Devant le Congrès, l’ex-président a nié toute implication dans les crimes de Jeffrey Epstein devant le Congrès. Sa déposition crée un précédent et les démocrates exigent que Donald Trump soit lui aussi contraint de s’expliquer.
L’ancien président Bill Clinton a témoigné pendant plus de 6 heures vendredi devant la commission de contrôle de la Chambre des représentants, dans le cadre de l’affaire Epstein. Il a été interrogé sur ses liens avec le financier, retrouvé mort dans sa cellule à New York 2019 après avoir été accusé de trafic sexuel de mineures.
« Je n’ai rien vu et je n’ai rien fait de mal », a-t-il assuré dans ses propos liminaires. Il a prévenu qu’il ne se souviendrait peut-être pas des détails d’événements survenus plus de 20 ans plus tôt, mais qu’il était certain de ne pas avoir été témoin des abus commis sur des mineures.
Comme sa femme, Hillary Clinton, la veille, il a répondu aux questions des élus dans le centre de convention de Chappaqua, dans le nord de l’État de New York, un hameau où réside l’ex-couple présidentiel.
C’était la première fois qu’un ancien président était forcé de témoigner devant le Congrès. Aucun des deux n’est accusé de crimes. « Personne n’accuse qui que ce soit d’actes répréhensibles, mais les Américains ont beaucoup de questions », avait déclaré James Comer, le président de la commission, un républicain du Kentucky.
Une audition « productive »
Il a ensuite qualifié la déposition de « très productive ». « Le président Clinton a répondu à toutes les questions, ou a essayé de répondre à toutes les questions », a-t-il dit.
Nancy Mace, représentante de Caroline du Sud, a aussi déclaré que Bill Clinton avait fourni « des réponses complètes », même quand ses avocats souhaitaient qu’il arrête de parler.
Ni Bill Clinton ni Hillary n’a invoqué le 5e amendement (le droit à ne pas s’incriminer soi-même) plaidé par Ghislaine Maxwell qui avait refusé de répondre à toutes les questions quand elle a été assignée à comparaître. Même si Nancy Mace a supposé que la retranscription révélerait des incohérences, démocrates et républicains semblaient sur la même longueur d’ondes sur la bonne volonté de l’ancien président.
Avant la déposition, Bill Clinton avait posté sur les réseaux sociaux : « Ayant grandi dans un foyer où régnait la violence conjugale, non seulement je n’aurais jamais pris son avion si j’avais eu le moindre soupçon de ce qu’il faisait, mais je l’aurais dénoncé moi-même. » Il a aussi mentionné « l’arrangement à l’amiable » dont Epstein a bénéficié après avoir plaidé coupable pour sollicitation de prostitution de mineure, en 2008.
Hillary Clinton a pu affirmer jeudi qu’elle n’avait jamais rencontré Jeffrey Epstein et n’était jamais allée chez lui. À de nombreuses reprises, elle a suggéré de poser les questions à son mari. L’exercice était plus délicat pour Bill Clinton, dont les relations avec Epstein sont connues.
#ClintonBodyCount
Les soupçons des républicains sur Bill Clinton et ses rapports avec Epstein ne sont pas nouveaux. Quand le financier a été retrouvé mort dans sa cellule, la version officielle du suicide a immédiatement été remise en question.
Certaines théories étaient centrées sur Bill Clinton. Le 10 août 2019, Donald Trump lui-même avait retweeté le comédien Terrence K. Williams : « #JefferyEpstein (sic) avait des informations sur Bill Clinton et maintenant il est mort… #EspteinSuicide #ClintonBodyCount #ClintonCrimeFamily » Le mot-dièse #ClintonBodyCount, dans les années 1990, désignait des morts autour du couple Clinton dont des théories du complot les rendaient responsables.
Les rumeurs autour du couple ont refait surface en décembre 2025, quand une première tranche de dossiers de l’affaire Epstein a été rendue publique, après un vote à la quasi-unanimité au Congrès qui a forcé le Département de la Justice à s’exécuter. On y voyait Bill Clinton dans une piscine avec Ghislaine Maxwell et une autre personne dont le visage était caviardé. On le découvre aussi dans un avion privé avec une jeune femme, dont le visage est caviardé, qui passe son bras autour de lui. Sur une troisième photo, il est en compagnie d’une jeune femme, dont le visage est aussi caché, dans un jacuzzi. Interrogé, Clinton a répondu qu’il ignorait qui elle était, et qu’il n’avait pas eu de relations sexuelles avec elle.
27 vols dans le jet privé d’Epstein
Jeffrey Epstein s’est aussi rendu à la Maison-Blanche durant la présidence de Bill Clinton, 17 fois selon James Comer qui assure que la commission en détient la preuve. Les deux hommes ont ensuite voyagé ensemble à l’étranger pour des causes humanitaires, et toujours d’après Comer, il aurait pris place dans le jet d’Epstein 27 fois. « Prendre l’avion d’Epstein ne valait pas les années d’interrogatoire qui ont suivi, a écrit Bill Clinton dans ses mémoires de 2024. J’aurais préféré ne jamais le rencontrer. »
Devant la commission, il a encore une fois plaidé l’ignorance. « Nous sommes ici uniquement parce qu’il l’a si bien caché à tout le monde pendant si longtemps, a-t-il déclaré. Et au moment où ça a été révélé, quand il a plaidé coupable en 2008, ça faisait longtemps que j’avais cessé de le fréquenter. » Lauren Boebert, républicaine du Colorado, a ironisé sur X : « Cette manipulation est top niveau. »
Mais ce n’est pourtant pas là-dessus que les républicains ont le plus tiqué. Ni sur Howard Lutnick, le secrétaire au Commerce, qui a été voisin de Jeffrey Epstein pendant longtemps à New York. Dans un podcast, il a assuré qu’il avait coupé les liens avec lui en 2005 parce qu’il le trouvait « dégoûtant ». Or les dossiers rendus publics montrent qu’il l’a vu au moins en 2011 et en 2012. « Il devrait être démis de ses fonctions et au minimum témoigner devant la commission », a affirmé Robert García, le numéro deux de la commission (démocrate de Californie).
Nancy Mace, républicaine de Caroline du Sud, a interrogé Hillary Clinton au sujet de Lutnick et de ses relations avec Epstein. Vendredi matin, elle aussi a estimé que Lutnick devrait témoigner devant la commission. « Je pense que nous aurons les votes pour l’assigner à comparaître », a affirmé le représentant démocrate de Californie Ro Khanna.
La « règle Clinton »
Le point épineux pour les républicains est une comparution de Donald Trump. C’est là-dessus que les partis ont bataillé sur X, postant des clips de leurs conférences de presse, et de leur version. Récemment, des enquêtes ont révélé que les documents liés à quatre interrogatoires d’une femme accusant Donald Trump de viol quand elle avait 14 ans avaient été exclus des documents publiés par le Département de la justice.
Selon les démocrates, l’interrogatoire de Bill Clinton crée un précédent qui peut s’appliquer à Donald Trump. C’est ce que Ro Khanna, représentant de Californie, a appelé « la règle Clinton », « qui est que les présidents et leur famille doivent témoigner quand ils sont assignés par le Congrès ». Elle justifierait que Trump explique ce qu’il savait sur Epstein et pourquoi tous les documents n’ont pas été publiés. « Je pense que Donald Trump doit se comporter en homme, se présenter devant la commission, répondre aux questions et cesser de qualifier cette enquête de canular », a lancé García.
James Comer a estimé que Donald Trump avait été « blanchi ». « Il y a beaucoup d’obsession des médias sur le président Trump, beaucoup de curiosité », a-t-il lancé. Il a assuré que Bill Clinton avait confié : « Le président Trump n’a jamais rien dit qui puisse me faire penser qu’il était impliqué. »
Sur X, les démocrates de la commission ont rétorqué : « Soyons clairs : aujourd’hui, le président Clinton a soulevé de nouvelles questions concernant la relation entre le président Trump et Epstein, notamment quant aux raisons de leur rupture. Affirmer que le président Clinton a totalement disculpé Trump est faux et constitue une interprétation erronée des faits. En réalité, le président Clinton a confirmé qu’il savait que Trump et Epstein entretenaient une relation étroite et a indiqué que Trump avait déclaré avoir passé « de super moments » avec Epstein ».
« Un pervers »
Donald Trump a prétendu qu’il avait coupé ses liens avec Jeffrey Epstein parce qu’il avait recruté Virginia Giuffre dans son spa de Mar a Lago parce qu’il était, selon les dires de Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, « un pervers ». Cette victime du financier s’est suicidée l’an dernier.
Certains, comme le journaliste Michael Wolff, ont toujours soutenu que la brouille, remontant à 2004, était au contraire liée à un achat immobilier. D’après un tweet de Maxwell Frost, démocrate de Floride, Bill Clinton a confirmé cette version : « Le président Clinton a évoqué une conversation qu’il avait eue avec Trump à New York au sujet d’Epstein. Le président Clinton a déclaré que Trump lui avait confié s’être brouillé avec Epstein à la suite d’un différend immobilier. Cela réfute directement les affirmations de Trump sur les raisons de sa brouille avec Epstein. » Frost a ajouté que la comparution de Trump était nécessaire parce qu’il avait été « pris en flagrant délit de mensonge à plusieurs reprises concernant sa relation avec Jeffrey Epstein. » La pression monte sur les républicains qui trouveront sûrement plus facile d’assigner Howard Lutnick.
« J’aime bien Bill Clinton, et je n’aime pas qu’il soit interrogé » a déclaré Donald Trump aux journalistes, vendredi matin. Clinton, dans ses propos liminaires publiés sur les réseaux sociaux, avait dit : « Les États-Unis ont été construits sur l’idée que personne n’est au-dessus des lois, même pas les présidents – surtout pas les présidents. »

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