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L’égotisme insatiable de Donald Trump

L’égotisme insatiable de Donald Trump

Kennedy Center rebaptisé, Maison Blanche défigurée, son effigie espérée sur le Mont Rushmore… Et voici que Donald Trump fait du chantage pour donner son nom à l’aéroport Dulles de Washington.

À 1745 mètres, sur le mont Rushmore, dans le Dakota du Sud, des sculptures de 18 mètres de haut, taillées dans la roche granitique, représentent fièrement, depuis 1941, les effigies de quatre célèbres présidents américains : George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln. Ce monument national, qui illustre des moments importants de l’histoire américaine, attire chaque année près de deux millions de visiteurs.

C’est précisément parce que c’est une sorte de sanctuaire que Donald Trump, dont le culte du moi est décidément insatiable, rêve d’y faire sculpter son profil à côté de celui de ses célèbres prédécesseurs. Comme s’il était le seul des récents occupants de la Maison Blanche à mériter cet honneur.

Un projet fou, qui, en dépit de la force de persuasion de l’actuel président, n’est pas sûr d’aboutir. Les responsables du mémorial ont -par chance- trouvé deux arguments probablement imparables : d’abord, la place manquerait pour sculpter son effigie, qui dans cette mesure ne pourrait être que bien plus petite que les autres – impensable ! – Mais surtout, la roche étant friable, les travaux pour le représenter risqueraient de détériorer les sculptures des quatre présidents. Si le 45e veut laisser son nom à la postérité, il est douteux qu’il prenne ce risque.

Mais il est tellement infatué de lui-même que pour laisser son nom partout où il le peut, il n’hésite pas à recourir à des compromissions qui pourraient, si la justice fédérale n’était pas souvent timorée ou à ses ordres, lui valoir des poursuites.

L’histoire du « gateway project »

Pour remplacer des ouvrages qui ont près de 100 ans, un programme baptisé « gateway project », financé par l’Amtrak et différentes agences fédérales ou locales, vise à construire un nouveau tunnel ferroviaire entre Newark et New York City, en passant sous la rivière Hudson.

C’est l’une des lignes de chemin de fer les plus fréquentées du pays entre Big Apple et le New Jersey. La capacité du nouveau tunnel est évaluée à 200 000 passagers par jour et le coût des travaux à 16 milliards de dollars. Les travaux avaient commencé sous la présidence Biden, mais Trump les a interrompus en octobre 2025, au prétexte que les sociétés choisies pour la construction l’avaient été en vertu de critères d’inclusion que le nouveau pouvoir réprouve.

Cette interruption, si elle se prolonge, risque d’entraîner le licenciement de près d’un millier d’ouvriers. Ce qui a évidemment provoqué protestations et critiques, notamment de la part des démocrates, parti auquel appartiennent le maire de New York et la gouverneure du New Jersey.

Or la Maison Blanche a fait savoir récemment à Chuck Schumer, le président de la minorité démocrate au Sénat, que le gouvernement pourrait éventuellement oublier ces réserves à l’égard du projet et reprendre le financement du chantier de Gateway, à une condition : qu’il ne s’oppose pas à ce que l’aéroport Dulles de Washington et la gare de Penn-station à New York soient toutes deux rebaptisées du nom de Donald Trump.

« La dignité des New-Yorkais n’était pas à vendre »

Chuck Schumer a réagi en faisant savoir qu’il n’était pas question d’accepter un tel marché. La sénatrice démocrate de New York, Kirsten Gillibrand, a commenté encore plus violemment ce chantage en déclarant que « la dignité des New-Yorkais n’était pas à vendre ». Le président, a-t-elle ajouté, « fait bien peu de cas des centaines d’emplois menacés et place son narcissisme au-dessus de l’impact économique que représente le projet Gateway ».

Pourtant cette fois encore, Trump va peut-être devoir renoncer. Le juge Jeannette Vargas du district sud de New York a, en effet, le 6 février, donner raison aux élus démocrates en ordonnant la restauration du financement public du projet Gateway.

Donald Trump pourra toujours se consoler en se consacrant à l’Arc de Triomphe qu’il veut faire construire sur Colombia Island à Washington, pour le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis. Un monument évidemment déjà baptisé : Arc Trump.