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Iran : que changerait l’inscription des gardiens de la Révolution sur la liste européenne des organisations terroristes ?

Iran : que changerait l’inscription des gardiens de la Révolution sur la liste européenne des organisations terroristes ?

L’UE pourrait ajouter ce jeudi le bras armé idéologique de la République islamique d’Iran à sa liste noire des groupes terroristes. « Le Point » se penche sur les conséquences qu’un tel choix aurait.

L’Union européenne (UE) se penche de nouveau sur un dossier brûlant. Ce jeudi, elle pourrait décider d’ajouter les gardiens de la Révolution islamique d’Iran à sa liste des organisations terroristes. « Je m’attends à ce que nous convenions d’inscrire les gardiens de la Révolution iraniens sur la liste des organisations terroristes. Si vous agissez en terroriste, vous devez aussi être traité comme tel », a indiqué la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas.

Une décision soutenue par la France, après qu’elle a dans un premier temps hésité à se prononcer, inquiète des sorts de Cécile Kohler et de Jacques Paris, libérés en novembre mais toujours bloqués à l’ambassade de France à Téhéran. Sur X, mercredi, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a souligné que « l’insoutenable répression de la révolte pacifique du peuple iranien ne peut rester sans réponse ».

De nombreux autres pays, à l’instar de l’Espagne et de l’Allemagne, poussent également en ce sens, notamment depuis que l’Italie a annoncé, la semaine dernière, son intention de proposer aux autres membres de l’UE d’ajouter les Pasdaran (le nom donné au corps des gardiens de la Révolution islamique) à cette liste. Le tout survient alors que le dernier bilan de l’épouvantable répression des manifestations en Iran est monté à 30 304 morts, d’après le professeur Amir Mobarez Parasta, qui s’est confié au Point.

Un signal politique fort

Le Parlement européen avait déjà plaidé en 2023 – en vain à l’époque – en faveur de cette classification de l’armée idéologique au service du régime, après la répression du mouvement « Femme, vie, liberté ». Pour rappel, la milice accusée par les organisations de droits humains d’avoir orchestré la répression meurtrière du vaste mouvement contestataire qui secoue le pays fait déjà l’objet de sanctions européennes. L’Iran a pour sa part mis en garde contre des « conséquences destructrices ». En 2024, la Suède a également exhorté les autres pays européens à franchir le pas.

L’inscription du bras armé idéologique de la République islamique d’Iran sur la liste noire du terrorisme de l’UE aurait plusieurs conséquences pour la formation créée en 1979, et plus particulièrement pour les quelque 21 entités et individus – dont des hauts responsables des gardiens – qui seront ciblés par ces nouvelles sanctions. Une telle décision constituerait un signal politique fort de condamnation internationale de la répression des manifestations en Iran.

Parmi elles, notamment : le gel des fonds et des avoirs financiers. En d’autres termes, tous les fonds et toutes les ressources économiques détenus dans l’Union européenne par les Pasdaran seraient gelés. Cela comprend notamment leurs comptes bancaires, leurs parts dans des entreprises, leurs biens immobiliers, mais aussi d’éventuelles ouvertures ou utilisations de comptes bancaires à l’intérieur de l’UE. De manière générale, les inscrits se verraient exclus des circuits financiers des 27.

Déjà des sanctions dans plusieurs pays

Le Conseil européen indique également qu’ « aucun fonds, aucun avoir financier ni aucune ressource économique ne peuvent être mis directement ou indirectement à la disposition de ces personnes, groupes et entités » : il deviendrait donc impossible de financer de quelque manière que ce soit la formation militaire. Enfin, les gardiens de la Révolution visés par ces sanctions seraient également frappés d’une interdiction d’entrer sur le sol de l’UE.

Pour rappel, la liste des organisations terroristes recense toutes les personnes, groupes et entités impliqués dans des actes de terrorisme. Elle comprend, précise le site du Conseil européen, « les personnes qui commettent, ou tentent de commettre, des actes de terrorisme, les facilitent ou y participent », « les groupes et les entités appartenant à ces personnes ou contrôlées, directement ou indirectement, par celles-ci » et « les personnes, les groupes et les entités agissant au nom ou sous la direction de ces personnes, groupes et entités ». –

Pour l’heure, elle compte 13 personnes et 22 groupes actifs et entités, et est mise à jour tous les six mois depuis sa création après les attentats du 11 septembre 2001. Y figurent notamment Daech, les talibans (depuis 2002), le Hamas (depuis 2003), la branche militaire du Hezbollah (2013), les Tigres de libération du Tamoul, le Sentier lumineux péruvien, le PKK kurde, ou encore la Direction de la sécurité intérieure du ministère iranien du renseignement. Les gardiens de la Révolution sont déjà inscrits sur la liste des organisations considérées comme terroristes des États-Unis (depuis 2019), de l’Australie et du Canada.