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En Cisjordanie, le défi de la main tendue

En Cisjordanie, le défi de la main tendue

Dans ce territoire occupé, des Israéliens, juifs pratiquants, multiplient les actions concrètes avec des Palestiniens pour une coexistence fraternelle.

Certains invoquent la religion pour expulser les Palestiniens, d’autres s’en réclament pour leur tendre la main. Ainsi le rabbin israélien David Rosen, hiérosolymitain, a-t-il crée l’association Rabbis for Human Rights (RHR) en 1988, pendant la première Intifada.

« C’était le début de ce que j’appellerais la corruption du langage et du comportement juif et par conséquent du judaïsme », confie-t-il. Aujourd’hui, RHR, dirigée par le rabbin Avi Dabush, est très présente en Cisjordanie pour défendre les Palestiniens attaqués par des colons juifs extrémistes.

Face à la crise humanitaire à Gaza, David Rosen, qui est devenu une personnalité emblématique du dialogue interreligieux en Israël, a récemment signé, avec 80 autres rabbins orthodoxes du monde entier, une déclaration affirmant notamment que « la vision de justice et de compassion du judaïsme s’étend à tous les êtres humains ».

Remettre l’humain au cœur de la relation entre Israéliens et Palestiniens est l’objectif de Roots, association créée en 2014 en Cisjordanie essentiellement par des Juifs religieux. Ainsi, au sein même de ce territoire emblématique de la lutte entre Israéliens et Palestiniens, Roots plante les graines d’une coexistence pacifiée entre les deux populations.

« Les gouvernements s’y opposent »

L’une de ses coordinatrices, Natalie Zacks, explique : « Pour se considérer comme des êtres humains, il faut avant tout se rencontrer, dialoguer, partager, écouter et découvrir les épreuves que nous traversons de part et d’autre. Israéliens et Palestiniens ont besoin les uns des autres. Nous aimerions trouver un moyen de vivre côte à côte, au lieu de mourir côte à côte. »

À 46 ans, « orthodoxe moderne » telle qu’elle se définit, cette habitante d’Ariel, une des plus grandes villes de Cisjordanie, a cinq enfants et son fils aîné, 21 ans, est à l’armée.

La guerre qui a éclaté le 7 octobre 2023 a largement dégradé la situation. Chaque rencontre constitue, plus que jamais, un défi à relever. « Il n’y a plus aucun endroit où Juifs et Palestiniens sont autorisés à se rencontrer. De part et d’autre, les gouvernements s’y opposent », précise Natalie.

Au-delà du dialogue, Roots distribue des vivres non périssables aux familles palestiniennes les plus démunies et organise des rondes pour protéger les Palestiniens, dont les magasins sont attaqués par des extrémistes juifs.

« L’histoire d’une famille palestinienne m’a ouvert les yeux »

Si la tragédie du 7 Octobre a éloigné des militants de l’action, elle a également créé de nouvelles vocations. C’est le cas de David Walz, 37 ans, deux enfants, parisien d’origine.

Installé en Cisjordanie, il est désormais engagé dans plusieurs associations, parmi lesquelles Roots et Les Enfants d’Abraham, où il travaille avec Mohammed Jamous.

La kippa sur la tête, il raconte : « Avant le 7 Octobre, je ne me posais pas de question. Très peu de temps après, les confidences d’une personne, pour qui j’ai beaucoup d’estime, sur l’histoire de sa famille palestinienne m’ont bouleversé et ouvert les yeux. Or je suis au meilleur endroit possible pour savoir ce qui se passe au jour le jour et je ne peux plus accepter la souffrance des Palestiniens. »