Dans une stratégie classique, on définit l’objectif politique que l’on veut atteindre — l’« état final recherché » en termes techniques ou une « meilleure paix qu’avant la guerre », pour reprendre l’expression de l’historien militaire Basil Liddell Hart.
On réunit ensuite les moyens et l’on définit les voies qui permettront, peut-être, d’atteindre cet objectif face à un adversaire qui, normalement, ne se laissera pas faire. Si l’on s’aperçoit, avant ou pendant la guerre, que les moyens et modes d’action dont on dispose n’assureront pas l’atteinte de cet objectif, on réduit ce dernier de façon à l’accorder à la réalité des rapports de force, jusqu’à finir parfois par capituler pour éviter la destruction.
Donald Trump ne fonctionne pas ainsi. En homme d’affaires, il explore des opportunités de gains — politiques, économiques ou de prestige. Il commence par désigner une zone d’intérêt, puis il réunit les moyens permettant d’exercer une pression sur ceux qui s’y opposent. Ce n’est qu’au cours de l’escalade qui suit, et en fonction des réactions de l’adversaire, qu’il négocie avec lui un objectif atteignable.
La victoire, peu importe laquelle
En l’espace d’un seul mois, on a ainsi vu Donald Trump s’intéresser à l’Iran — sa bête noire depuis son premier mandat — à l’occasion des premières émeutes, pour, dès le 2 janvier 2026, annoncer sur son compte Truth Social que les États-Unis étaient « prêts, armés et parés à intervenir » si le régime iranien tuait des manifestants pacifiques. Moins d’une semaine plus tard, le régime ordonnait le massacre. Donald Trump demandait alors aux Iraniens de descendre dans la rue et annonçait l’arrivée prochaine de son aide, qui n’est finalement pas venue.
Renonçant à l’escalade, Donald Trump s’en tirait par une pirouette indécente en affirmant qu’il avait tout de même empêché des pendaisons par ses menaces, avant de se tourner vers le dossier groenlandais. Constatant l’impasse sur ce dossier et mentant à nouveau en claironnant l’existence d’un pseudo-accord où il aurait obtenu tout ce qu’il voulait, le président américain rouvrait le dossier iranien avec la ferme intention d’y obtenir, cette fois, une victoire — peu importe laquelle, mais une victoire.
Donald Trump renforça donc considérablement les forces américaines sur place, provoquant une polarisation des commentaires sur ces moyens puissants — porte-avions, bombardiers B-2, forces spéciales, etc. — ce qui lui laissait le temps de réfléchir à leur utilité réelle. On l’a donc vu engager un dialogue avec les autorités iraniennes, dont le premier objet était de sonder ce qu’il pouvait en obtenir.
Tout en conservant la liberté d’action du flou, Trump a commencé à ce moment-là à parler du programme nucléaire, celui-là même qu’il avait annoncé comme « oblitéré » en juin 2025 et dont on ne perçoit pas l’urgence immédiate. On sent cependant qu’il pourrait se contenter de n’importe quelle concession du régime iranien, qu’il s’agisse de la répression des émeutes ou de la réduction du stock de missiles balistiques.
Poker sanglant
C’est dans cette ambiance de poker sanglant que l’escalade a débuté. Les adversaires, peu conciliants mais parfois réalistes, jouent aussi leur partition : appels au dialogue et démonstrations de force se succèdent, entre déclarations menaçantes et gesticulations, comme l’envoi de drones d’observation vers la flotte américaine ou — plus dangereux — des mouvements de vedettes rapides autour d’un pétrolier américain.
À ce stade, plusieurs scénarios sont envisageables. Le plus simple serait une pseudo-concession iranienne pour sauver la face, à la manière du régime syrien de Bachar el-Assad en 2013 après l’emploi d’armes chimiques. On peut imaginer une option similaire pour l’arsenal de missiles ou le programme nucléaire, dont il serait possible de jurer, sans grande conséquence, qu’il est gelé. On peut aussi penser à l’annonce de l’arrêt de la répression ou à la libération de prisonniers.
En cas d’absence de concessions dans les jours à venir, Donald Trump dispose de trois possibilités : « se coucher » en annonçant une victoire imaginaire pour passer à un autre dossier (Cuba, par exemple) ; « suivre » en augmentant la pression (blocus du port de Chabahar, traque des pétroliers fantômes) ; ou enfin « relancer » par une campagne aérienne brutale ou des raids commandos contre les infrastructures des gardiens de la Révolution (GRI), possiblement avec l’aide d’Israël.
Reste à savoir si cette relance ferait craquer le régime. Rien n’est moins sûr. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il serait question de « faire tapis » en soutenant militairement la révolution pour renverser le régime, au risque de provoquer une guerre civile.

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