, les ménages n’ont pu anticiper l’impact sur leur budget et se sont inquiétés de l’effet domino sur les coûts du transport et des produits dans le commerce. Cette discrétion, selon des sources, avait pour objectif d’éviter le rush sur les stations-service à la veille du Nouvel An.

Très vite, face à une opinion publique désemparée, le ministère de l’Énergie a tenu à communiquer, parlant d’un « ajustement » des prix qui « vise à garantir l’approvisionnement continu du marché national et à couvrir les coûts de production et de distribution croissants ». La même source explique aussi que « l’État continue d’absorber l’écart important entre le coût réel et le prix à la pompe ». L’agence officielle APS a publié une dépêche, assurant que « le prix de l’essence en Algérie représente environ la moitié de celui pratiqué dans certains pays pétroliers comme l’Arabie saoudite, qui produit 10 millions de barils par jour, où le litre se vend à 0,621 USD (79,80 dinars), et la Russie, qui produit 9 millions de barils par jour, où le litre se vend à 0,834 USD (107,10 dinars) ». Et de rappeler que « dans la loi de finances 2026, un montant de 657 milliards de dinars [environ 4,3 milliards d’euros] a été alloué aux subventions des produits de large consommation en Algérie, dont les carburants ».

Inquiétudes pour le pouvoir d’achat

Dans la foulée, la semaine dernière, une partie des transporteurs de voyageurs et de marchandises ainsi que des taxis ont enclenché une grève de plusieurs jours. Deux motifs ont mobilisé ces catégories : l’augmentation des prix du carburant mais, surtout, l’annonce d’un nouveau Code de la route, jugé très répressif, avec des peines de prison plus lourdes et des amendes coûteuses. À travers plusieurs villes du pays, les stations de bus et de taxi ont été désertées, les marchandises bloquées dans certains ports, l’approvisionnement en fruits et légumes perturbé et même les transporteurs de carburant ont refusé de fournir les stations-service. Des routiers en colère se sont rassemblés dans plusieurs régions, affichant des pancartes sur le devant de leurs camions, protestant contre une « loi qui, si elle est appliquée, nous ruinera », comme en témoigne l’un des transporteurs sur les réseaux sociaux.

Le Front des forces socialistes (FFS, opposition) a estimé que le projet de nouveau Code de la route a été adopté « dans la précipitation » par le Parlement, « sans aucune concertation avec les acteurs concernés », ce qui a provoqué « un mouvement de grève massif ». Des rumeurs incessantes évoquent une série de grèves pour ce mois de janvier, poussant l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) à dénoncer un « complot » contre l’économie et l’Algérie. Face à ce mouvement de colère, les autorités ont organisé une série de rencontres avec des syndicats de transporteurs et se sont engagées à accepter la hausse des tarifs du transport et à amender le nouveau Code de la route, alors que le texte vient d’arriver au Sénat.

Une partie de l’opposition s’est exprimée sur ces dernières évolutions, comme le Parti des travailleurs (trotskiste), qui s’inquiète de l’impact sur le pouvoir d’achat, le transport ou encore l’agriculture. Face à ce qu’il qualifie de « situation explosive », le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, opposition laïque) a appelé les autorités à « annuler sans délai les augmentations des prix des carburants, à revoir les mesures fiscales et à engager une révision sérieuse du nouveau Code de la route ». Ce parti « exige l’ouverture urgente d’un dialogue sincère et responsable avec les partenaires sociaux et économiques afin d’éviter le désordre et de prévenir une casse sociale aux conséquences imprévisibles ».

Le parti islamiste du Mouvement de la société pour la paix (MSP, tendance Frères musulmans) a, pour sa part, demandé aux autorités « l’ouverture d’un dialogue national sérieux, responsable et inclusif avec de véritables partenaires politiques, économiques et sociaux concernant les questions prioritaires de réforme politique et économique, et la révision des projets de loi ayant un impact direct sur les citoyens ».