La nouvelle a fait quinze fois le tour du rond-point Schuman à Bruxelles depuis ce mardi matin : Federica Mogherini, l’ancienne haute représentante de l’Union européenne (2014-2019), a été placée en garde à vue à l’occasion d’un vaste coup de filet de la police belge, agissant pour le compte du Parquet européen (EPPO). Des perquisitions ont été menées au Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à Bruxelles ainsi qu’au prestigieux Collège d’Europe à Bruges – l’équivalent de l’ENA pour les diplomates européens –, dont Federica Mogherini a repris la direction.
Vers 7 h 30 mardi matin, une dizaine d’agents en civil ont pénétré au siège du SEAE, rapporte Euractiv, qui a révélé cette affaire en exclusivité. L’enquête pénale, menée par le Parquet européen avec le soutien de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf), porte sur un détournement présumé de fonds publics de l’UE en 2021 et 2022.
L’enquête porte sur les conditions d’attribution au Collège d’Europe d’un programme de formation pour jeunes diplomates européens, en 2021-2022. Les enquêteurs soupçonnent que des responsables du collège aient pu avoir accès à des informations confidentielles avant le lancement officiel de l’appel d’offres du SEAE.
Le timing interroge : en 2022, alors qu’il traverse des difficultés financières, le Collège d’Europe achète un immeuble à Bruges pour 3,2 millions d’euros. Peu après, le SEAE publie un appel d’offres pour héberger la nouvelle Académie diplomatique de l’UE – et l’une des conditions pour candidater est justement de disposer d’un hébergement pour les stagiaires. Le collège remporte le marché et obtient 654 000 euros de financement européen.
L’achat suspect d’un immeuble à Bruges
La question posée par les enquêteurs est simple : comment le collège a-t-il pu investir 3,2 millions d’euros dans un immeuble juste avant qu’un appel d’offres – censé être confidentiel – ne soit publié avec cette exigence précise d’hébergement ? Avait-il été informé en avance des critères de sélection, ce qui lui aurait donné un avantage décisif sur ses concurrents potentiels ? Si ces soupçons se confirment, il s’agirait d’une violation des règles de concurrence loyale dans les marchés publics européens.
Dans un communiqué, le Parquet européen (EPPO) indique qu’il existe « de forts soupçons » qu’au cours de la procédure d’appel d’offres, l’article 169 du règlement financier relatif à la concurrence loyale aurait été violé, et que « des informations confidentielles liées à la procédure de passation de marché ont été partagées avec l’un des candidats participant à l’appel d’offres ».
Federica Mogherini, ministre italienne des Affaires étrangères sous le gouvernement de Matteo Renzi avant de devenir haute représentante de l’UE de 2014 à 2019, dirige le Collège d’Europe depuis 2020 et l’Académie diplomatique depuis son lancement en 2022. Les faits présumés se sont déroulés sous le mandat de son successeur au SEAE, l’Espagnol Josep Borrell, remplacé le 1er décembre 2024 par l’Estonienne Kaja Kallas. Interrogé sur l’implication de hauts fonctionnaires européens, le porte-parolat de la Commission européenne n’a pas souhaité faire de commentaire à ce stade de l’enquête. Or, il apparaît que l’actuel directeur général pour le Moyen-Orient de la Commission européenne Stefano Sannino fait partie des personnes placées en garde à vue par la police. Il était secrétaire général du SEAE de janvier 2021 à janvier 2025.

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