Maduro a longtemps nargué le rival américain avant de lui offrir, in extremis, un « deal » pétrolier. Trop tard. Donald Trump a choisi la manière forte, balayant d’un raid les dernières illusions du dictateur.
« Peace forever. Peace forever, peace foreveeeeerr… » La dernière syllabe s’étire, portée par les hauts‑parleurs. Le tube est signé du président en personne, Nicolas Maduro. C’était il y a un mois, le 1er décembre. Sur scène, l’homme fort de Caracas se déhanchait au rythme de son propre hit au titre étrangement anglophone : « No War, Yes Peace ». Poings levés, chemise rose, casquette rouge vissée sur le crâne, il enchaînait les tours sur lui‑même.
À 63 ans, l’ancien conducteur de bus s’offre un simulacre de « gym tonique » pour défier le géant américain ou, peut‑être, pour conjurer le sort. Maduro aime danser. Ces derniers mois, on l’a vu se trémousser sur Imagine de John Lennon ou « Don’t Worry, Be Happy » de Bobby McFerrin. Il y a un mois, entre deux pas de danse, il jouait encore les bravaches : « Ils ne pourront jamais nous arracher au chemin de la révolution. La victoire pour toujours ! »
Le ton change un mois plus tard, le 31 décembre. Face à son confident de toujours, Ignacio Ramonet, Maduro apparaît dans une mise en scène singulière : une interview à bord d’un 4×4, calquée sur le modèle des « Carpool Karaoke » de la télévision américaine. Cette fois, plus de défi, mais une supplique. Il lance un appel au peuple américain, jure qu’il n’y a à Caracas qu’un gouvernement « ami » et « pacifique ».
« Notre message est clair : pas de guerre, oui à la paix », répète‑t‑il en anglais, avant de tendre à son ami une casquette rouge. Puis il assure qu’il est prêt à discuter sérieusement d’un accord pour lutter contre le trafic de drogue. Il ajoute même une offre taillée pour flatter Donald Trump : « S’ils veulent du pétrole, le Venezuela est ouvert aux investissements américains, comme avec Chevron : quand ils veulent, où ils veulent et comme ils le veulent. »
Ultime rameau d’olivier envoyé au président américain. Trop peu, ou trop tard. Deux jours plus tard, sur une photo diffusée par Donald Trump sur son réseau Truth, le dictateur vénézuélien n’est plus en chemisette mais en jogging gris, les yeux bandés. Ses mains ne marquent plus le tempo : elles semblent menottées et tiennent une bouteille d’eau en plastique. L’héritier de Chavez a été fait prisonnier, il est exhibé par son rival comme un trophée de guerre.
« Quelque chose de stupéfiant »
Après des mois de tensions, marqués par des raids contre des navires au large du pays, l’arraisonnement de pétroliers et des frappes « chirurgicales », Donald Trump a tranché : les forces américaines ont mené une opération « à grande échelle » pour capturer et exfiltrer le président et son épouse hors du pays. Le chef de la Maison‑Blanche s’en est vanté quelques heures plus tard sur Fox News : il raconte avoir suivi l’assaut « comme on regarde une série à la télévision », fasciné par « la vitesse, la violence » de l’opération, « quelque chose de stupéfiant ».
Pour des millions de Vénézuéliens, de l’intérieur comme de l’exil, c’est la fin d’une ère. Celle d’un régime répressif au bilan lourd : un rapport de l’ONU a récemment documenté une décennie d’exécutions, de tortures et de violences. Maduro, qui a volé l’élection de 2024, laisse derrière lui un pays exsangue et un exode de nombreux migrants.
Mais l’après reste flou. Sa rivale, Maria Corina Machado, a beau avoir reçu le prix Nobel de la paix en décembre dernier, rien ne garantit qu’elle pourra se hisser au pouvoir. Quant à Edmundo Gonzalez Urrutia, le vainqueur spolié de juillet 2024, il reste en exil : sa tête avait été mise à prix pour 100 000 dollars par le régime déchu.
À Washington, l’heure est à la justification. Le vice‑président J. D. Vance balaie les critiques sur l’illégalité de l’intervention : « On n’échappe pas à la justice pour trafic de drogue parce qu’on vit dans un palais à Caracas. Maduro est le dernier en date à apprendre que le président Trump fait ce qu’il dit. »
Au‑delà de la rhétorique anti‑narcotrafic, la clé de l’opération se trouve sans doute dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale de la Maison‑Blanche. Le texte est limpide et vient de connaître sa première mise en œuvre concrète : « Après des années de négligence, les États‑Unis réaffirmeront et feront respecter la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental », dit le document.
Le dictateur et son épouse, Cilia Flores, en font les premiers les frais. La musique s’est tue à Caracas et l’ancien homme fort serait à bord d’un bâtiment américain faisant route vers l’État de New York, où un nouvel acte d’accusation pour narco‑terrorisme et complot, déposé devant le district sud, vise désormais le couple.

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