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Incident diplomatique : Viktor Orban accorde l’asile à un homme politique polonais en fuite

Incident diplomatique : Viktor Orban accorde l’asile à un homme politique polonais en fuite

L’ancien ministre de la Justice Zbigniew Ziobro a fui la justice polonaise et obtenu l’asile en Hongrie, provoquant une crise entre Varsovie et Budapest et suscitant des questions autour de l’application du mandat d’arrêt européen.

Donald Tusk a la dent dure en découvrant, ce lundi, que l’ancien ministre de la Justice polonais, Zbigniew Ziobro, a obtenu l’asile politique en Hongrie, de la part de Viktor Oran. « un choix logique », grince-t-il sur X en qualifiant Ziobro de « cerveau d’un système de corruption politique » , allusion à celle qui règne également à Budapest. Le cas Ziobro soulève une question inédite : comment un responsable politique européen, accusé de corruption dans son pays, peut-il trouver refuge à quelques centaines de kilomètres de chez lui, au sein même de l’espace européen de justice ?

« Je remercie chaleureusement le Premier ministre Viktor Orban », a écrit Zbigniew Ziobro sur X. Il dénonce une « répression politique » orchestrée à son encontre par le gouvernement de Donald Tusk. L’ancien ministre de la Justice n’est pas un inconnu à Bruxelles : il était le plus radical des antieuropéens, à la tête d’un petit parti paysan, Pologne solidaire, partenaire de la majorité PiS (parti Droit et justice) qui a dirigé le pays de 2015 à 2023.

Il est visé en Pologne pour pas moins de 26 chefs d’accusation. La justice de son pays souhaiterait qu’il s’explique sur un détournement présumé de 34 millions d’euros du fonds pour la justice destiné aux victimes de crimes, et pour sa participation à l’achat du logiciel espion Pegasus utilisé contre l’opposition. On l’accuse d’être à la tête d’une bande de malfaiteurs organisée. Si les faits sont avérés, il risque jusqu’à 25 ans de prison.

« Le shérif s’est révélé être un lâche ordinaire »

L’asile offert par la Hongrie crée un incident diplomatique majeur avec Varsovie. « Le shérif s’est révélé être un lâche ordinaire », a cinglé Adam Szlapka, porte-parole du gouvernement Tusk. Le ministre des Affaires étrangères, Radoslaw Sikorski, avait d’ailleurs fait retirer mi-novembre le passeport diplomatique de Zbigniew Ziobro, tentant d’entraver ses déplacements.

Peine perdue : l’ancien ministre était déjà à Budapest fin octobre, posant aux côtés d’Orban lors d’une conférence. Le Premier ministre hongrois avait alors dénoncé une « chasse aux sorcières » menée par un gouvernement polonais « pro-Bruxelles » contre la droite. Le président de la Diète (la Chambre basse du Parlement polonais), Wlodzimierz Czarzasty, a quant à lui lancé une procédure pour réduire le salaire parlementaire de Zbigniew Ziobro, qui demeure député tout en étant en fuite… L’absurdité suprême.

L’ancien ministre de la Justice n’est pas le premier cadre du PiS à bénéficier de l’hospitalité hongroise. En décembre 2024, son ancien adjoint, Marcin Romanowski, accusé lui aussi de détournements du Fonds pour la justice, avait déjà obtenu l’asile à Budapest.

Cette stratégie hongroise met l’Union européenne face à un casse-tête juridique majeur. Le mandat d’arrêt européen (MAE), pierre angulaire de la coopération judiciaire, repose sur un principe : la « confiance mutuelle » entre les systèmes judiciaires des États membres. Si Varsovie émet un mandat d’arrêt européen contre Ziobro, Budapest pourra-t-il le refuser au motif d’une « persécution politique » ? Techniquement oui, si la Hongrie estime que les garanties d’un procès équitable ne sont pas assurées.

Un refus possible, mais exceptionnel

En effet, le mandat d’arrêt européen n’est pas une obligation absolue. Depuis un arrêt de la Cour de justice de l’UE en 2016 (affaire Aranyosi et Caldararu), un pays peut suspendre l’exécution d’un mandat s’il existe un risque réel de traitements inhumains dans le pays demandeur – par exemple, des conditions de détention dégradantes. L’État sollicité doit alors demander des garanties au pays émetteur. Si celles-ci sont insuffisantes, il peut refuser en dernier recours.

Des précédents existent : la Suède a ainsi refusé des extraditions vers la Roumanie pour ce motif. Plus récemment, en 2023, la CJUE a autorisé sous conditions strictes le refus d’un MAE si une personne résidant durablement dans le pays d’exécution peut y purger sa peine. Mais ces cas restent rares et strictement encadrés par la Charte des droits fondamentaux (interdiction des traitements inhumains) et la Convention européenne des droits de l’homme. Chaque refus doit être argumenté sur des risques concrets et vérifiables.

L’ironie est savoureuse : Zbigniew Ziobro, architecte controversé de la réforme de la justice que Bruxelles dénonçait comme une atteinte à l’indépendance de la justice, invoque aujourd’hui l’absence de garanties d’État de droit en Pologne pour justifier sa fuite. L’homme qui incarnait la défiance envers les institutions européennes se réfugie désormais derrière le droit d’asile… au sein de l’UE.

L’affaire Ziobro cristallise des tensions plus profondes entre la Pologne et la Hongrie. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Tusk fin 2023, Varsovie et Budapest sont en guerre froide permanente. Sur l’Ukraine, la Pologne est en première ligne du soutien à Kiev, quand la Hongrie multiplie les blocages à Bruxelles. Sur l’État de droit, Donald Tusk s’emploie à démanteler les réformes judiciaires du PiS, tandis que Viktor Orban continue de défier la Commission européenne en différant les réformes réclamées.