Gracié par Donald Trump en 2025, Jacob Angeli-Chansley renie désormais son idole. Visage du complotisme et ex-icône du 6 janvier, il vise aujourd’hui le poste de gouverneur de l’Arizona.
Il était le visage de l’assaut du Capitole, le 6 janvier 2021. La figure des partisans de Donald Trump. Son accoutrement a fait le tour du monde : Jacob Angeli-Chansley (ou Jake Angeli, comme il préfère être appelé), la face rouge, blanche et bleue, vêtu d’une tenue « chamanique », d’un bonnet en fourrure à cornes blanches. Torse nu, le corps recouvert de tatouages liés à l’ésotérisme ou à la spiritualité, une lance décorée d’un drapeau américain qu’il tenait à la main. Quatre ans plus tard, il a bien changé. Dans un entretien à CNN, Jacob Chansley est revenu sur ce jour funeste pour la démocratie américaine, mais surtout sur son rapport désormais houleux à celui qu’il soutenait avec ferveur.
« Je ne suis plus un supporter de Donald Trump. Je pensais que vous le saviez », répond-il au journaliste qui l’interroge à Phoenix sur son soutien au président américain. Sa coiffe chamanique a laissé place à une coiffe amérindienne. Il est habillé d’un costume bleu, chemise blanche et cravate rouge et blanche. Les couleurs du drapeau américain qui rappellent, ironiquement, les costumes de Donald Trump.
Mais aujourd’hui, le président n’a plus ses bonnes grâces. En cause, notamment : le refus de l’administration Trump de publier la liste des clients de Jeffrey Epstein. « [Cela] a suffi, pour moi et beaucoup d’autres, à nous dire : “OK, ce sont des conneries” », explique-t-il au micro de la chaîne américaine. Sur la propension de la mouvance QAnon à jeter en pâture des noms à la foule dans l’affaire Epstein, il persiste : « Tout le monde peut avoir une histoire, une théorie, mais la situation est tellement complexe que la vérité ne sera jamais officiellement établie. »
Trump commet « le vol à main armée d’une nation »
Au Times, il a déclaré que l’administration Trump était un « désastre corrompu », visant, au-delà du dossier Epstein, le soutien américain à Israël. « L’administration Trump ment tout simplement, parce qu’elle privilégie Israël, tout comme l’administration Biden a menti pour la même raison. On n’a pas notre propre gouvernement », abonde-t-il. Concernant le raid militaire américain au Venezuela, il pense que Trump « utilise en réalité l’armée américaine pour commettre le vol à main armée d’une nation. C’est tout le contraire de ce dont l’Amérique a besoin en ce moment ».
Il estime qu’un système est aujourd’hui « en guerre » contre la population et favorise les ultra-riches. « Toute guerre repose sur la tromperie, et le peuple américain est en guerre », a-t-il appuyé. Celui qui refuse de s’identifier comme le « chaman de QAnon » avait été condamné, en novembre 2021, à 3 ans et cinq mois de prison et trois ans de liberté surveillée.
Il avait été libéré de façon anticipée en mars 2023, après 27 mois de prison, puis avait été gracié (comme 1 500 autres participants de l’assaut du Capitole) par Donald Trump, le jour de son investiture, en janvier 2025. Il est désormais candidat indépendant au poste de gouverneur de son état natal, l’Arizona, en novembre prochain. « Puisque je suis l’une des rares personnes à avoir gardé toute ma tête et à comprendre ce qui se passe réellement dans le monde, il me revient, à mon sens, de faire quelque chose pour résoudre ces problèmes », a-t-il ajouté.
Diagnostiqué comme souffrant de troubles mentaux
Toute sa tête ? Jake Angeli a déposé une plaine à Phoenix, en septembre, réclamant 40 000 milliards de dollars, selon le Times, en prétendant être le président légitime des États-Unis et sollicitant cette somme colossale (pour rappel, le PIB américain est d’environ 30 000 milliards) pour rembourser la dette nationale. Dans une plainte d’un seul paragraphe et de 26 pages, il poursuit Donald Trump, mais également la Réserve fédérale, la NSA, le FMI, la Banque mondiale, X, Warner Bros., ou encore Israël.
En 2021, Angeli a été diagnostiqué comme souffrant de troubles mentaux suite à une évaluation psychologique ordonnée par le tribunal. Les documents ont révélé qu’il avait reçu un diagnostic similaire en 2006, alors qu’il servait dans la marine. Chadwick Twillman, son ancien allié des J-Six (nom donné aux émeutiers du Capitole), a déclaré au Times qu’en « essayant de le confronter à certains de ces points, en tant qu’ami, pour le ramener à la raison, il s’est enfoncé encore plus dans des théories du complot. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise personne, je pense juste que c’est une âme perdue et désorientée ».
« Je n’ai aucun regret du tout, même si j’ai fait de la prison. Je ne vis pas avec des regrets », a ajouté Jake Angeli. « Pour être clair… la politique ne m’intéresse pas… ce qui m’intéresse, c’est de sauver mon pays, l’humanité et la planète de l’extinction. C’est la voie que nous suivrons si nous n’avons pas de nouveaux dirigeants. » Gageons que les électeurs de l’Arizona sauront, eux, raison garder.

Partager :