Alors que Vladimir Poutine vante les progrès de ses troupes sur le front, les analyses dressent un portrait bien plus sombre, avec des pertes humaines record depuis 1945
Le 19 décembre dernier, Vladimir Poutine déclarait, à propos de la guerre en Ukraine, que « l’initiative stratégique est fermement entre les mains des forces armées russes. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que nos forces progressent sur toute la ligne de contact ». Mais la réalité est bien moins glorieuse comme le Kremlin. Selon les analyses approfondies du Center for Strategic and International Studies (CSIS), un cercle de réflexion, d’influence et de conseil américain en matière de politique étrangère, la Russie serait même une « puissance en déclin ».
Depuis l’invasion russe, en février 2022, les forces de Vladimir Poutine comptent 1,2 million de pertes (tués, blessés ou disparus) et jusqu’à 325 000 morts. « Aucune grande puissance n’a connu, et de loin, un tel nombre de blessés ou de morts depuis la Seconde Guerre mondiale », commente le CSIS. À titre de comparaison, l’Ukraine comptabilise deux fois moins de victimes, 600 000 victimes. L’organisme précise que « l’évaluation des pertes et des décès en temps de guerre est difficile et imprécise », et ses chiffres s’appuient, entre autres, sur des estimations américaines et britanniques.
D’autres sources, comme la BBC Russie, tablent plutôt sur 166 000 morts confirmés. Mais ils ne prennent pas en compte les corps non rapatriés et les soldats des républiques autoproclamés du Donbass, qui ne publient pas leurs chiffres. En prenant en compte ces données, certains experts estiment les pertes totales réelles entre 254 800 et 368 100 morts. Le CSIS, pour expliquer ces chiffres, souligne « l’incapacité de la Russie à mener efficacement des opérations interarmes et conjointes, des tactiques et un entraînement médiocres, la corruption, un moral bas et la stratégie de défense en profondeur efficace de l’Ukraine dans une guerre qui favorise la défense ». Elle argue également que la stratégie d’usure de la Russie « implique de lourdes pertes humaines ».
La Russie, « une puissance économique de second, voire de troisième ordre »
Le CSIS explique que « les forces ukrainiennes ont également infligé des pertes considérables grâce à leur stratégie de défense en profondeur », s’aidant notamment des tranchées, des obstacles antichars, des mines ou encore de drones, « pour ralentir la progression des soldats et des véhicules russes ». Conséquence : les nombreuses pertes russes n’ont même pas permis à Vladimir Poutine de réussir ses objectifs territoriaux. « La progression des forces russes sur le champ de bataille est remarquablement lente », est-il encore souligné : depuis début 2024, la Russie a conquis moins de 1,5 % du territoire ukrainien. « C’est plus lent que lors des offensives les plus brutales du siècle dernier, notamment la tristement célèbre bataille de la Somme pendant la Première Guerre mondiale. »
Lors de la bataille pour le contrôle de Pokrovsk, qui a duré de l’été 2024 à novembre, l’armée russe n’avançait que de 70 kilomètres par jour, ce qui a contribué à enliser le conflit. Aujourd’hui, « la Russie est en passe de devenir une puissance économique de second, voire de troisième ordre ». « La production manufacturière russe est en déclin, la demande des consommateurs s’affaiblit, l’inflation reste obstinément élevée et le pays est confronté à une pénurie de main-d’œuvre. La croissance économique a ralenti à 0,6 % en 2025 et aucune entreprise russe ne figure parmi les 100 premières entreprises technologiques mondiales en termes de capitalisation boursière », est-il précisé.
Cependant, « Poutine pourrait être disposé à accepter ce nombre élevé de victimes car la plupart de ces soldats sont originaires de régions comme l’Extrême-Orient et le Caucase du Nord – et non de zones politiquement cruciales pour lui, telles que Moscou et Saint-Pétersbourg ».
Le New York Times rapporte cependant que les pourparlers entre Russes, Ukrainiens et Américains – une première depuis février 2022 – se sont achevés le 24 janvier à Abou Dhabi « sur une rare note positive ». Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a confirmé qu’un nouveau round de négociations était prévu pour le 1er février.

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