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Face aux retards industriels, le secteur privé africain appelle à une nouvelle doctrine économique

Face aux retards industriels, le secteur privé africain appelle à une nouvelle doctrine économique

Des représentants du monde des affaires et des dirigeants politiques ont réaffirmé le rôle central du secteur privé pour accélérer l’industrialisation du continent.

Le 13 février, à la veille du 39ème sommet de l’Union africaine (UA), des dirigeants politiques et des responsables d’entreprises privées de toutes tailles, de la PME à la multinationale, se sont rassemblés au siège de l’instance panafricaine, à Addis-Abeba, pour un « Forum de haut niveau du secteur privé africain ». Avec, pour objectif, de réaffirmer le rôle des firmes privées pour accélérer l’industrialisation du continent. « Au lieu de considérer les entreprises comme de simples prestataires de services, les décideurs politiques devraient les reconnaître comme des partenaires stratégiques dans l’élaboration et la mise en œuvre des stratégies de développement », résume Mahmoud Ali Youssouf, le président de la Commission de l’UA.

« Je crois au développement du continent par le biais du secteur privé », ajoute le diplomate djiboutien. Il insiste sur l’urgence à renforcer la chaîne de valeur. Mahmoud Ali Youssouf prend l’exemple du secteur du cacao. Selon lui, les principaux pays européens producteurs de chocolat le vendent vingt fois plus cher que le prix d’achat aux producteurs africains. Le président de la Commission dénonce « une guerre commerciale » à laquelle les deux tables rondes suivant son discours tentent d’apporter des solutions.

Des efforts ciblés

Alors que le deuxième débat de l’après-midi a perdu l’attention de quelques auditeurs, Khaled Dabees interpelle l’assemblée. « Des Africains meurent tous les jours, sans savoir qu’ils étaient malades ! », alerte le PDG d’AB Care Medical Technology. Cette entreprise égyptienne qui propose ses services de radiologie, oncologie et soins dentaires a vocation à s’étendre sur le continent qui « manque de matériel pour détecter les cancers », prévient Khaled Dabees, PowerPoint à l’appui. Il affirme ainsi que 43 États africains ne sont pas équipés de dispositifs PET/CT permettant un examen radiologique de médecine nucléaire, utilisé notamment pour repérer les cancers.

Cette illustration du retard du continent dans le domaine médical nourrit la thèse que le Malien Samba Bathily est venu défendre. « Il faut que chaque pays arrête de vouloir tout faire à la fois, mais plutôt réfléchir à installer des hubs dans chaque pays en fonction de son avantage comparatif », explique au Point Afrique le fondateur d’ADS Group, une multinationale spécialisée dans le conseil aux entreprises africaines. Agriculture, tourisme, santé, éducation… chaque nation devrait, toujours d’après Samba Bathily, se spécialiser, afin de faciliter les efforts ciblés du secteur privé pour contribuer à la croissance nationale et continentale.

« Nous ne pouvons pas continuer à agir de façon isolée. Ou sinon, nous serons confrontés à des problèmes d’accès aux ressources agricoles et énergétiques lorsque la population du continent aura doublé, en 2050 », avertit l’homme d’affaires. Les projections de l’ONU estiment en effet que le continent pourrait héberger 2,5 milliards d’habitants d’ici 25 ans. Samba Bathily recommande l’instauration d’un groupe de travail pour coordonner les engagements pris ce 13 février. L’homme d’affaires regrette, au passage, la lenteur de la mise en œuvre des décisions prises dans le cadre de ce type d’événements. Une critique régulièrement formulée envers l’UA.

Lever les obstacles bureaucratiques

Originaire de Guinée-Bissau, Yolanda Asumu est venue, elle aussi, prôner la dimension transcontinentale du secteur privé. Elle dirige la plateforme iCubefarm qui propose de « mettre en relation les professionnels, les employeurs et les institutions publiques à travers l’Afrique avec les outils, la formation et les opportunités dont ils ont besoin pour se développer ». « Le secteur privé doit investir dans la formation professionnelle et a les compétences nécessaires pour le faire, insiste Yolanda Asumu, qui veut harmoniser les normes panafricaines dans ce domaine. Nous recommandons aux gouvernements de faciliter les investissements privés en levant les nombreuses réglementations qui nous rendent pour l’heure la tâche difficile », précise l’entrepreneuse.

Parmi les autres obstacles au développement du secteur privé en Afrique, un récent rapport du FMI liste « un accès limité aux financements, des infrastructures inadéquates, des réglementations inefficaces et des problèmes de gouvernance tels que la corruption et l’instabilité politique ». À la veille de l’arrivée des chefs d’État, Francisca Tatchouop Belobe, la commissaire de l’UA au développement économique, au commerce, au tourisme, à l’industrie et aux minéraux, conclut : « Le secteur privé n’est pas un acteur marginal de l’Agenda 2063, mais son moteur. »

C’est cependant une autre ambition du programme directeur de l’instance panafricaine qui a occupé la place centrale des discussions entre les responsables du continent, durant le sommet des 14 et 15 février. L’ambition de « faire taire les armes » s’éloigne en effet à mesure que s’enlisent les conflits au Soudan et dans l’est de la République démocratique du Congo.