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Le blizzard de Minneapolis ébranle l’Amérique de Trump

Le blizzard de Minneapolis ébranle l’Amérique de Trump

Omniprésent sur la scène internationale, Donald Trump affronte sa plus grave crise intérieure. Et les élections de mi-mandat approchent.

En un peu plus d’un an, Donald Trump a semé la tempête du Groenland au Venezuela. Le président « America First » s’est mué en interventionniste tous azimuts, au risque de désorienter sa base Maga. Mais c’est chez lui que le locataire de la Maison-Blanche affronte aujourd’hui sa plus grave crise politique. La mort de l’infirmier Alex Pretti, tué par un agent fédéral dans une rue glacée de Minneapolis, a fait se lever un blizzard qui menace de gagner toute l’Amérique. Les méthodes d’un autre âge de l’ICE, la police anti-immigration, horrifient une large part de l’opinion.

La mise en garde la plus inattendue – et peut-être la plus préoccupante pour la Maison-Blanche – ne vient pas de ses opposants naturels, mais d’un allié historique : la National Rifle Association (NRA). Le puissant lobby des armes appelle lui aussi désormais à « réduire la température ». « Les voix publiques responsables devraient attendre une enquête complète », a brocardé l’organisation, en réponse à ceux qui justifiaient la mort d’Alex Pretti par le fait qu’il était armé.

Le président américain paraît avoir pris la mesure de la fronde et tente de calmer les esprits. Il évoque la nécessité de faire toute la lumière sur cette mort, contredisant ainsi les faucons de son administration. Des républicains modérés se désolidarisent. Quelques gouverneurs, élus de la Chambre et sénateurs, comme Bill Cassidy en Louisiane, réclament désormais ouvertement une enquête fédérale. Du côté de la presse, le New York Times dénonce mensonges et dissimulation. Même le Wall Street Journal parle de « débâcle morale et politique ».

De quoi réveiller des démocrates longtemps aphones face au déferlement continu de l’actualité trumpienne. L’ancien président Barack Obama a publié un communiqué solennel : « Il revient à chaque citoyen de s’élever contre l’injustice, de protéger nos libertés fondamentales, et de faire rendre des comptes à notre gouvernement ». Le basketteur Stephen Curry, star de la NBA en déplacement à Minneapolis, a lui aussi dit espérer « un environnement plus pacifique ».

Même le Wall Street Journal parle de « débâcle morale et politique ».

Les chiffres sont inquiétants pour Donald Trump : un sondage YouGov montre qu’une majorité d’Américains soutient l’abolition de l’ICE (46 % contre 41 %) et la cote de popularité du président s’enfonce. L’embellie constatée après la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro est vite retombée. Avec 40 % d’opinions favorables, Trump fait pire que Biden au même stade de son mandat. On sait ce qu’il en advint pour ce dernier : la perte de la Chambre des représentants. Car voilà la vraie bataille qui se profile : les midterms de novembre 2026.

Les derniers sondages créditent les démocrates d’un léger avantage, suffisant pour espérer reprendre la main au Congrès et enrayer l’agenda trumpien. Le camp Maga tente par tous les moyens d’empêcher un tel scénario, notamment en multipliant le recours au redécoupage électoral – le « gerrymandering » – pour minimiser les effets d’un possible basculement. Certains envisagent même pire : un report des élections car Trump pourrait invoquer l’Insurrection Act et déployer l’armée. « Les midterms auront lieu ! On n’est pas tombés si bas », tente de rassurer le géopolitologue américain Fareed Zakaria, de passage à Paris le 26 janvier.

Même si le scrutin se tient, les résultats pourraient être contestés. Une partie du camp Maga a brûlé ses vaisseaux. Elle entend garder le pouvoir pour éviter les juges. « L’Amérique de Trump bascule‑t‑elle dans l’autoritarisme ? » s’interrogeait l’ancien président François Hollande lors d’un séminaire du Grand Continent à l’École normale supérieure. « L’autocrate n’a qu’un but : se maintenir au pouvoir à tout prix », ajoutait-il. Donald Trump en est-il là ?