La proposition d’Emmanuel Macron de faire profiter l’Allemagne de la dissuasion nucléaire a été bien accueillie outre-Rhin. Même s’il s’agit aussi pour le chancelier Merz de ménager les États-Unis.
Au moment où Emmanuel Macron prononçait son discours sur la dissuasion nucléaire dans la rade de Brest – « devant une coulisse martiale », s’amusaient les commentateurs à la télévision allemande –, le chancelier Merz s’envolait pour Washington, où il doit rencontrer Donald Trump ce mardi 3 mars. Nul doute que les mots du président français résonneront lors de cette visite.
Le discours de Brest était très attendu dans une Allemagne si profondément transatlantiste et qui a du mal à s’émanciper de la tutelle américaine. En signant, en 1990, le traité 2 + 4 scellant son unification, le pays renonçait à posséder l’arme nucléaire. Hors de question donc pour Friedrich Merz que l’Allemagne développe ses propres armes nucléaires.
Cependant, avec les menaces de confrontation nucléaire agitées par Vladimir Poutine depuis le début de la guerre en Ukraine et le lâchage de Donald Trump qui exige que les Européens prennent leur défense en main, Berlin envisage depuis peu de s’abriter sous le parapluie nucléaire français. Un virage prudent et compliqué pour un pays à forte tradition pacifiste qui a décidé sa sortie du nucléaire civil.
L’Allemagne, « un partenaire clé »
Mais au vu de la situation géopolitique si préoccupante, l’Allemagne est-elle en train de changer son fusil d’épaule ? En annonçant que la France allait renforcer son arsenal nucléaire, Emmanuel Macron a bien insisté sur le fait que « l’Allemagne sera un partenaire clé dans cet effort ». Friedrich Merz avait annoncé, le 13 février dernier lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, avoir entamé des discussions préliminaires et confidentielles à ce sujet avec le président français. Celui-ci n’a donc fait que concrétiser les choses.
Cette « coopération plus étroite » dans le domaine de la dissuasion nucléaire devrait commencer « dès cette année ». Il s’agit, dans un premier temps, d’une invitation aux militaires allemands de venir visiter les bases nucléaires françaises pour s’informer sur le programme de la seule puissance nucléaire de l’Union européenne. Dans un deuxième temps démarrera la préparation de manœuvres communes.
Ne pas froisser Donald Trump
Friedrich Merz est le premier chancelier à se montrer ouvert à une telle proposition. Ses prédécesseurs, le social-démocrate Olaf Scholz en tête, s’étaient montrés beaucoup plus prudents car ils redoutaient de froisser Washington. Après le discours de Munich de Friedrich Merz, certains, dans son entourage, s’étaient montrés plus prudents, comme son ministre de la Défense, le social-démocrate Boris Pistorius, qui soulignait qu’un tel projet pourrait envoyer un signal de défiance à Donald Trump. Le ministre chrétien-démocrate des Affaires étrangères, Johann Wadephul, avait, lui, appelé à cesser de « mettre en doute l’alliance atlantique », car sans elle « nous sommes sans défense ». Deux prises de position qui illustrent la crainte d’une rupture avec Washington.
Aujourd’hui le sentiment dominant à Berlin est cependant qu’il faut se rendre moins dépendant des Américains car ils ne sont plus fiables à 100 %. À Berlin lundi soir, les réactions aux propositions d’Emmanuel Macron étaient donc majoritairement positives, même s’il était souligné qu’il ne s’agissait encore que « de petits pas prudents et très lents » et « qu’on est loin d’une force de dissuasion nucléaire commune entre la France et l’Allemagne. Une porte a simplement été entrouverte ».
En attendant, le voyage de deux jours du chancelier allemand aux États-Unis ces mardi et mercredi risque d’être un numéro d’équilibriste. Il devra à la fois ménager un président américain entré en guerre contre l’Iran tout en lui rappelant la nécessité de maintenir son soutien au conflit qui s’enlise en Ukraine et en abordant l’épineuse question des tarifs douaniers si cruciale pour l’Allemagne.
Dimanche, au lendemain du déclenchement de l’opération aérienne contre l’Iran, Friedrich Merz avait convoqué son conseil de sécurité à Berlin. Il a apporté son soutien aux attaques aériennes américano-israéliennes, tout en reconnaissant que cette opération comprenait des risques : « Nous ne savons pas quelle escalade les brutales frappes de représailles iraniennes vont déclencher dans la région. » Autre doute : « Nous ne savons pas si le pari qui consiste à lancer des attaques militaires de l’extérieur peut provoquer un changement politique à l’intérieur du pays. »

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