Abattu par des agents fédéraux alors qu’il portait légalement une arme, Alex Pretti place la National Rifle Association en porte-à-faux de l’administration Trump.
Porter une arme est-il devenu un risque mortel aux États-Unis ? Samedi 24 janvier, à Minneapolis, cet infirmier de 37 ans, citoyen américain et détenteur légal d’un permis de port d’arme, a été abattu par des agents fédéraux de l’immigration. Depuis, une onde de choc traverse un camp d’ordinaire monolithique : celui du lobby des armes à feu, contraint de demander des comptes à l’administration qu’il défend habituellement.
Les séquences vidéo ne montrent à aucun moment Alex Pretti tirant ou brandissant son arme. On y voit des agents plaquer l’homme au sol et l’un d’eux repartir avec ce qui est sans doute le pistolet de l’infirmier, avant que les coups de feu ne retentissent. Tandis que le département de la Sécurité intérieure défend une riposte défensive, ces mêmes images remettent en question l’existence d’une menace immédiate et le caractère justifié de l’usage de la force.
La NRA sort de sa réserve
Fait rarissime, la National Rifle Association (NRA) s’est invitée dans le débat national pour réclamer, aux côtés d’autres organisations pro-armes traditionnellement alignées avec Donald Trump, une « enquête complète » sur les circonstances de la mort de Pretti. Gun Owners of America et le Minnesota Gun Owners Caucus ont formulé des demandes analogues, invoquant la nécessité de préserver la confiance dans l’État de droit.
Cette irruption du lobby des armes dans un registre critique a été déclenchée par une déclaration de Bill Essayli, procureur fédéral par intérim en Californie, nommé par Donald Trump. Sur les réseaux sociaux, il a écrit : « Si vous approchez les forces de l’ordre avec une arme, il y a une forte probabilité qu’elles aient légalement le droit de vous abattre. »
La NRA a immédiatement répliqué : « Ce sentiment… est dangereux et erroné. Les responsables publics devraient attendre les conclusions d’une enquête complète, plutôt que de faire des généralisations et de diaboliser des citoyens respectueux des lois. »
Gun Owners of America a, de son côté, dénoncé une interprétation abusive : le deuxième amendement « protège le droit des Américains de porter des armes tout en manifestant – un droit que le gouvernement fédéral ne doit pas violer ».
« Si vous tenez à votre vie, n’approchez pas agressivement les forces de l’ordre armé »
Le gouverneur démocrate de Californie, Gavin Newsom, n’a pas résisté à l’occasion. Son bureau a commenté la prise de position de la NRA en ces termes : « Wow. Même la NRA estime que le larbin du ministère de la Justice de Trump en Californie est allé trop loin en affirmant que des agents fédéraux étaient “légalement justifiés” à tuer Alex Pretti. » Avant d’ajouter : « Votre position est vraiment horrible quand même la NRA vous désavoue. »
Bill Essayli a tenté de corriger le tir, accusant ses détracteurs de « rajouter des mots pour déformer [son] propos ». Selon lui, il visait « des agitateurs qui s’approchent des forces de l’ordre avec une arme et refusent de se désarmer ». Mais le mal était fait. Son message a été assorti d’une note communautaire rappelant que la Constitution interdit de tirer sur un citoyen « pour la simple possession d’une arme qui ne constitue pas une menace imminente », en référence aux deuxième, quatrième et quatorzième amendements.
Persistant, Bill Essayli a néanmoins déclaré : « Mon conseil reste valable. Si vous tenez à votre vie, n’approchez pas agressivement les forces de l’ordre en étant armé. Si elles perçoivent raisonnablement une menace et que vous ne vous désarmez pas immédiatement, elles sont légalement autorisées à recourir à la force létale. »

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