LETTRE DU MAGHREB. Pendant que la migration illégale baisse, celle qui est légale augmente.
Dans les sous-pentes de la place Beauvau, il existe des artificiers qui s’ignorent : les membres de la Direction générale des étrangers en France. Leurs rôles ? Agir dans les domaines qui couvrent l’intégralité du parcours des étrangers en France : entrée sur le territoire, séjour, travail, lutte contre l’immigration irrégulière, asile, intégration, naturalisation. Tout y est chiffré, disséqué, analysé sans passions tristes ni idéologies. De la statistique corroborée par de la pâte humaine. On a beaucoup parlé de la DGED cette semaine, ne retenant qu’un chiffre, celui de la hausse des visas accordés aux étrangers. Dans le chaudron politique tricolore, ce nombre a permis à un certain nombre de prétendants à l’Élysée d’y faire une cuisine toute personnelle.
Si la publication des chiffres de l’immigration en France par la DGEF a suscité débats et prises de position politique en 2026, ce n’est qu’un aimable tour de chauffe avant la présidentielle de 2027. Dans un an, même époque, sera publié l’étude annuelle de cette succursale du ministère de l’intérieur. Elle pourrait devenir malgré elle un outil majeur de la campagne électorale. On lui tordra les tableaux Excel pour lui faire dire ce qu’on a envie. Et les yeux de plusieurs partis se tournent sans détour vers les pays d’Afrique du nord. C’est l’éléphant au milieu du salon. Les trois principaux pays du Maghreb pour la France sont le Maroc, l’Algérie et la Tunisie. Leurs plus importantes diasporas sont en France.
Immigration illégale : baisse notable
Si l’on regarde la situation légale sans prendre en compte son versant, les venues illégales, la compréhension est faussée. Ainsi, au niveau européen, l’année 2025 aura marqué une sérieuse baisse des arrivées sur les rives méditerranéennes : 143.660 contre 190.088 l’année précédente. 1257 seront partis d’Algérie, 4732 de Tunisie (chiffre divisé par quatre en un an) et 58.147 des deux Libye (celle de l’Ouest, Tripoli, celle de l’Est, Tobrouk), principaux pourvoyeurs de la migration irrégulière via des mafias puissantes connectées à certains clans au pouvoir.
Dans l’autre sens, les retours d’étrangers algériens en situation irrégulière sur le français sont les plus nombreux. 2539 ressortissants éloignés contre 2999 en 2024, en baisse de 15,3%. La crise entre les deux pays explique pour partie cette décrue. Les Marocains suivent avec 2002 éloignements en 2025, en hausse de 20,7% puis les Tunisiens, 1627 retours en hausse de 25,6%. Parmi les 192140 interpellations d’étrangers en situation irrégulière, on retrouve les trois pays maghrébins : 51.133 Algériens (+ 51,5%), 17.827 Tunisiens (+32,9%), 15.439 Marocains (+19,2%).
Hausse de l’immigration légale
Les étrangers auront déposé 3.524.108 demandes de visas, 2958913 auront été délivrés. Sur les visas de court séjour, les Chinois sont leaders avec 20%, suivis des Marocains (267.570), 10% et des Indiens 9%. 185876 ont été accordés aux Algériens et 100.938 aux Tunisiens.
Pour les 290.845 visas de longs séjours (+1%), 30% ont été attribués à des ressortissants de pays africains. Dans l’ordre : le trio Maroc (32.546), Tunisie (18.949), Algérie (18.731). Les motifs des visas ? Étudiants et stagiaires, 40,5% des Marocains, 48,7% des Algériens quand 42% des Tunisiens le demandent pour des raisons familiales. Les motifs économiques ne sont que partiels dans les migrations vers la France. Au maximum 27% pour les Tunisiens et les Marocains, 9% pour les Algériens. La filière travail semble en jachères. C’est l’enseignement numéro un de ces salves de chiffres.

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