Avec son « pied-à-terre » avenue Foch, le pédocriminel entretenait son carnet d’adresses.
Il aimait tant Paris qu’il avait acheté en 2001 un magnifique appartement de près de 800 mètres carrés au 22, avenue Foch. Selon le témoignage du majordome des lieux, l’Américain débarquait plusieurs fois par an en France. Les registres de vol de ses avions et le « carnet noir » de Jeffrey Epstein révèlent plusieurs prénoms féminins associés à de brefs et nombreux séjours parisiens. Ce fameux carnet de 97 pages ne constitue cependant pas une preuve d’appartenance à un éventuel « réseau » pédocriminel du milliardaire. Il s’agit d’un répertoire d’adresses et de coordonnées constitué par des personnes travaillant pour Epstein, et dérobé par un de ses employés de maison entre 2004 et 2005.
Y figurent une trentaine de personnalités françaises, notamment des milieux de la finance et de la culture, dont Caroline Lang. Trois numéros de téléphone sont associés à son nom – deux à New York, un à Paris. Après avoir commencé sa carrière à Londres dans une société appartenant à Robert Maxwell en 1989, la fille de l’ancien ministre de la Culture a travaillé pour Warner aux États-Unis de 1991 à 1994, selon le réseau social LinkedIn.
Or l’ancienne actrice a assuré avoir rencontré Jeffrey Epstein, avec lequel elle a cofondé une société offshore dans les îles Vierges, en 2012. Il n’y a pas d’échange de mails antérieur entre eux dans les millions de documents récemment divulgués. Interrogée à ce sujet, elle a nié avoir eu connaissance des actes pédocriminels d’Epstein. En 2012, leur proximité se serait nouée rapidement : Epstein a proposé de lui offrir des leçons de natation et elle l’a invité à dîner au restaurant avec ses parents.
Testament financier
En 2014, il lui prête sa maison à Palm Beach pour une semaine. La même année, l’assistante du financier demande à son patron si elle doit se mettre en contact avec Caroline Lang pour reprogrammer un rendez-vous avec DSK. En 2015, Monique Lang, l’épouse de Jack, envoie un mail à Epstein pour lui demander de participer au financement d’un film sur leur fille disparue, Valérie. Avec les Lang, Epstein échange sur l’achat offshore d’un riad à Marrakech, l’élection présidentielle à venir… Epstein aurait signé, deux jours avant sa mort, une sorte de testament financier dans lequel il lègue en cas de décès des sommes d’argent à des proches, dont Caroline Lang, qui ignorait l’existence de ce document.
C’est une autre connaissance française, la banquière Ariane de Rothschild, qui évoque avec lui par mail, en 2013, l’humoriste antisémite Dieudonné, en s’inquiétant de son audience. Si Marine Le Pen ou Louis Aliot sont cités, c’est par des voies détournées. Un mail envoyé par le journaliste américain Michael Wolff le 12 juillet 2018 lui expose le contenu des discussions entre le vice-président du RN et le spin doctor d’extrême droite Steve Bannon lors d’un dîner à Londres la veille : « Ces types avaient l’air idiots, purs et durs, et Bannon, entouré de ses gardes du corps à l’allure de voyous et de ses conseillers blogueurs farfelus, prospère précisément parce que le monde du populisme est si peu professionnel (voire grotesque). »
Perquisition
Le mathématicien Cédric Villani a été approché en 2017, invité avenue Foch pour un café. Un an plus tard, Jeffrey Epstein lui demande s’il peut transmettre une invitation à Bruno Le Maire (alors ministre de l’Économie), « il est déjà venu chez moi à New York ». Paris a été pour Jeffrey Epstein un endroit dans lequel il aimait revenir, recevoir, s’offrir du bon temps. C’est d’ailleurs en provenance du Bourget qu’il a été arrêté à sa descente d’avion dans le New Jersey le 6 juillet 2019. Peu après sa mort le 10 août, le parquet de Paris avait ouvert à son encontre une enquête pour viols et agressions sexuelles, notamment sur mineures, et la police avait perquisitionné son appartement parisien.

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