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Entre le Maghreb et l’UE, un garrot contre la migration illégale

Entre le Maghreb et l’UE, un garrot contre la migration illégale

LETTRE DU MAGHREB. La politique des Européens pour enrayer les arrivées clandestines par la Méditerranée obtient d’importants résultats : moins 35 % depuis l’Afrique du Nord. Conjoncturel ou structurel ?

Pour les pays membres de l’Union européenne, 2025 au Maghreb sera une « bonne » année, selon le critère, devenu clé, de la migration illégale. Au 11 décembre, on comptait 135 610 arrivées contre 190 088 l’année précédente. 55 000 arrivées de moins, ce n’est pas une baisse anodine. Avec 2 119 morts ou portés disparus, la Méditerranée confirme son statut de premier cimetière marin.

Le Maghreb devient l’efficient gardien des frontières du sud de l’Europe. La Tunisie aura brutalement « fermé le robinet » des départs, expression off d’un ex-ministre de l’Intérieur, à peine 5 000 depuis ses 1 300 kilomètres de côtes. La Mauritanie fait de même depuis son récent accord avec l’UE.

Le 8 décembre, la Commission européenne a rangé ces deux nations dans la catégorie « pays sûrs », ainsi que le Maroc. Trois États sur les cinq qui composent le Maghreb (Libye et Algérie étant les deux autres). « Pays sûrs », cela signifie que leurs ressortissants, en situation irrégulière dans les États membres de l’UE, seront soumis à une procédure accélérée pour l’examen de leurs demandes d’asile : trois mois maximum.

L’année 2025 aura marqué l’aboutissement de nombreux choix politiques et institutionnels faits sur le dossier de la migration illégale. Mémorandum UE-Tunisie, adoption d’une nouvelle orientation générale sur la politique des retours, accords bilatéraux… Au bilatéral des capitales du sud de l’Europe et du nord de l’Afrique s’est ajouté un plan « made in UE », cornaqué par Giorgia Meloni pour la présidente Ursula von der Leyen.

Un Maghreb stable face au chaos sahélien

Dans les capitales du Maghreb, on lit aisément le trouble qui traverse l’Europe. On connaît la vie politique européenne aussi bien que les Européens. De sondages en élections, les partis plaçant la lutte contre l’immigration (illégale et légale) arrivent en tête en France, en Italie, en Autriche, au Danemark… sans omettre Reform UK, qui caracole à plus de 30 % au Royaume-Uni, ce qui est un phénomène nouveau.

Pour accomplir cette politique, l’UE et ses États membres peuvent s’appuyer sur la stabilité des régimes autoritaires du Maghreb. Un atout alors que le Sahel est gangrené par le djihadisme, les salves de coups d’État, la présence tarifée des soldats russes, la pauvreté endémique couplée à une natalité galopante, à rebours du reste du monde. Son flanc nord, le Maghreb, est caractérisé par une stabilité des régimes en place. Le roi Mohammed VI a célébré ses vingt-six ans à la tête du Maroc quand le président Abdelmadjid Tebboune, « réélu » en 2024, est dans sa sixième année au sein d’un « système » politico-militaire en place depuis des décennies.

La Tunisie vit depuis 2019 sous le joug de Kaïs Saïed, persuadé qu’un « grand remplacement » est à l’œuvre dans son pays, organisé afin de remplacer l’identité arabo-musulmane par des Subsahariens. Guère besoin de le persuader de verrouiller ses frontières migratoires, il le fait spontanément, avec une brutalité documentée. Seule la Libye, pays scindé entre Tripoli et Tobrouk, poursuit le juteux commerce de la migration : plus de 60 000 départs depuis ses côtes. Quant à l’Algérie, l’UE ne l’a pas classée comme « pays sûr », le pays ne reprenant guère ses ressortissants expulsés par les États membres de l’UE.

Guerre hybride et arme migratoire

Ce sont 55 000 migrants illégaux en moins en 2025 : ce nombre n’est pas anodin. Néanmoins, peut-on parler d’un résultat structurel ou s’agit-il simplement d’une pause migratoire ?

Quand une route maritime se ferme, une autre s’ouvre, c’est une réalité intangible. Le défi migratoire peut être garrotté, ce qui est le cas actuellement, mais sans mesures d’accompagnements il redeviendra à son étiage d’avant. Les causes de la migration sont connues depuis longtemps et le changement climatique est en train de rendre invivable certaines parties de l’Afrique du Nord.

Il n’est pas inenvisageable que la guerre hybride menée par la Russie contre l’UE et la France s’invite à l’élection présidentielle de 2027. L’arme migratoire serait un puissant levier.