Maja T., Allemande de 25 ans, a été condamnée à huit ans de prison par un tribunal hongrois pour avoir agressé des néonazis lors d’un rassemblement à Budapest. Une affaire délicate pour les relations germano-hongroises.
Le verdict du tribunal de Budapest est tombé mercredi 4 février : huit ans de prison ferme pour Maja T., activiste allemande non binaire de 25 ans, membre d’un mouvement d’extrême gauche, accusée d’avoir agressé des manifestants d’extrême droite dans la capitale hongroise.
Le parquet avait requis une peine de vingt-quatre ans pour blessures mettant en danger la vie des victimes ainsi que pour appartenance à une organisation criminelle. La défense avait plaidé l’acquittement. L’affaire, depuis trois ans, envenime les relations germano-hongroises.
Seule personne à être jugée en Hongrie
Le 12 février 2023, des néonazis venus de toute l’Europe se retrouvaient à Budapest pour la commémoration de la « journée de l’honneur », en référence à la tentative avortée du 11 février 1945, quand la Wehrmacht, soutenue par les SS et des collaborateurs hongrois, avait tenté de mettre fin au siège soviétique de Budapest. Une manifestation annuelle tolérée par les autorités hongroises.
Lors du rassemblement de ces nostalgiques du Troisième Reich souvent vêtus d’uniformes nazis, une vingtaine de jeunes Allemands appartenant à un groupe d’extrême gauche, armés de sprays au poivre et de matraques télescopiques, passaient à tabac neuf néonazis et blessaient grièvement six d’entre eux à la tête.
Les enquêteurs ont révélé que les jeunes antifascistes appartenaient à la Hammerbande, ou « bande des marteaux » (comme le marteau qu’utilisent les militants pour agresser les néonazis). Le groupe, qui estime que l’État n’en fait pas assez pour lutter contre l’extrême droite, traque les néonazis, principalement dans l’ancienne RDA. Si une vingtaine de procès ont, depuis, eu lieu en Allemagne, à Dresde et à Düsseldorf, Maja T., originaire de Thuringe, est la seule personne à avoir été jugée en Hongrie.
En décembre 2023, Maja T. fut arrêtée à Berlin et remise à la justice hongroise l’été suivant, alors qu’une procédure accélérée était examinée par la Cour constitutionnelle fédérale. Le tribunal de Karlsruhe a interdit le transfert, mais la décision est tombée trop tard. Impossible de faire machine arrière.
La décision de livrer Maja T. à la justice hongroise a été très critiquée en Allemagne. L’activiste et sa famille n’ont cessé de réclamer son transfert dans son pays natal, où un procès équitable aurait eu lieu. Maja T. a accusé le gouvernement allemand de négliger son cas. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes allemandes et, depuis, l’affaire n’a cessé de faire du bruit.
Un « procès politique »
Maja T. a passé plus de deux ans en prison à Budapest et dénoncé les « conditions inhumaines » de sa détention, en particulier l’isolement carcéral et les privations de sommeil. Le 5 juin dernier, Maja T. entamait une grève de la faim, interrompue au bout de presque six semaines. « Mon corps est un squelette, se plaignait Maja T., mais mon esprit est intact, combatif et vivant ! » Maja T. avait été transférée dans un hôpital pénitentiaire à 250 km de Budapest, tant son état de santé était préoccupant.
Quand on prend en compte que je suis queer et antifasciste, on réalise que je suis pour Orban le visage de l’ennemi.
Maja T.
Le père de Maja T. a dénoncé, mercredi 4 février, un « procès politique » où tout était joué d’avance. Il a accusé Viktor Orban d’avoir utilisé le procès dans le but de récolter des voix pour les élections parlementaires d’avril. Le Premier ministre hongrois et plusieurs membres de son cabinet avaient, à maintes reprises, réclamé un verdict sévère.
Critiques au Bundestag
Dans le journal berlinois Tageszeitung, Maja T. a estimé que cette condamnation ne faisait aucun doute dans un pays qui ne reconnaît pas les personnes non binaires : « Quand on prend en compte que je suis queer et antifasciste, on réalise que je suis pour Orban le visage de l’ennemi. La question étant de savoir si l’Allemagne se compromet avec Orban. »
Les militants d’extrême gauche portant des cagoules, il est extrêmement difficile de les identifier. C’est le cas de Maja T., que personne n’a été capable de reconnaître, ni sur les photos ni sur les vidéos de surveillance. Les traces d’ADN et le récit des témoins n’ont pas non plus apporté les preuves nécessaires. L’avocat allemand de Maja T. a fait appel et la famille continue de réclamer son transfert vers l’Allemagne.
Cette condamnation en Hongrie est très critiquée au sein de plusieurs partis du Bundestag. Des députés sociaux-démocrates, verts et membres du parti de gauche Die Linke, ont demandé au gouvernement Merz de s’engager davantage afin que Maja T. soit rapatriée en Allemagne et ait un procès conforme à l’État de droit. Seuls les populistes de l’AfD ont salué le jugement de Budapest.
Mercredi soir, des centaines de sympathisants d’extrême gauche ont manifesté dans plusieurs villes allemandes. Dans le quartier alternatif de Kreuzberg, à Berlin, plus de 500 personnes portant des banderoles « Free Maja ! Contre le fascisme et la répression » ont défilé dans un froid glacial.

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