views 10 mins 0 comments

Israël se barricade après le lancement de l’opération « Rugissement du lion » contre l’Iran

Israël se barricade après le lancement de l’opération « Rugissement du lion » contre l’Iran

Huit mois après la précédente guerre, Israël et les États-Unis ont lancé une nouvelle offensive contre l’Iran pour neutraliser les « menaces existentielles ». Israël est en « état d’urgence »

Samedi 28 février 2026, 8 h 13, les alertes retentissent dans tout Israël. En plus des systèmes installés dans les rues du pays, les téléphones aussi sonnent à tue-tête. Le message est préventif : les États-Unis et Israël ont lancé une offensive militaire en Iran, la riposte ne devrait pas tarder.

La consigne en Israël est de se trouver à proximité d’un abri. Le ministre de la Défense, Israël Katz, déclare le pays en état d’urgence, dans un premier temps au moins jusqu’à lundi à 20 h 00. « L’État d’Israël a lancé une attaque préventive contre l’Iran afin d’éliminer les menaces pesant sur l’État d’Israël. En conséquence, une attaque de missiles et de drones contre Israël et sa population civile est attendue dans un futur proche. Le ministre de la Défense a signé un décret spécial instaurant désormais un état d’urgence spécial sur l’ensemble du territoire israélien. Il convient de suivre les instructions du Commandement du Front intérieur et des autorités, et de rester à proximité d’abris ». Presque immédiatement, les médias annoncent que l’offensive est une opération menée conjointement avec les États-Unis.

Le calendrier n’est pas anodin, symbolique même : lundi aura lieu la fête juive de Pourim, qui commémore la délivrance du peuple juif d’un projet d’extermination par le vizir Haman dans l’ancienne Perse. Mais les festivités sont annulées. Les écoles n’ouvriront pas demain dimanche, ni lundi, et ni adultes ni enfants ne pourront parader comme prévu dans leurs déguisements. Seules les professions désignées comme « essentielles » peuvent continuer à être exercées. Le reste du pays s’arrête de fonctionner. L’espace aérien est fermé.

Le pays s’était préparé au déclenchement d’une nouvelle guerre contre l’Iran

En Israël, cette nouvelle guerre contre le régime des mollahs dominait la discussion publique depuis des semaines. Elle était attendue. Les pics d’angoisse, de stress, d’anticipation à l’approche d’une nouvelle guerre avec l’Iran se faisaient hebdomadaires, voire quotidiens. Chaque déclaration d’un officiel américain ou iranien après ou avant les négociations relancées dernièrement était scrutée, les déplacements des porte-avions américains et des équipements militaires israéliens analysés.

Rapidement, l’opposition politique israélienne a déclaré à l’unisson son soutien au gouvernement et à l’armée. « Je veux rappeler à tous : le peuple d’Israël est fort, Tsahal et l’armée de l’air sont forts, la plus grande puissance du monde est à nos côtés », dit le chef de l’opposition Yaïr Lapid. « Dans des moments comme ceux-là, nous tenons bon ensemble et nous gagnons ensemble. Il n’y a pas de coalition et d’opposition, juste un peuple, une armée que nous soutenons tous. »

Avigdor Lieberman, autre figure de l’opposition, fait référence à Pourim : « Nous avons survécu à Haman, nous survivrons à Khamenei ».

Benyamin Netanyahou annonce l’opération « Rugissement du lion »

Le président américain Donald Trump a déclaré dans un discours que les États-Unis avaient lancé des « opérations de combat majeures en Iran ». « Notre objectif est de défendre le peuple américain en éliminant les menaces imminentes du régime iranien, un groupe vicieux composé de personnes très dures et terribles », a-t-il dit. Trump n’a évoqué ni Israël, ni Netanyahou ou la nature conjointe de l’offensive.

Quarante-cinq minutes plus tard, à 10 h 15, le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou s’est exprimé dans un message vidéo diffusé sur ses réseaux sociaux : « Mes frères et sœurs, citoyens d’Israël, il y a peu, Israël et les États-Unis ont lancé une opération pour éliminer la menace existentielle que fait peser le régime terroriste en Iran. Je remercie notre grand ami, le président Donald Trump, pour son leadership historique. Depuis quarante-sept ans, le régime des ayatollahs crie « Mort à Israël », « Mort à l’Amérique ». Il a versé notre sang, a assassiné de nombreux Américains et a massacré son propre peuple. Il ne faut pas permettre à ce régime terroriste et meurtrier de se doter de l’arme nucléaire, qui lui permettrait de menacer l’humanité tout entière. Notre action conjointe créera les conditions permettant au courageux peuple iranien de prendre son destin en main. Le moment est venu pour toutes les composantes du peuple en Iran – les Perses, les Kurdes, les Azéris, les Baloutches et les Ahvazis – de se débarrasser du joug de la tyrannie et d’apporter à l’Iran la liberté et la paix. Je m’adresse à vous, citoyens d’Israël, pour vous demander de respecter les consignes du Commandement du Front intérieur. Dans les prochains jours, au cours de l’opération « Rugissement du lion », nous aurons tous besoin de patience et de grandes forces morales. Ensemble nous tiendrons, ensemble nous combattrons et ensemble nous assurerons l’éternité d’Israël. »

Riposte iranienne

Quelques minutes plus tôt, la riposte iranienne avait été lancée. Les alertes ont retenti à 10 h 08 dans le Nord et le centre d’Israël, notamment à Tel-Aviv. Depuis, les vagues d’alertes dans tout le pays se répètent. Les rues ne sont pas complètement désertes mais très calmes. Chacun organise ses sorties en fonction de la proximité des abris.

Dans un briefing aux médias étrangers, un responsable militaire israélien explique que l’objectif de l’opération « Rugissement du Lion » – un nom choisi en référence à la guerre de juin dernier « Rising Lion » – est de « réduire de manière significative et dégrader les capacités du régime iranien et d’éliminer la menace pesant sur Israël ». Il évoque l’espoir d’un changement significatif pour les années à venir. En ce qui concerne le timing, l’officiel militaire invoque la menace posée par les missiles balistiques iraniens, « développés par milliers tous les mois, à un rythme de plus en plus rapide ».

Le programme nucléaire iranien reste lui aussi perçu comme une menace, le régime s’activant selon les sources militaires pour être prêt à le faire à nouveau avancer. Enfin, le soutien iranien à ses proxys, notamment le Hezbollah, vient lui aussi s’ajouter au cas construit par les gouvernements américains et israéliens pour lancer cette attaque. Entre 700 000 et 900 000 millions de dollars auraient été transférés par le régime des Mollahs à la milice chiite libanaise sur l’année écoulée, selon l’armée israélienne. Reste à voir si le Hezbollah décide de s’engager aux côtés de son patron iranien et d’attaquer Israël, comme il l’avait fait le 8 octobre 2023, au lendemain de l’attaque terroriste du Hamas.

L’officiel militaire explique que l’opération, coordonnée entre les deux armées, a été planifiée conjointement depuis des semaines, sans donner de précision sur le partage des tâches entre les forces israéliennes et américaines.

Tsahal annonce l’appel de 70 000 réservistes, en plus des 50 000 déjà mobilisés, notamment pour « protéger les frontières ».