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Entre Washington et la Silicon Valley, rien ne va plus

Entre Washington et la Silicon Valley, rien ne va plus

En essayant de mettre la main sur une version sans restriction de l’IA d’Anthropic, le Pentagone s’est heurté à la communauté de la tech qui appelle également OpenAI et Google à résister.

Donald Trump a ordonné, vendredi, « à TOUTES les agences fédérales du gouvernement américain de CESSER IMMÉDIATEMENT toute utilisation de la technologie d’Anthropic », dans la mesure où l’entreprise refuse d’octroyer un accès sans restriction de son IA à l’armée américaine. « Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas, et nous ne travaillerons plus avec eux », a fustigé le président américain sur son réseau Truth Social.

Le conflit entre le ministère de la Guerre et Anthropic, pourtant habituée à collaborer avec les agences de renseignement américaines, porte sur les conditions d’utilisation de sa technologie, notamment en matière de défense. Comme l’explique le New York Times, le Pentagone souhaite utiliser une version classifiée de son IA, baptisée Claude.

Mais la start-up californienne créée en 2021 par d’anciens membres d’OpenAI et évaluée aujourd’hui à environ 380 milliards de dollars, a fait de la sécurité l’une de ses priorités. Aussi veut-elle doter Claude d’un dispositif de sécurité empêchant son utilisation abusive à des fins de surveillance massive ou dans des armes autonomes sans intervention humaine. Des précautions somme toute compréhensibles, mais qui ne sont pas du goût de Washington.

La communauté de la tech se mobilise

Le Pentagone, qui assure en effet n’avoir nullement l’intention d’utiliser Claude a ces fins, rappelle qu’un sous-traitant privé n’a de toute façon pas son mot à dire quant à l’utilisation légale de ses outils en matière de sécurité nationale. « Leur égoïsme met en danger des vies américaines, nos troupes et la sécurité nationale », a dénoncé Donald Trump, qualifiant la résistance d’Anthropic d’« erreur désastreuse ».

Mais l’inquiétude de la start-up, quant à un possible usage abusif de son IA, fait écho dans la Silicon Valley. Jeudi, une lettre ouverte a été mise en ligne par des employés d’OpenAI et Google pour soutenir la décision d’Anthropic et appeler leurs directions respectives à suivre le pas en « refusant les demandes actuelles du ministère de la Guerre ».

« Le Pentagone négocie actuellement avec Google et OpenAI pour tenter de les convaincre d’accepter ce qu’Anthropic a refusé », dénoncent-ils dans cette missive intitulée « Nous ne serons pas divisés » (« We will not be divided »). « Ils essaient de diviser chaque entreprise en craignant que l’autre ne cède. Cette stratégie ne fonctionne que si aucun d’entre nous ne connaît la position des autres. Cette lettre vise à créer une compréhension commune et une solidarité face à la pression exercée par le ministère de la Guerre ».

Jeff Dean, haut dirigeant très respecté de Google, figurant dans le classement du Time des 100 personnalités les plus influentes du secteur de l’IA en 2025, fait partie des 523 signataires – un nombre qui ne cesse de s’accroître.

L’IA, l’ultime pouvoir

« Un conflit comme celui-ci était inévitable », explique au New York Times Michael C. Horowitz, qui a travaillé sur les questions relatives à l’armement basé sur l’IA au sein du ministère de la Défense sous Biden. « La technologie évoluant si rapidement, nous avons aujourd’hui ces débats. L’IA est passée d’un sujet de conversation confidentiel à un élément véritablement central du pouvoir mondial », dont les limites d’usage font débat.

S’ils étaient plutôt alignés avec la politique technologique de Donald Trump en 2025, les géants de la tech commencent à rétropédaler face aux ambitions démesurées de Washington. Il semblerait que le ministère de la Guerre soit bien « en guerre », mais contre son industrie de l’IA.