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Laurent Nuñez à Alger, une visite sous haute tension

Laurent Nuñez à Alger, une visite sous haute tension

Le ministre de l’intérieur, attendu en Algérie lundi 16 et mardi 17 février, devrait aborder la question des OQTF et la situation du journaliste Christophe Gleize, toujours emprisonné. Parviendra-t-il à convaincre les autorités locales de le libérer ?

En début de semaine, quand un journaliste a posé une question au président Abdelmadjid Tebboune sur de précédentes déclarations de Laurent Nuñez affirmant souhaiter venir en Algérie, le chef de l’État algérien avait répondu laconiquement : « ces déclarations le concernent lui, pas moi », ajoutant : « S’il veut venir, il est le bienvenu. »

Finalement, Laurent Nuñez se rendra bien à Alger, lundi 16 et mardi 17 février, a confirmé, jeudi, son entourage à l’Agence France-Presse (AFP). Le ministre français de l’Intérieur s’est entretenu avec son homologue algérien Saïd Sayoud le même jour, par téléphone, pour préparer cette visite, a appris l’AFP de même source.

Il y a une dizaine de jours, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal, présidente de l’Association France-Algérie, de retour à Paris après un déplacement à Alger, avait critiqué le ministre de l’Intérieur français, qui avait conditionné sa visite à Alger à des « bougés forts » de la part de l’Algérie sur deux dossiers : l’application des obligations de quitter le territoire français (OQTF) pour les ressortissants algériens, et la situation du journaliste Christophe Gleizes, condamné à sept ans de prison. « Il faut y aller, c’est évident. Quand on pose des conditions, c’est qu’on ne veut pas y aller », avait déclaré Ségolène Royal.

Deux jours après l’interview du président Tebboune, Laurent Nuñez est, de fait, revenu sur le sujet d’un déplacement à Alger, avec un ton plus réconciliant. Sur BFMTV-RMC, lundi 9 février, le ministre de l’Intérieur a rappelé qu’il était toujours « invité par son homologue, le ministre de l’Intérieur algérien » et que cette visite était « en cours de préparation ».

« J’ai toujours une invitation en cours de mon homologue […] Bien sûr, j’y répondrai, on travaille aux conditions de cette visite », a-t-il précisé, ajoutant, qu’à Alger, il souhaiterait parler de « questions de sécurité, de réadmission, de lutte contre le terrorisme et de narcotrafic ».

Alger inflexible sur les OQTF

« Le programme de la visite est enfin ficelé, assure-t-on désormais à Alger. Nous avons des discussions à avoir avec M. Nuñez et nous sommes disposés à écouter. » Sur BFM-RMC, Laurent Nuñez s’est même félicité « que les échanges sécuritaires aient repris entre les deux pays », même si les retours de ressortissants algériens frappés par une OQTF n’ont pas repris « pour l’instant ». « Mais on y arrivera », a-t-il tenu à ajouter.

Sur ce dossier, la position d’Alger reste cependant inflexible, du moins dans son énoncé public, rendant compliquée la reprise du dialogue sur le sujet. Lors de l’interview citée plus haut, le président algérien avait indiqué que « le problème des OQTF concerne les pays d’accueil ».

« Pour les OQTF, nous les avons refusées à un ministre [Bruno Retailleau, NDLR] parce qu’il se permettait de prendre des Algériens, que j’ai juré de protéger, de les mettre dans un avion et de les renvoyer en Algérie », a déclaré le président Tebboune.

« Ces Algériens ont des droits. Ils vivent en France depuis dix à quinze ans. Il faut respecter leurs droits. Si la justice ordonne leur expulsion, il y a un recours. Nous avons des accords qui régissent cela. L’Algérie doit être informée, le consul doit rendre visite à la personne frappée d’une OQTF… Si tout est en règle, il signe le laissez-passer », a-t-il insisté.

Néanmoins, dans la foulée de sa visite en Algérie, Ségolène Royal a déclaré avoir évoqué la question lors de son audience avec le président Tebboune : « Je lui ai dit : “pour les OQTF, est-ce qu’on peut faire davantage ?” Il a dit : “que monsieur Nuñez vienne comme il l’avait dit”. » Fallait-il y voir une ouverture ?

« Les discussions techniques sécuritaires ont repris »

Sur le dossier Gleizes, les artisans du dialogue bilatéral guettent un « bougé » de bon augure. L’octroi d’un droit de visite à Ségolène Royal, le transfert du journaliste de la prison de Tizi Ouzou (Kabylie) vers celle de Koléa, près d’Alger, et le maintien des permis de visite accordés à ses parents constituent autant de signaux – faibles, timides, mais réels – dans un contexte toujours extrêmement tendu.

Pour des observateurs avertis, « Laurent Nuñez ne rentrera pas à Paris avec Christophe Gleizes à bord de son avion ». « Mais l’hypothèse d’une sortie de crise, favorable au journaliste, commence à se dessiner. Reste à identifier, côté algérien, le bon canal permettant à Alger de “sortir par le haut”, à l’image de la libération de l’écrivain Boualem Sansal, obtenue via l’intermédiation de Berlin », souligne-t-on.

Sur un autre dossier, « les discussions techniques sécuritaires, elles, ont repris », a assuré Laurent Nuñez le 3 février sur TF1, sans en préciser les contours et les sujets. En off, plusieurs sources évoquent toutefois des échanges et rencontres à haut niveau entre les deux appareils de sécurité et de renseignement depuis plusieurs semaines.

« Deux têtes d’affiche de la DZ Mafia »

Les discussions porteront aussi sur la coopération dans la lutte contre le narcotrafic. Laurent Nuñez aurait été chargé par le président Emmanuel Macron « de ramener [d’Algérie] deux têtes d’affiche de la DZ Mafia, qui fait la loi à Marseille », avait révélé Le Canard enchaîné en novembre 2025.

« Mehdi Laribi, alias “Tic”, présenté comme l’un des fondateurs de l’organisation mafieuse, et Mohamed Djeha, dit “Mimo”, continuent de tirer les ficelles de leur juteux business depuis Oran », selon le même journal. Mehdi Laribi se serait installé en Algérie après sa libération de prison en France en 2021. Mohamed Djeha, dit « Mimo », et dont le nom figurait sur la liste des « cibles d’intérêt prioritaire » de l’Office français antistupéfiants (Ofast), a été arrêté en Algérie le 15 juin 2023.

Ce dernier a été condamné, en mai 2023 par contumace, à trente ans de prison par la cour d’assises d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône). Après la mini-crise déclenchée par la diffusion, le 22 janvier sur France 2, d’un Complément d’enquête consacré aux tensions franco-algériennes – et la colère d’Alger – la venue annoncée de Laurent Nuñez, la semaine prochaine, prend des allures de visite de la dernière chance.