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Le vote algérien de la résolution sur Gaza provoque la polémique

Le vote algérien de la résolution sur Gaza provoque la polémique


Lundi 17 novembre, treize votes favorables ont été recueillis au Conseil de sécurité de l’ONU pour adopter la proposition américaine visant à enclencher la deuxième phase du plan de paix de Donald Trump dans la bande de Gaza afin de garantir la permanence du cessez-le-feu dans l’enclave palestinienne. La Russie et la Chine se sont abstenues.

L’Algérie, qui a milité durant ces deux dernières années comme membre non permanent du Conseil de sécurité pour arrêter la guerre à Gaza, fait partie des treize pays votants et a été remerciée par le président américain pour ce vote dans un message aux États appuyant cette résolution.

À LIRE AUSSI À qui profite la « caravane pour Gaza » venant d’Algérie ? Au lendemain du vote, le Mouvement pour la société de la paix (MSP, tendance Frères musulmans) a estimé que « le vote algérien, quelles que soient ses justifications ou son origine, ne correspond pas aux principes historiques et politiques de la diplomatie algérienne ni à ses positions honorables qui ont toujours soutenu les causes de résistance et de libération dans le monde entier ». Ce vote, selon le MSP, « ne reflète pas non plus le sentiment de la majorité du peuple algérien, resté fidèle à la cause palestinienne ».

De son côté, l’ancien président de ce parti, Abderrazak Makri, a écrit sur sa page Facebook que « les autorités algériennes s’orientent vers un changement des positions de principe historiques de l’État ». De son côté, le Parti des travailleurs (trotskiste) a, sans commenter le vote algérien, dénoncé la résolution proposée par Washington, qui « s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet sioniste-américain qui englobe l’ensemble des régions du Machrek et du Maghreb, sans exception ».

« Une tentative d’instrumentaliser la politique extérieure du pays »

Au lendemain du vote, le 18 novembre, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a tenu à expliciter le choix d’Alger, indiquant que l’Algérie « est parvenue durant les négociations à introduire un amendement d’une extrême importance à cette résolution, un amendement qui stipule que l’objectif final de cette résolution est de réunir les conditions favorables pour ouvrir la perspective d’une solution politique au conflit israélo-palestinien et permettre au peuple palestinien d’établir son État indépendant et souverain ».

« La résolution adoptée ne porte absolument pas atteinte aux fondements d’une solution juste, durable et définitive au conflit israélo-palestinien », a défendu le chef de la diplomatie algérienne. Reconnaissant certaines insuffisances contenues dans le texte, « la priorité, dans la conjoncture actuelle, explique Ahmed Attaf, réside dans la consolidation de l’accord de cessez-le-feu et la cessation des crimes de génocide, de famine et de sévices que les habitants de Gaza ne peuvent plus endurer après deux ans de souffrances », ainsi que dans « la facilitation des efforts d’aide humanitaire, le lancement de la reconstruction et la privation de la puissance occupante de tout prétexte ou justification pour relancer la guerre contre Gaza ou réactiver ses plans visant à déraciner les Palestiniens de leur terre et à imposer par la force militaire sa domination sur Gaza ».

À LIRE AUSSI Manifestation pro-Palestine à Alger : « Laissez-nous partir combattre ! » Vingt-quatre heures après cette conférence de presse, c’est l’agence officielle APS qui a publié une sorte d’avertissement aux parties qui critiquent le vote algérien. « La politique extérieure de l’État algérien trouve ses fondements et ses mécanismes de définition dans la Constitution de la Nation », affirme l’APS, ciblant « une tentative exécrable d’instrumentaliser la politique extérieure du pays au service de calculs politiciens étriqués ».

Critique limitée

L’APS précise sa cible, les islamistes du MSP, en martelant : « Les tragédies des années 1990 font partie définitivement du passé », allusion faite à la décennie de terrorisme intégriste. Le MSP a tenu à réagir : « Le discours qui évoque les années 1990 pour accuser les opposants politiques de trahison est inutile », tout en rappelant que le parti « a payé un lourd tribut durant cette période et qu’il compte parmi ses militants des centaines de martyrs, dont des cheikhs et des prédicateurs assassinés pour avoir refusé de justifier la violence ».

« Il n’échappe à personne en outre que ceux qui critiquent l’Algérie sont de la même obédience idéologique que le mouvement Hamas, celle des Frères musulmans, pointe le site d’information TSA. Mais il y a plus curieux dans leur attitude. Ils attaquent l’Algérie mais ne soufflent pas mot sur les États comme le Qatar, qui ont servi de médiateurs dans les négociations et fait pression sur le Hamas pour libérer les otages et signer le cessez-le-feu ».

À LIRE AUSSI La guerre Hamas-Israël vue d’AlgerPour d’autres voix, le souci réside dans le refus des autorités à permettre à l’opinion de critiquer sa politique étrangère. « Personne ne conteste les prérogatives du président en matière de politique étrangère, mais l’agence de presse ou ceux qui s’expriment par son intermédiaire n’ont pas le droit de contester la souveraineté du peuple algérien et son droit d’exprimer son opinion sur la manière dont les intérêts supérieurs du pays sont défendus, tant au niveau national qu’international », cingle l’éditorialiste Nadjib Belhimer.