Alors que l’Iran s’embrase, les Kurdes mènent leur propre combat contre le régime et s’interrogent sur leur avenir. Une révolution dans la révolution parfois ignorée.
Qu’espèrent les Kurdes d’Iran ? Le pays tout entier est secoué par de grandes manifestations contre le régime théocratique, mais à l’extérieur, « tous les regards sont braqués sur Téhéran, je ne vois rien sur la révolte des Kurdes », déplore Kani Jihangery, représentante en France du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), la principale force politique kurde du pays.
« Depuis la fin décembre, estime-t-elle, tout le Kurdistan se soulève. On voit les manifestations dans la capitale, qui sont parties de revendications économiques puis qui se sont élargies. Mais au Kurdistan, dans les provinces de l’ouest de l’Iran, la révolte était politique dès le départ. Beaucoup d’étudiants kurdes participent aux manifestations. Nous avons perdu plus de 50 jeunes dans les villes de Kermanshah, Ourmia, Ilam, au moins une vingtaine d’autres à Téhéran… Je viens d’apprendre la mort d’une jeune femme de 24 ans, de tirs en pleine tête, dans la ville de Marevan. Il y a une répression très grave, nous payons un prix très lourd depuis la mort de Mahsa Amini. Beaucoup de personnes ont tout simplement disparu. »
Les villes du Kurdistan iranien, le « Rojhelat », ont observé une journée de grève générale très suivie, le 8 janvier. « Même dans les petits villages, les populations se sont révoltées », fait savoir Kani Jihangery. Depuis la semaine dernière, les coupures d’Internet et même de l’électricité, rendent toute communication compliquée. Les régions kurdes de l’Ouest sont les plus proches des frontières turque et irakienne, et donc d’une éventuelle porte de sortie, en cas de durcissement du conflit. Mais « les gens n’ont pas du tout envie de fuir, ce n’est pas une guerre, c’est une révolution », estime-t-elle.
Nous voyons Reza Pahlavi comme une personnalité politique comme une autre.
Kani Jihangery, représentante en France du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI)
La représentante du PDKI, dont une partie de la famille se trouve encore en Iran, espère une chute prochaine du régime. Mais quelle peut être l’alternative politique ? Le fils de l’ancien chah, Reza Pahlavi ? « Nous le voyons comme une personnalité politique comme une autre. Nous sommes prêts à nous asseoir à la même table que tous les autres mouvements, à condition qu’ils reconnaissent l’existence des peuples qui composent l’Iran. Or pour le moment, Reza Pahlavi n’a pas encore réagi, nous ne savons pas quel est son plan. Ses proches expriment leur soutien, très bien, mais est-ce ce que souhaite le peuple iranien ? La population veut un Iran démocratique. »
Les minorités de populations qui peuplent les marges de l’Iran – Azéris (au Nord-Ouest), Baloutches (au Sud Est), Arabes et Kurdes – rejoignent la majorité dans sa détestation du régime des mollahs. Mais elles se méfient d’une poussée de nationalisme et de nostalgie impériale. Les Kurdes, depuis l’éphémère république de Mahabad fondée en 1946 par Qazi Muhammad et par Mustafa Barzani et écrasée par l’armée iranienne avec le soutien américain, sont les plus organisés. Les principaux partis kurdes iraniens – PDKI, Komala, PAK et PJAK – possèdent tous une branche militaire considérée comme « terroriste » par Téhéran, des guérilleros et des camps d’entraînement retranchés pour la plupart au Kurdistan irakien voisin.
Le régime des mollahs les accuse d’avoir envoyé, ces derniers jours, des convois de combattants par cette frontière montagneuse et poreuse. Selon l’agence Reuters, qui cite des responsables anonymes du conseil des gardiens de la Révolution iranienne, les services de renseignement turcs les auraient avertis de la présence de combattants kurdes de part et d’autre de la frontière.

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