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Jordan Bardella et la « princesse influenceuse » Maria Carolina : l’apparition qui intrigue l’Italie

Jordan Bardella et la « princesse influenceuse » Maria Carolina : l’apparition qui intrigue l’Italie

Le président du RN et dauphin de Marine Le Pen s’est affiché la semaine dernière avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, héritière d’une ancienne dynastie royale et influenceuse de 22 ans. La presse italienne s’enflamme.

En Italie aussi, on peine à cacher une certaine « curiosité » à l’égard de Jordan Bardella. Un intérêt nourri tant par les batteries de sondages traversant les Alpes et donnant invariablement le chef du RN en tête de la course présidentielle de 2027, que par ses origines familiales transalpines, partagées entre le Piémont et le Latium.

Alors, quand le trentenaire est aperçu en compagnie d’une jeune italienne à la sortie du Grand Palais, où Le Figaro célébrait son bicentenaire, le sang de la presse transalpine ne fait qu’un tour. Grillant les étapes – conjugales et électorales –, la très sérieuse agence de presse Adnkronos s’interroge même : « Une princesse italienne deviendra-t-elle la prochaine Première dame de France ? ».

La femme aux côtés de Jordan Bardella n’est autre que Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles, 22 ans, native de Rome et dépeinte par les médias comme le « visage de la Gen Z aristocratique ».

La vie très « jet set et gotha » de Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles

Une « princesse influenceuse » qui règne sur un compte Instagram de quelque 180 000 âmes où elle enchaîne les poses sur des bateaux de luxe, devant les virages du Grand Prix de Monaco, à Dubai ou en famille à la montagne.

Une vie très « jet set et gotha » : curieux choix pour celui qui se veut le « porte-voix » des classes populaires, fait-on remarquer dans les colonnes du Monde. Étonnamment partagé aussi pas certains internautes de la Péninsule. « Ils se disent du peuple jusqu’au jour du vote », se désole ainsi l’un d’eux sur les réseaux sociaux. « S’ils votent pour ce beau gosse sans envergure, peut-être se retrouveront-ils avec une Première dame noble, voire de sang royal… et la révolution et la prise de la Bastille, tout cela relégué aux oubliettes ? », s’inquiète même un autre. Dans les rangs du RN, on dénonce le « mépris social » et une presse qui « s’abaisse à faire du people ».

Coup de com’ou pas, le pari est en tout cas réussi. Tous les grands médias d’Italie (ou presque) y sont allés de leur article sur la supposée idylle entre la princesse et l’élu d’extrême-droite. Si on ne s’attarde pas trop sur le pedigree politique de Jordan Bardella, allié de ce côté-ci des Alpes au sulfureux vice-Président du Conseil, Matteo Salvini, et à sa Ligue, rien ne nous est en revanche épargné concernant le CV de Maria Carolina de Bourbon des Deux Siciles.

Un nom ronflant que cette cousine éloignée du Roi d’Espagne doit à son père, Charles, dont les aïeux ont gouverné cet influent royaume, à cheval entre l’île méditerranéenne et le sud de l’Italie jusqu’à sa chute en 1860.

L’héritière de la maison Bourbon des Deux-Siciles

On apprend ainsi qu’en 2016, faisant une entorse à la tradition en matière de succession de sa maison, l’homme a nommé sa fille aînée comme principale héritière, l’élevant au passage au rang de duchesse de Calabre et de Palerme (de Capri et de Noto pour sa petite sœur, Maria Chiara).

Non sans provoquer quelques secousses dans le monde des Bourbon. « Mon père a lui aussi été critiqué pour cela, mais pourquoi pas ? Dans une société de plus en plus attachée à l’égalité, il serait injuste d’empêcher les femmes de diriger la maison. », estimait ainsi la jeune prétendante au trône, dans un entretien au quotidien de Naples Il Mattino.

Mais sa vie dorée, entre Paris, Monaco et Rome, elle la doit à sa mère, Camilla Crociani, fille de l’ex-patron du groupe public d’armement Finmeccanica, futur Leonardo. Empêtré dans le scandale financier Lockheed dans les années 70, l’homme d’affaires prendra la fuite au Mexique où il mourra en 1980, léguant l’entièreté de sa fortune (estimée plus tard par le journal Il Sole 24 à 200 millions de dollars d’actions et 450 millions d’œuvres d’art) à son épouse et à ses deux filles. Un legs baladé d’un paradis fiscal à l’autre qui nourrira de profondes dissensions au sein de la famille, relate la presse italienne, et finalement conclues devant un tribunal de l’île de Jersey au début des années 2020.

Plus branchée mode que politique

À tout juste 22 ans, celle qui ambitionne de « créer une maison de mode en tandem » avec sa sœur n’a en revanche jamais exprimé le moindre dessein politique.

Pourtant, à en croire l’agence Adnkronos, l’héritière du trône des Deux-Siciles bénéficierait du soutien certain chez les Neoborbonici, un mouvement monarchiste du sud de l’Italie, nostalgique de l’ère Bourbon et contempteurs de la famille des Savoie qui a régné sur la Péninsule après l’Unité italienne. « Contrairement à leurs cousins espagnols, perçus comme distants, la branche française de Charles et Maria Carolina est omniprésente à Naples et dans le Sud », peut-on ainsi lire, faisant d’elle, aux yeux des légitimes napolitains « la seule véritable héritière à François II », dernier souverain des Deux-Siciles.

Mais la route est encore longue pour le mouvement monarchiste, traversé de divisions. Alors que le pays célèbrera cette année les 80 ans de sa République, un sondage révèle qu’aujourd’hui seuls 12 % des Italiens voteraient pour la monarchie, contre 45 % lors du référendum de 1946.