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« Les États-Unis n’ont jamais eu besoin d’eux » : face à Trump, les dirigeants européens défendent leurs soldats déployés en Afghanistan

« Les États-Unis n’ont jamais eu besoin d’eux » : face à Trump, les dirigeants européens défendent leurs soldats déployés en Afghanistan

Les propos de Donald Trump à l’égard des soldats européens ayant servi en Afghanistan aux côtés des États-Unis ont provoqué une vague d’indignation en Europe. Plusieurs dirigeants dénoncent une remise en cause inacceptable du sacrifice des alliés de l’OTAN.

En rabaissant les soldats européens ayant servi en Afghanistan aux côtés des États-Unis, Donald Trump s’est attiré les foudres des dirigeants de l’Otan ce samedi.

Tout commence jeudi 22 janvier dans les studios de Fox News. Le président américain, jamais en reste d’une formule choc, a déclaré lors d’une interview : « Les États-Unis n’ont jamais eu besoin d’eux. » Donald Trump a sous-entendu que les alliés européens ayant combattu en Afghanistan se seraient tenus « un peu en retrait de la ligne de front », « planqués ». Une accusation pour le moins brutale, qui sonne comme un affront pour des nations ayant payé un lourd tribut.

Les chiffres, pourtant, contredisent le président américain. Le Danemark, par exemple, pleure 44 soldats tombés au combat, soit l’un des bilans les plus lourds proportionnellement à sa population. L’Italie dénombre 53 morts et plus de 700 blessés. Le Royaume-Uni fait état de 457 vies brisées. Des sacrifices que le locataire de la Maison-Blanche a balayés d’un revers de main.

« Insultant. Franchement consternant. »

À Paris, la riposte est sèche. Emmanuel Macron a jugé les propos du président américain « inacceptables ». « Ces déclarations inacceptables n’appellent aucun commentaire. C’est aux familles de nos soldats tombés que le chef de l’État souhaite apporter du réconfort et redire la reconnaissance et la mémoire respectueuse de la nation », a fait savoir une source de l’Élysée à l’AFP.

À Copenhague, Mette Frederiksen, d’ordinaire mesurée, explose : « Il est insupportable que le président américain remette en question l’engagement des soldats alliés en Afghanistan », s’est-elle insurgée sur Facebook. « Je comprends bien que les vétérans danois aient déclaré qu’aucun mot ne peut décrire à quel point cela fait mal », ajoute-t-elle.

Une phrase qui sonne comme un reproche : comment un allié peut-il fouler aux pieds la mémoire de ceux qui sont morts sous le drapeau de l’OTAN ? Les propos de Mette Frederiksen interviennent après l’indignation exprimée par l’Association des vétérans danois qui s’est montrée sidérée face aux propos de Donald Trump.

Même consternation du côté de Keir Starmer : « Je considère les propos du président Trump insultants et franchement inacceptables et je ne suis pas surpris qu’ils aient causé une telle souffrance aux proches des personnes tuées ou blessées », a déclaré le Premier ministre britannique. « Si j’avais tenu de tels propos ou prononcé ces mots, je me serais certainement excusé », a-t-il ajouté, alors que l’armée britannique a perdu 457 de ses membres lors du déploiement en Afghanistan aux côtés des forces américaines.

« L’amitié exige du respect » souffle Meloni

L’Italie et les États-Unis partagent « une amitié solide, d’autant plus nécessaire face aux nombreux défis actuels », reconnaît Giorgia Meloni. Mais la cheffe du gouvernement italien, figure de la droite conservatrice, pose une ligne rouge dans le Corriere della Serra : « L’amitié exige le respect, condition fondamentale pour préserver la solidarité au cœur de l’Alliance atlantique. »

Giorgia Meloni rappelle avec fermeté l’histoire récente : « Après les attentats du 11 septembre 2001, l’OTAN a activé l’article 5 pour la première et unique fois de son histoire. Un acte de solidarité extraordinaire envers les États-Unis. » Dans ce contexte, « les déclarations qui minimisent la contribution des pays de l’OTAN en Afghanistan sont inacceptables, surtout lorsqu’elles viennent d’un allié », martèle-t-elle.

Une réaction unanime au sein du gouvernement italien. Antonio Tajani, chef de la diplomatie, et Guido Crosetto, ministre de la Défense, n’ont pas tardé à répondre aux propos du président américain. Ce dernier a été catégorique sur X : « L’engagement de l’Italie, le sacrifice de ses forces armées, leur rôle central dans les missions – rien de tout cela ne peut être réduit à des analyses superficielles et erronées. Et cela, nous ne l’accepterons de la part de personne. »

Le prince Harry, vétéran de deux missions en Afghanistan, est également monté au créneau dans un communiqué. « J’ai servi là-bas. J’y ai perdu des amis. » Le fils cadet du roi Charles III, a déclaré que les « sacrifices » réalisés par les soldats de l’Otan « méritent d’être évoqués avec sincérité et respect ».

Aux Pays-Bas, David van Weel, ministre des Affaires étrangères, n’y va pas par quatre chemins : « Faux. Irrespectueux. » Deux adjectifs qui résument l’humeur du continent.

Face à ce tollé, Donald Trump a tenté une esquive. Sur Truth Social, il a rendu un hommage tardif aux « GRANDS et TRÈS BRAVES soldats du Royaume-Uni », qualifiés de « plus grands guerriers ». Mais son silence sur les autres nations est assourdissant. Une omission qui en dit long.