14 views 7 mins 0 comments

Espagne : le chemin de croix de Pedro Sanchez

Espagne : le chemin de croix de Pedro Sanchez

La presse espagnole ne cesse de faire état de la longue agonie du socialiste Pedro Sanchez, à la tête du pays depuis 2018. Chronique d’une fin de règne annoncée.

« Fin de cycle », « agonie », « mandat sous assistance respiratoire »… Autant de vocables utilisés ces jours-ci pour qualifier la situation politique du socialiste Pedro Sanchez, à la tête de l’Espagne depuis juin 2018. Et pas seulement dans la bouche du leader conservateur Alberto Nuñez Feijoo (« L’agonie de Sanchez, de son gouvernement et de son entourage, fait peine à voir ») ou des médias libéraux, mais aussi de la part d’une gauche de plus en plus fragmentée et affaiblie.

Même des titres très pro-socialistes comme El País ou ElDiario.es décrivent et dénoncent un gouvernement à bout de souffle, en perte de légitimité avec l’accumulation d’affaires de corruption et de scandales de harcèlement sexuel. Le journal El Mundo établit une comparaison avec la fin du règne du socialiste Felipe Gonzalez de la fin des années 1990.

À la gauche de la gauche, la formation Podemos est carrément devenue une force d’opposition à Sanchez ; le très loyal parti Sumar prend ses distances et enjoint au chef de l’exécutif de « remanier profondément le gouvernement ».

Le calvaire va durer

Pas simple pour celui qui se veut capable de résister à toute épreuve. En effet, Pedro Sanchez – et son groupe socialiste – est minoritaire au Parlement ; ses alliés quittent peu à peu le navire ; il n’a pas de budget depuis trois ans ; les forces de droite (surtout Vox, les ultras) grandissent dans les sondages. « Le gouvernement socialiste connaît un chemin de croix comme jamais. Ils vont avoir du mal à trouver une issue », affirme le politologue Pedro Simon. Bref, de l’avis général le calvaire va durer, d’ici aux élections générales prévues au printemps 2027.

Si tant est que celui qui se décrit comme l’une des « principales forces socio-démocrates en Occident face au trumpisme grandissant » soit capable de tenir le choc d’ici là. Cette semaine, c’est du rarement vu, le chef de l’épiscopat Luis Argüello (autrement dit, le chef de file de la puissante Église) a mis son nez dans la politique en exigeant de Pedro Sanchez qu’il se soumette à une question de confiance ou qu’il annonce un scrutin anticipé. Et de pousser en prime l’opposition à déposer une motion de censure contre « celui qui bloque le pays ». Réponse du chef de file socialiste : « Le responsable de la hiérarchie catholique a oublié une quatrième option : respecter le dernier résultat électoral ! » Traduisez : je poursuivrai ma tâche jusqu’au terme.

Même si Pedro Sanchez se défend comme un beau diable et tente de mobiliser des troupes désenchantées partout où il passe, son passif est lourd. Certes, rien de substantiel n’a été trouvé contre eux, mais sa compagne Begoña et son frère David sont dans l’œil du cyclone de la justice. L’ancien ministre des Transports José Luis Abalos et son secrétaire d’organisation Santos Cerdan, avec lesquels il a commencé sa conquête du parti il y a une décennie, ont été incarcérés pour détournement de fonds publics et enrichissement personnel en échange de marchés publics. Et une demi-douzaine d’autres scandales de corruption dans son camp font l’objet d’enquêtes judiciaires.

Pour couronner le tout, plusieurs « huiles » proches du pouvoir sont dans la nasse pour harcèlement sexuel (le dirigeant galicien José Tomé, le chef de la police nationale en Catalogne…), ce qui fait hurler plusieurs dirigeantes socialistes en première ligne du #Me Too espagnol.

Un sourire et quelques atouts

Le leader espagnol a beau continuer d’arborer un sourire éclatant, son leadership prend l’eau de toutes parts. L’agonie, dont tout le monde parle, pourrait empirer dès ce dimanche : d’après les sondages, les élections régionales en Estrémadure devraient consacrer l’avancée des libéraux du Parti populaire et plus encore celle de Vox, ces extrémistes qui ne cessent de croître dans les intentions de vote. Tout particulièrement auprès d’une jeunesse désabusée et en butte à une crise du logement qui ne les épargne pas. Idem pour les scrutins successifs en 2026 en Aragon, Castille-Leon et Andalousie où le ticket PP-Vox (équivalent en France d’une alliance LR-RN) est annoncé ultragagnant. Résultat : le pouvoir territorial du PSOE, déjà sur la pente descendante, risque de se réduire à peau de chagrin.

Certes, Pedro Sanchez dispose d’atouts non négligeables : il ne cesse de secouer l’épouvantail de la plus que probable entrée de Vox au gouvernement en cas de victoire de la droite lors des prochaines législatives générales – cette coalition inédite fait peur à l’électorat conservateur modéré.

D’autre part, il bénéficie d’une embellie économique, avec un insolent taux de croissance d’environ 2,9 % pour cette année en cours, le taux de chômage le plus bas de l’histoire récente du pays et un dynamisme indéniable.

Question : ces arguments seront-ils suffisants pour sauver son troisième mandat successif ? Pas si sûr. L’analyste Luis Barbero, pourtant marqué à gauche, commentait récemment : « La volonté de Sanchez d’aller coûte que coûte jusqu’au bout de la législature risque de ne faire que prolonger une agonie aux conséquences les plus néfastes pour toute sa famille socialiste. »