12 views 5 mins 0 comments

« Le pays va connaître des moments difficiles » : En Centrafrique, la réélection contestée de Faustin-Archange Touadéra fait craindre une crise électorale majeure

« Le pays va connaître des moments difficiles » : En Centrafrique, la réélection contestée de Faustin-Archange Touadéra fait craindre une crise électorale majeure

Donné vainqueur dès le 1er tour avec 76 % des voix, le chef de l’État, allié de Moscou, entame un troisième mandat contesté par l’opposition, dans un climat marqué par des accusations de fraude et de fortes tensions sécuritaires.

Dans la nuit du lundi 5 au mardi 6 janvier, à la lecture des résultats provisoires du premier tour de l’élection présidentielle, l’Autorité nationale des élections (ANE) a désigné Faustin-Archange Touadera comme vainqueur. À 68 ans, le président, à la tête de l’État depuis 2016, a été réélu pour un troisième mandat avec plus de 76 % des voix a annoncé l’institution. Face à lui, Anicet-Georges Dologuélé (Urca) et Henri-Marie Dondra (Unir) obtiennent respectivement 14,6 % et 3,19 % des suffrages.

Mais déjà cette victoire est contestée. Les deux principaux opposants ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne reconnaîtraient pas ces résultats dénonçant, depuis le jour du scrutin, un processus électoral biaisé. Vent debout contre le président sortant, Anicet-Georges Dologuélé s’était auto-proclamé vainqueur de l’élection la semaine passée tandis que Henri-Marie Dondra appelait, lundi, lors de sa dernière conférence de presse, « à une annulation pure et simple de ce scrutin » et la dissolution de l’ANE. Les deux candidats évoquent de « flagrantes violations du code électoral » et de nombreuses irrégularités ayant, selon eux, faussé le résultat final.

De retour à son quartier général après la proclamation des résultats, Faustin-Archange Touadéra a salué la mobilisation électorale, que l’ANE estime à plus de 52 % des électeurs inscrits. Accueilli dans une ambiance festive, selon le correspondant de RFI, le président réélu a déclaré se dire « prêt à travailler avec tous les Centrafricains », tendant la main à ses opposants.

Mais ce discours d’apaisement contraste avec les accusations formulées quelques heures plus tard par plusieurs opposants. Mardi matin, ces derniers ont affirmé que des éléments du groupe Wagner auraient enlevé des membres de la sécurité rapprochée d’Anicet-Georges Dologuélé, provoquant un climat de peur parmi les adversaires politiques du pouvoir.

Jusqu’où le conflit peut aller ?

« C’est simplement une tentative d’intimidation car le pouvoir est conscient que ce qui s’est passé le 28 décembre était tout sauf une élection », estime Adrien Poussou, ancien membre du gouvernement centrafricain, aujourd’hui consultant en géopolitique. « Ça ne va pas s’arrêter à ces enlèvements », prévient-il, présageant une crise électorale sans précédent.

« Le pays va connaître des moments difficiles », annonce le politologue, évoquant une situation socio-économique explosive et un pays marqué par des années de conflits et d’instabilité. Il cite notamment de récents affrontements survenus dans le sud-est du pays entre des forces liées à Wagner et une milice locale, alors que la population attendait les résultats du scrutin. Quatre morts ont été recensés mardi 6 janvier.

D’autres figures de l’opposition à l’instar de Jean-Serge Bokassa ont fait part de leur crainte de représailles. Le réseau fluctuant ne lui permet d’ailleurs pas de communiquer comme il le souhaite avec l’extérieur, indique-t-il.

L’opposition en attente d’un soutien international

Au lendemain des résultats, l’opposition ne s’est pas encore exprimée officiellement. Elle attend sans trop d’espoir les résultats des élections législatives, qui devraient paraître ce mercredi 7 janvier. Elle espère également une prise de position de la communauté internationale. « Elle doit faire entendre raison à Touadéra », martèlent plusieurs responsables interrogés.

« Un homme politique pense avant tout à accéder au pouvoir. Si le jeu est biaisé, que lui reste-t-il ? La tentation de prendre les armes », explique Adrien Poussou, incitant la France notamment à s’exprimer. « Paris a tort de rester frileuse car la question est de savoir si on veut sauver des millions de personnes ou prévenir le mal quitte à être accusé de néo-colonialisme ou d’ingérence », conclut-il avec gravité.