34 views 7 mins 0 comments

Le retour en force d’Antoni Trenchev, cryptobaron en fuite relancé par le clan Trump

Le retour en force d’Antoni Trenchev, cryptobaron en fuite relancé par le clan Trump


L’ère de la fuite est révolue. Après un temps passé à échapper à la justice bulgare, le cryptobaron Antoni Trenchev est de retour sur la scène politique et financière. Absous de ses péchés par le clan Trump, il a été lavé de tout soupçon en moins de temps qu’il lui a fallu pour dégainer son porte-monnaie – et pour faire profiter au président américain et à sa famille de ses largesses. Comment l’homme à la tête de la plateforme de services financiers Nexo a-t-il pu opérer un tel retour en force ?

Pour ce faire, il s’est notamment rapproché des Trump au moment de leur retour au pouvoir début 2025. Comme de nombreux autres pontes de la cryptomonnaie, à l’instar du milliardaire chinois Justin Sun ou du fondateur de Crypto.com Kris Marszalek, il a su s’accorder les faveurs du clan à la tête de la première puissance économique au monde. Le tout lui a permis de regagner en crédibilité, alors que les sanctions qui pesaient sur lui avaient été relâchées, mais que sa réputation était toujours entachée.

Proche des Trump

Ainsi, rapporte la Revue XXI, Antoni Trenchev explique sur son site que « l’élection [américaine] a suscité un engouement sans précédent pour un cadre réglementaire favorable aux cryptomonnaies. Les bases posées devraient ouvrir la voie à une clarification réglementaire significative en 2025, renforçant ainsi la confiance dans le domaine des actifs numériques ». Un retournement de situation dont le cryptobaron a su profiter. D’autant plus que « les gens les plus proches du président ont un intérêt monétaire important non pas dans la direction du marché, mais dans sa volatilité. Plus [ les décisions de Trump] sont imprévisibles et spectaculaires, mieux c’est. Impossible de gagner des centaines de millions de dollars sur une annonce attendue de baisse des tarifs douaniers », explique à XXI un expert de la lutte contre les fraudes aux cryptomonnaies.

Pour profiter de ces revirements, Antoni Trenchev mise sur des rapports privilégiés avec le fils aîné de Donald Trump, Donald Jr. Comme le rappelle l’agence Reuters, lors d’une soirée à Sofia en avril, le cryptobaron le rejoignait sur scène et y annonçait le retour de Nexo aux États-Unis. Nouveau rapprochement en juillet, où Nexo devenait l’un des principaux sponsors d’un championnat de golf organisé sur un parcours appartenant à Trump, près d’Aberdeen, en Écosse. Plus tard au cours de l’été, le locataire de la Maison-Blanche recevait Trenchev dans son complexe de golf écossais. En septembre, le second organisait la venue de « Don Jr » à l’Hôtel de Paris, à Monaco, à l’occasion de la soirée « Trump Business Vision 2025 ».

Poursuivi par la justice

Avant de parvenir à devenir l’intime des Trump, Antoni Trenchev avait surtout su bâtir son empire… Et se faire oublier lorsque celui-ci était sous le feu des critiques. Né en Allemagne en 1987 d’un père espion et d’une mère businesswoman, deux diplômes en poche (l’un de droit, l’autre du King’s College de Londres), Antoni Trenchev a d’abord tenté sa chance en politique. À tout juste 27 ans, en 2014, il est élu député du Parlement bulgare. S’il affiche sur son profil LinkedIn de nombreuses fonctions occupées lors de ses deux années à ce poste (« membre de la commission des Affaires européennes et du contrôle des fonds européens », « membre de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe », « membre de la commission des Affaires politiques et de la Démocratie », « membre de la commission de la Culture, des Sciences, de l’Éducation et des Médias » et « principal auteur des projets de loi relatifs à l’administration électronique et au vote électronique »), nos confrères de la Revue XXI soulignent qu’il ne « marque pas l’histoire » à ce titre.

Qu’à cela ne tienne : il bifurque en 2018, et opte pour l’entrepreneuriat. S’il se veut, avec les autres cofondateurs de Nexo, l’un des « pionniers du bitcoin », des « visionnaires qui ont été les premiers à proposer des cartes MasterCard pour détenteurs de cryptomonnaies », XXI rappelle que la réalité est tout autre. Ce qui n’empêche pas l’entreprise d’engranger, rapidement, plusieurs millions… Avant que le vent ne tourne.

Accusé par l’un de ses cofondateurs – qui lui a depuis tourné le dos – de blanchiment et de collusion avec le crime organisé, Nexo est perquisitionné, puis blacklisté. L’entreprise de cryptos est condamnée à payer 45 millions de dollars d’amende à la Securities and Exchange Commission – le gendarme de la Bourse américaine – pour avoir proposé des investissements sans les autorisations nécessaires. Antoni Trenchev est recherché, se réfugie à Dubai et ronge son frein. Le parquet bulgare abandonnera finalement l’enquête, « manquant de preuves ». Trenchev réclame aujourd’hui 3 milliards de dédommagements.