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Face au « Daily Mail », le prince Harry est pour la première fois en position de faiblesse

Face au « Daily Mail », le prince Harry est pour la première fois en position de faiblesse

Alors qu’il s’attaque au quotidien britannique ce lundi, le duc de Sussex ne semble plus favori. L’absence de preuves de piratage et son isolement face au clan Windsor rendent plus que jamais l’issue incertaine.

Le prince Harry relance sa longue foire d’empoigne avec la presse populaire britannique lors de son procès contre le Daily Mail qui s’ouvre ce lundi. À l’inverse de ses deux autres litiges judiciaires – remportés haut la main contre le Sun et le Mirror –, le duc de Sussex apparaît aujourd’hui en position de faiblesse.

Certes, lorsqu’il témoignera le 22 janvier à la barre, le plus jeune fils de Charles III arborera l’air apaisé de celui à qui Dame Fortune doit rendre à nouveau belle et bonne justice. La mine penaude de « chien abattu » lors des deux épisodes précédents sera remplacée par une détermination tranquille.

Le cinquième dans l’ordre de succession pavoise. Après les attaques contre sa famille dans son autobiographie Le Suppléant et de son interview choc à Oprah Winfrey, l’heure est à la réconciliation avec les siens. La rencontre le 10 septembre 2025 avec son père, la première depuis près de deux ans, atteste le rapprochement en cours avec le clan Windsor.

Tourner la page pour se concentrer sur l’humanitaire

De plus, dans le prétoire, le plaignant ne sera pas seul mais entouré de plusieurs autres célébrités, dont Elton John et Hugh Grant, qui se sont joints à sa croisade contre le Mail. Enfin, ses deux victoires précédentes et le succès qu’il espère de sa plainte contre le quotidien devraient mettre fin à sa bataille contre les tabloïds, qui, à l’entendre, « ont ruiné sa vie ».

Il entend tourner la page pour se concentrer dorénavant sur son action humanitaire. Les négociations en bonne voie avec les autorités britanniques sur sa sécurité devraient lui permettre de rentrer plus souvent au pays en compagnie de sa famille. Dans son exil californien, ses amis d’enfance et de l’armée lui manquent terriblement.

Tout comme William, Harry rend la presse responsable de la mort de leur mère, la princesse Diana, en 1997. De surcroît, le benjamin estime que le harcèlement médiatique est responsable de la rupture en 2011 avec sa petite amie Chelsy Davy, qu’il comptait épouser. Aussi, il n’a jamais pardonné les attaques à connotation raciste contre Meghan, fille d’un père blanc et d’une femme noire. Alors que William en tant que futur roi considère les médias comme un « mal » nécessaire en vue de vendre l’image royale, son frère n’est pas tenu à cette obligation de réserve.

Un avocat aux méthodes peu orthodoxes

Reste qu’à la veille du début des débats, l’issue du procès ne semble guère favoriser le prince Harry. Tout d’abord, à l’inverse de ses deux autres confrères, le groupe Associated Newspapers, propriétaire du Mail, n’a jamais été reconnu coupable de piratage des boîtes vocales et de recours à des investigateurs privés pour obtenir des informations. À ce jour, le délit de violation de la vie privée, invoquée par les parties civiles, n’a été prouvé.

Par ailleurs, les méthodes pour le moins peu orthodoxes de son avocat, David Sherbourne – en particulier les accusations de témoins peu convaincants hautement rémunérés et de fausses signatures, que l’intéressé dément – ont renforcé la défense. Les tarifs exorbitants de ce dernier (1 000 livres soit 1 153 euros l’heure, plus TVA) payés par une cohorte de stars milliardaires ont fait le plus mauvais effet dans cette conjoncture économique morose.

Enfin, la famille royale a fait état de son profond malaise devant ce procès. La preuve : pour prendre ses distances avec le déballage de linge sale attendu, Charles III a prolongé ses vacances d’hiver en Écosse. Pour leur part, William et Kate, brouillés avec les Sussex après leurs attaques personnelles dans les médias, se sont trouvé des déplacements officiels au nord du mur d’Hadrien afin de prendre publiquement leurs distances avec le cirque médiatique londonien.

Le « Daily Mail » jadis pourfendeur de Camilla

D’autant que le Mail est désormais en odeur de sainteté au Palais, depuis que le monarque a embauché Tobyn Andreae, ancien directeur adjoint de la rédaction du titre, au poste de directeur de la communication du nouveau règne. Le souverain a mis entre parenthèses sa rancune envers le quotidien, l’hebdomadaire dominical et le numérique people qui ont fait leurs choux gras des frasques du ménage à trois, Charles-Diana-Camilla.

Le journal a « massacré » la reine, présentée comme une briseuse de ménage, responsable des malheurs de l’ange Lady Di. Et sous la houlette du dit Andreae, le premier tirage de la presse quotidienne a tiré à boulets rouges sur Kate, la belle-fille dont le roi est particulièrement proche.

Qu’importe l’animosité passée ! La monarchie a fait sienne le fameux dicton, simple et pragmatique, « If you can’t beat them, join them » (« Si vous ne pouvez pas les vaincre, joignez-vous à eux »). La stratégie a été payante auprès de la caisse de résonance du pays profond. Le journal s’adresse en priorité aux peurs, aux angoisses, aux identités perdues de la classe moyenne et ouvrière qui forme son lectorat, majoritairement féminin. La version Internet gratuite regorgeant de scoops retentissants, de faits de société croustillants, de sport et d’éditoriaux râleurs est désormais le cinquième site Web le plus visité de la planète avec des éditions spéciales à destination des États-Unis, du sous-continent indien et d’Australie.

Quant au groupe Associated Newspapers, voué aux gémonies par le prince, il est en voie de racheter le grand quotidien conservateur Daily Telegraph pour former le plus important groupe de presse de droite du royaume. Une force avec laquelle les Windsor doivent composer.