Dans le ciel comme sur terre, Israël poursuit ses opérations en Syrie. Mais, fait rare, l’une d’entre elles a tourné à l’affrontement avec la population ce vendredi, à l’aube. « Des membres de l’armée israélienne sont entrés à Beit Jinn et ont encerclé une maison, rembobine Manwar al-Jalal, habitant du village situé à quatre kilomètres du Golan occupé. Des jeunes se sont opposés aux soldats israéliens et en ont fait plusieurs blessés. »
Au total, six officiers et soldats israéliens ont été blessés, dont certains grièvement. « Des saboteurs ont ouvert le feu sur les forces de Tsahal », assurent les officiels israéliens. En réaction, l’armée israélienne a lancé des raids aériens, qui ont fait 13 morts et 24 blessés, selon le directeur de la santé rurale de Damas.
À LIRE AUSSI « Personne au Hezbollah n’est prêt à rendre les armes » Selon l’armée israélienne, les forces de la 210e division cherchaient à arrêter des membres de la Jamaa Islamiyya – mouvement libanais qui soutient le Hamas –, ajoutant que trois suspects avaient été appréhendés. Manwar al-Jalal conteste ces accusations. « Tout le monde se connaît ici. Les gens tués sont des agriculteurs qui n’ont aucune affiliation politique », assure le jeune homme. Le ministère syrien des Affaires étrangères a dénoncé un « bombardement brutal et délibéré constituant un crime de guerre complet », appelant la communauté internationale à « agir d’urgence pour mettre fin à la politique d’agression et aux violations répétées commises par l’occupation israélienne ».
Le retrait des troupes israéliennes exigé
Cette escalade ébranle les négociations que mènent depuis plusieurs mois Damas et Tel-Aviv en vue d’un accord de sécurité inédit entre les deux pays, officiellement en guerre depuis le conflit israélo-arabe de 1948. Cet accord, soutenu par Donald Trump, serait l’une des conditions préalables à la levée définitive des sanctions américaines contre la Syrie. Pour Israël, c’est aussi un moyen de contrer l’influence croissante de la Turquie dans le pays. « Ahmad al-Charaa [le président syrien, NDLR] a conscience d’être face à plus fort que lui. Israël fait ce qu’il veut depuis le 7 octobre 2023. Le président syrien en personne nous a confié prendre au sérieux le projet du Grand Israël », note une source occidentale proche du pouvoir syrien.
Les autorités syriennes ont exclu toute réponse militaire à la frappe sur Beit Jinn. « La retenue militaire, combinée à la pression diplomatique, nous a récemment permis d’obtenir plusieurs gains vis-à-vis des États avec lesquels nous sommes engagés, dont les États-Unis, le plus grand allié d’Israël dans la région », a déclaré l’ambassadeur de Syrie à l’ONU, Ibrahim Olabi, à la chaîne saoudienne Al-Hadath.
La Syrie exige le retrait des troupes israéliennes des territoires qu’elles occupent depuis le 8 décembre 2024, tandis que l’État hébreu réclame une démilitarisation du sud de la Syrie, où il a déployé ses troupes. Dans une interview accordée au Jerusalem Post le 28 décembre 2024, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a décrit cette avancée comme une prévention d’un « nouveau 7 Octobre ». En juin, des soldats israéliens s’étaient déjà infiltrés à Beit Jinn pour y mener une opération. Le 19 novembre, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, s’est rendu en personne dans la région pour un « briefing opérationnel ».
Israël demande par ailleurs la mise en place d’un corridor humanitaire vers Soueïda, où vit une importante communauté druze. En juillet, l’armée israélienne est intervenue dans les affrontements opposant groupes armés druzes et bédouins, soutenus par Damas, en bombardant des positions de l’armée syrienne ainsi que le ministère syrien de la Défense.

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