12 views 7 mins 0 comments

Le « Conseil de paix » pour Gaza, un rival de l’ONU à la botte de Donald Trump ?

Le « Conseil de paix » pour Gaza, un rival de l’ONU à la botte de Donald Trump ?

Présentée comme un outil de stabilisation pour la région, l’instance imaginée par le président américain suscite déjà critiques et suspicions.

Cela ne cesse d’être répété ad nauseam : pour Donald Trump, tout a un prix, tout s’achète, tout se monnaie. Y compris, visiblement, la paix. Le président américain a annoncé, samedi 17 janvier, la création d’un Conseil de la paix pour Gaza. Ce groupe est supposé mettre en action la deuxième phase du plan de paix, qui doit mettre fin à la guerre entre Israël et le Hamas. Le projet de charte proposé pour régir l’instance, consulté par nos confrères de Bloomberg, laisse augurer une organisation sous l’autorité directe du républicain.

Pour la rejoindre et obtenir un siège permanent, l’administration de Donald Trump exige une contribution d’au moins un milliard de dollars. « Chaque État membre siège pour un mandat d’une durée maximale de trois ans à compter de l’entrée en vigueur de la présente Charte, renouvelable par le président. Cette durée de trois ans ne s’applique pas aux États membres qui versent au Conseil de la paix une contribution en numéraire supérieure à 1 milliard de dollars américains au cours de la première année suivant l’entrée en vigueur de la Charte », précise ainsi le projet.

Donald Trump serait le premier président de ce Conseil et il déciderait des membres invités. Les décisions seraient prises à la majorité, chaque État membre disposant d’une voix la décision finale serait tout de même soumise à l’approbation du président. Le Conseil se penchera sur des questions telles que « le renforcement des capacités de gouvernance, les relations régionales, la reconstruction, l’attraction des investissements, le financement à grande échelle et la mobilisation des capitaux » pour la reconstruction de la bande de Gaza, est-il précisé.

Deux autres organes créés

Pour l’heure, en font partie le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, l’émissaire spécial de Donald Trump, Steve Witkoff, son gendre, Jared Kushner, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, le milliardaire américain Marc Rowan, le président de la Banque mondiale Ajay Banga et Robert Gabriel, conseiller de Donald Trump. Autant dire que le président américain sera en terrain nettement conquis, entouré de ses plus proches soutiens.

Deux autres organes devraient être créés : le comité technocratique palestinien, qui vise à « superviser la restauration des services publics essentiels, la reconstruction des institutions civiles et la stabilisation de la vie quotidienne à Gaza ». Il est composé de 15 personnalités palestiniennes et est présidé par Ali Shaath, ancien vice-ministre palestinien. Enfin, le conseil exécutif doit « contribuer à soutenir une gouvernance efficace et la fourniture de services de pointe qui favorisent la paix, la stabilité et la prospérité pour la population de Gaza », selon Washington.

Dans ce comité, plutôt consultatif, figureront de nouveau Steve Witkoff, Jared Kushner, Tony Blair, Marc Rowan, mais aussi le diplomate bulgare Nikolaï Mladenov, ancien envoyé des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, l’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient Sigrid Kaag, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, le diplomate qatari Ali Al-Thawadi ou encore le chef des services de renseignement égyptien, Hassan Rashad.

La France pour l’heure pas favorable

Le Conseil pour la paix est décrit dans sa charte comme « une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime et à garantir une paix durable dans les zones touchées ou menacées par un conflit ». Autrement dit, il pourrait donc servir pour la résolution du conflit à Gaza, mais aussi pour d’autres conflits dans le monde. Les critiques craignent donc que Donald Trump ne tente de construire une alternative, voire une organisation rivale, aux Nations unies, qu’il critique déjà depuis longtemps.

Donald Trump a invité, entre autres, la présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, le président russe, Vladimir Poutine, ou encore Emmanuel Macron. Moscou a dit vouloir « clarifier toutes les nuances » de cette proposition avec Washington avant de se prononcer. « En lien avec nos proches partenaires, nous examinons actuellement les dispositions du texte proposé comme fondement de cette nouvelle instance, dont le projet dépasse la seule situation à Gaza », a fait savoir le Quai d’Orsay au Monde lundi 19 décembre en début d’après-midi.

Mais quelques heures plus tard, l’entourage d’Emmanuel Macron a annoncé que la France « n’entend pas donner suite favorable », à ce stade. Même chose pour le Canada, qui « ne paiera pas pour un siège », réaffirmant toutefois l’« intention » du Premier ministre canadien, Mark Carney, « d’accepter l’invitation ». Selon la charte du Conseil de paix, elle est censée « entrer en vigueur » quand « trois États » seulement l’auront signée.