Connaissez-vous le « Trump Derangement Syndrome », ou TDS ? L’assassinat du cinéaste Rob Reiner, retrouvé mort poignardé aux côtés de son épouse, en serait le symptôme… Tout comme la négation de l’existence du « deep state », cet « État profond » fantasmé qui aurait secrètement le pouvoir. Tout comme, aussi, la dénonciation des expulsions de migrants. Tous seraient des manifestations, d’après Donald Trump et la galaxie Maga, de ce « TDS ».
Derrière ce nom obscur, une supposée maladie mentale qui frapperait – commodément – les adversaires et les détracteurs du président des États-Unis. Cette condition, qui s’exprimerait sous la forme d’une paranoïa à l’endroit du locataire de la Maison-Blanche et qui priverait ses victimes de toute prise sur la réalité, expliquerait leur opposition systématique aux politiques menées par l’administration Trump. Si le terme est largement utilisé pour pointer du doigt le camp démocrate, personne ne serait à l’abri : en juin, après la brouille entre l’homme à la tête de la première puissance économique mondiale et Elon Musk, le premier a accusé le second d’être lui aussi frappé de TDS.
Le camp Maga tient tant au « Trump Derangement Syndrome » que deux de ses ambassadeurs, Warren Davidson et Barry Moore, élus républicains de la chambre des représentants de l’Ohio et de l’Alabama, ont déposé une proposition de loi pour le faire reconnaître. Les parlementaires souhaitent que les National Institutes of Healts, les institutions gouvernementales chargées de la recherche médicale aux États-Unis, se penchent sur ce qu’ils décrivent comme « une véritable épidémie qui ravage la gauche », « divisant les familles et le pays, et engendrant des violences à l’échelle nationale, dont deux tentatives d’assassinat contre le président Trump ».
« Bush Derangement Syndrome »
Comme le soulignent nos confrères de M Le Mag, l’expression n’est pas nouvelle et ne date pas du second mandat de Donald Trump. Dès 2017, elle inonde les médias conservateurs outre-Atlantique, introduite notamment par le journaliste de CNN Fareed Zakaria.
Mais il faut remonter plus tôt pour retracer ses origines. Le TDS n’est pas le premier du nom. Avant lui : le « Bush Derangement Syndrome », ou BDS. Faisant référence à la présidence de George W. Bush (2001-2009), il est théorisé en 2003 dans le Washington Post par Charles Krauthammer, journaliste politique et psychiatre notoirement conservateur. Pour lui, le BDS est « une soudaine paranoïa qui affecte des personnes, par ailleurs normales, en réaction à la politique, à la présidence, voire à l’existence même de George W. Bush » – un argument plus tard utilisé pour discréditer les critiques de l’invasion de l’Irak par les États-Unis en 2003.
Le terme est fugacement réutilisé, note M Le Mag, pour Barack Obama, dont la personnalité provoquerait même des bouffées de fièvre à ses opposants. Mais il faut attendre 2017 pour que Charles Krauthammer le réactualise dans un nouvel éditorial du Washington Post. Avec une subtilité, note son auteur : « Ce qui distingue le TDS, ce n’est pas seulement l’hystérie générale autour du sujet, mais aussi l’incapacité à faire la différence entre les divergences politiques légitimes et les signes de troubles psychiques. »
Surtout, derrière le TDS, peut être noté un autre fait cognitif : la détérioration du climat actuel et avec lui, de la santé mentale de nombre de personnes. Ce, en réaction d’une part à la saturation de l’espace médiatique par le président américain, et d’autre part de l’inquiétude que provoquent ses décisions. Dans le Wall Street Journal, le psychothérapeute Jonathan Alpert explique ce fort impact chez ses patients : « Les patients, toutes opinions confondues, évoquent Donald Trump non pas pour discuter politique, mais pour travailler sur l’obsession, la rage et la peur. […] Nombreux sont ceux qui ne parviennent pas à ne pas penser à Donald Trump, en dépit de leurs efforts. Ils interprètent chacun de ses actes comme une menace contre la démocratie et contre leur propre sécurité. » Le locataire de la Maison-Blanche représente à leurs yeux « le symbole, l’incarnation, du chaos, de la menace et de la perte de contrôle ».

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