C’est un sommet primordial qui s’ouvre, ce lundi 10 novembre, à Belém, au Brésil. Jusqu’au vendredi 21 novembre, de nombreux dirigeants internationaux ont rendez-vous lors de la 30e Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques, connue sous le nom de COP30.
Comme à chaque fois, l’objectif est de se mettre d’accord sur des efforts communs pour lutter contre le réchauffement climatique, un problème reconnu comme global et ne pouvant être résolu qu’à l’échelle collective. Et malgré des avancées significatives ces dernières années, les émissions mondiales restent élevées et les engagements financiers insuffisants pour freiner le changement climatique.
Revoir l’objectif des + 1,5 °C
Il y a dix ans, un objectif ambitieux, qui ressemblait à celui de la dernière chance, était fixé à Paris : réduire considérablement les émissions mondiales de gaz à effet de serre dans le but de limiter à 2 °C le réchauffement planétaire au cours du siècle présent par rapport aux niveaux préindustriels, en faisant tout pour ne pas dépasser 1,5 °C.
La COP30 sera la première à reconnaître officiellement l’échec. Malgré des années de négociations, d’engagements et de sommets, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté d’un tiers depuis la première COP, en 1995, la consommation de combustibles fossiles continue d’augmenter et les températures mondiales sont en passe de franchir des seuils qui, selon les scientifiques, entraîneraient des dommages catastrophiques pour la planète.
« Oui, ces conventions ont produit des résultats positifs, mais pas suffisamment pour garantir la promesse de la vie sur Terre », déclare Juan Carlos Monterrey, délégué du Panama pour le changement climatique et à la tête d’une initiative visant à rationaliser les principaux accords sur l’environnement.
À LIRE AUSSI Transition écologique : la Cour des comptes se perd dans l’inventaire administratif « Il y aura un dépassement, ce qui est très regrettable », estime, de son côté, James Fletcher, représentant climatique pour la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et ancien ministre de l’Énergie de Sainte-Lucie, lors d’une interview. « Tout dépassement de 1,5 °C sera catastrophique pour les petits États insulaires en développement », a-t-il ajouté.
Après un premier bilan d’étape il y a cinq ans, les pays signataires de l’accord feront de nouveau un point durant les deux semaines que dure cette COP. Et il y a de quoi se faire peur : selon le site Climate Action Tracker, seuls la Norvège et le Royaume-Uni ont remis un plan satisfaisant pour la réduction de gaz à effet de serre. De plus, au moins neuf pays n’ont remis aucun plan. Celui de l’Union européenne a pour objectif 2035, soit dix ans de plus qu’initialement prévu.
Mettre en avant les populations vulnérables
Avec sa présidence tournante, le Brésil a décidé de mettre en avant, parmi l’ordre du jour, les populations vulnérables, comme les peuples autochtones, dont certains participent aux négociations. Des peuples qui « luttent pour la reconnaissance et la protection de leurs territoires, pour leur survie et celle de leurs cultures, en faisant face quotidiennement à de graves violences et dangers », écrit Greenpeace, qui précise que ces peuples « mènent souvent ce combat au péril de leur vie », leurs représentants faisant face « à des menaces, de la violence et des expulsions ».
« En dépit de ne représenter que 6 % de la population globale, ils protègent et gèrent des centaines de milliers d’hectares de terre, une grande partie de la biodiversité qui résiste encore », assure Sonia Guajajara, ministre des Peuples autochtones du Brésil. « La preuve est claire : là où les droits des peuples autochtones sur leurs territoires sont respectés, la déforestation recule ; là où ces droits sont niés, la destruction avance », écrit-elle dans une déclaration.
À l’instar de ce qu’a fait le Brésil par le passé, avec notamment la création de ce ministère, la COP30 aura donc pour objectif de donner une place plus importante à ces populations. Sonia Guajajara invite également les pays à intégrer des dirigeants autochtones dans les délégations nationales. « La protection des territoires autochtones n’est pas qu’une question de réparation historique, mais aussi de survie de la planète », conclut-elle.
Remettre les forêts tropicales au centre des attentions
Le Brésil compte également mettre au centre des discussions l’importance des forêts tropicales, d’où le choix de la ville de Belém, située en pleine Amazonie. Le pays entend ainsi lancer un fonds visant à protéger ces espaces naturels. Baptisé Tropical Forest Forever Facility (TFFF), il vise à rémunérer les pays possédant des forêts tropicales, comme le Brésil, la République démocratique du Congo ou l’Indonésie afin qu’ils puissent protéger ces espaces.
Au cours du sommet, le président Lula espère convaincre les pays industrialisés de promettre 10 milliards de dollars de contributions au Fonds international pour la conservation des forêts tropicales, dont la création a été annoncée par son gouvernement en amont de la COP30. La Chine, la Norvège et l’Allemagne devraient dévoiler des contributions après la promesse d’un premier investissement brésilien d’un milliard de dollars. Mais Lula a d’ores et déjà essuyé un refus de la Grande-Bretagne. Si celle-ci a aidé à mettre sur pied le projet, elle a fait savoir mercredi qu’elle ne donnerait pas d’argent.
Au moins 20 % des paiements, basés sur la performance pour la conservation et la restauration, sont destinés aux Peuples autochtones et communautés locales, présente le site officiel de la TFFF.
Faire sans les États-Unis
Les négociations se déroulent sans les États-Unis. La Maison-Blanche a confirmé qu’elle n’enverrait aucun haut responsable au sommet annuel, rappelant que le président Donald Trump avait déjà exposé sa position lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, qualifiant le changement climatique de « plus grande escroquerie du monde ».
Cependant, les États-Unis conservent la possibilité d’envoyer des négociateurs à tout moment durant les discussions, avant leur retrait formel de l’accord de Paris en janvier prochain. « Le président Donald Trump ne mettra pas en péril la sécurité économique et nationale de notre pays pour poursuivre des objectifs climatiques vagues qui étouffent d’autres pays », a déclaré Taylor Rogers, porte-parole de la Maison-Blanche, à Reuters.
Le pays s’est donc éloigné de son rôle de leader sur la question climatique. La Chine, le Brésil et d’autres puissances émergentes occupent désormais une place plus centrale.
Pour l’Europe, garder sa crédibilité
En l’absence des États-Unis, l’Union européenne doit donc assurer son rang. En début de semaine, après d’âpres négociations, les 27 sont finalement tombés d’accord sur des objectifs pour 2035 et 2040. L’Europe accouche ainsi dans la douleur son objectif climatique pour 2040 : réduire de 90 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990. Mais avec de nombreuses « flexibilités » qui permettront à la France, à l’Italie, à la Roumanie ou encore à la Pologne de s’y retrouver sans ruiner leur compétitivité.
Finalement, un équilibre fragile émerge : 5 % de crédits internationaux « de haute qualité », soit une réduction domestique réelle de 85 %, pas 90 %. Mais avec deux concessions majeures pour faire passer la pilule : une « phase pilote » de 2031 à 2035 ainsi qu’une clause de revoyure d’ici 2030 à l’architecture assez complexe.

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