De nouveau, avec encore plus de férocité que les fois précédentes, la République Islamique a écrasé son peuple qui n’en peut plus de son autoritarisme, de sa corruption et de son incompétence. Des dizaines de milliers de courageux Iraniens ont payé de leur vie leur aspiration à la liberté. Honni par la majorité, le régime a prouvé qu’il était néanmoins capable de se maintenir au pouvoir en usant de la violence la plus extrême.
C’est ce moment que l’administration américaine a choisi pour engager une négociation avec Téhéran pour obtenir de sa part une limitation stricte de son enrichissement d’uranium et de son programme balistique et une renonciation à tout soutien aux mouvements terroristes de la région, notamment le Hezbollah au Liban et les Houtis au Yémen.
Pour appuyer leurs exigences, les Américains ont progressivement réuni, au Moyen-Orient, une armada maritime et aérienne qui leur permettrait de déclencher le feu du ciel sur un pays sans aviation dont les défenses antiaériennes ont été, de surcroît, anéanties par les Israéliens en préalable de leurs propres opérations en juin dernier.
La détestation qu’inspire légitimement le régime iranien peut conduire à espérer que les pourparlers échouent et que les États-Unis lancent alors une intervention massive dont l’objectif serait d’en obtenir la chute. Ce vœu se heurte cependant à des objections qui en soulignent le caractère illusoire.
La soudaine marche arrière de Trump
En premier lieu, comme le rappelle le précédent vénézuélien, l’administration Trump n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour la diffusion de la démocratie. Tout au contraire, elle a exprimé les plus vives réticences à la notion de « regime change » – changement de régime – sur la base des précédents irakien, libyen et syrien qui, selon elle, ont ouvert la porte au chaos, à la guerre civile et au terrorisme. Elle privilégie la stabilité à toute autre considération.
L’Iran avec ses 90 millions d’habitants, ses minorités et son absence d’alternative politique crédible ne peut manquer de répondre à ce choix. N’attendons donc pas que Donald Trump s’engage dans une voie qui ne correspond ni à ses analyses ni à ses convictions.
D’ailleurs, force est de rappeler que le président américain a encouragé les Iraniens à descendre dans la rue en laissant entrevoir une intervention militaire pour soudain faire marche arrière et les abandonner à leur sort en reprenant à son compte les déclarations gouvernementales.
La résilience du régime iranien
En second lieu, même s’il connaissait un chemin de Damas démocratique, on peut se demander comment Donald Trump mettrait en œuvre sa foi nouvelle. Étant donné qu’il est exclu de déployer des troupes au sol, il lancerait une campagne aérienne de plus ou moins grande ampleur dont on voit mal comment elle pourrait provoquer une chute d’un régime qui a déjà survécu à douze jours de frappes israéliennes précises, ciblées et efficaces et a prouvé ainsi sa résilience.
Nul doute que les bunkers et autres abris ont été reconstruits et renforcés, les opposants qui n’ont pas été éliminés lors des récents troubles arrêtés voire exécutés et les dirigeants cachés et dispersés à travers un immense pays.
Mais les Américains seraient-ils capables de traquer ces derniers et d’affaiblir substantiellement les gardiens de la Révolution, qui assurent la survie du régime, que rien ne garantit que celui-ci s’effondrerait pour laisser la place à la liberté. On ne gagne pas une guerre avec seulement des moyens aériens. Le scénario le plus probable serait alors des bombardements dont la conséquence serait d’accroître encore les souffrances de la population.
La certitude d’une victoire sans pertes
D’ailleurs, le refus obstiné de Donald Trump de tout embourbement des États-Unis dans une campagne militaire de longue durée conduit plutôt à s’attendre à une série de frappes limitées dans leur nombre et dans le temps. Rien n’assure qu’il aille même jusque-là. Les monarchies du Golfe, qui ont leurs entrées à la Maison Blanche, s’y opposent par peur des représailles d’un Iran qui est leur voisin immédiat et de sa déstabilisation éventuelle à l’image de ce qu’a connu la Syrie.
Erdogan, qui a l’oreille de Trump, en fait de même et on voit mal l’État-Major pousser à une intervention sans objectif réaliste identifiable. De son côté, Israël n’a sans doute pas oublié les tirs de missiles sur Tel-Aviv. Or, malgré ses rodomontades tonitruantes, Donald Trump n’est pas un casse-cou. Il lui faut la certitude qu’il pourra crier victoire, une victoire sans pertes et avec un bénéfice concret. Attaquer l’Iran ne satisfait pas ce besoin.
En revanche, rien n’exclut que Téhéran ne sache en jouer en lui proposant un accord qui renouvelle plus ou moins ce qu’il avait déjà accepté en 2015 en termes de concessions sur son programme nucléaire. Après tout, que Trump l’ait dénoncé en 2018 ne l’empêcherait nullement de le reprendre à son compte en 2026 sous un nouvel habillage. Il a déjà procédé à de plus spectaculaires volte-face… Nul ne viendrait chipoter sur les détails.
En tout cas, frappes plus ou moins intenses ou accord nucléaire, rien ne laisse prévoir à court terme la chute d’un régime certes affaibli mais dont la chute n’est pas l’objectif des Américains ni même peut-être à leur portée.

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