Sous forte pression sur la scène diplomatique internationale comme sur la scène politique de son pays, Volodymyr Zelensky a rencontré Emmanuel Macron ce lundi 1er décembre à Paris. Le président ukrainien s’est entretenu avec son homologue français dans le but de s’assurer du soutien des dirigeants européens avant la rencontre prévue mardi à Moscou entre l’envoyé américain Steve Witkoff et Vladimir Poutine.
À l’issue de l’entrevue, lors de leur prise de parole commune, Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron ont affiché une volonté commune : tenir bon face à la pression de l’armée russe d’une part et d’une administration Trump décidée à arracher un accord de paix le plus vite possible d’autre part. L’enjeu : dessiner les contours d’une paix « digne » pour l’Ukraine et le camp démocratique. Cette rencontre intervient alors que les forces russes ont réalisé en novembre leur plus importante progression sur le front ukrainien depuis un an, avec plus de 700 km² conquis selon les données de l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW). Et ce malgré la résistance héroïque des Ukrainiens sur le front.
Un plan de paix encore flou, au cœur d’un bras de fer diplomatique
Au centre des échanges : le plan de paix porté par Washington, négocié sans les Ukrainiens ni les Européens et largement favorable à Moscou (notamment sur le plan des territoires cédés par l’Ukraine). La version amendée par les 27 et par Kiev avait ensuite été rejetée par le Kremlin. D’où la nécessité de clarifier le point auquel les débats diplomatiques en étaient restés. Lundi, Emmanuel Macron a insisté sur le fait qu’« il n’y a pas aujourd’hui à proprement parler un plan qui soit finalisé », notamment sur les questions territoriales qui « ne peuvent être tranchées que par le président Zelensky ». Le président français précise que la paix ne pourra être définie qu’avec l’Ukraine et les Européens « autour de la table », y compris sur les actifs russes gelés, les garanties de sécurité, l’adhésion à l’Union européenne et le régime de sanctions.
L’Europe refuse d’être marginalisée dans un conflit qui se joue à ses frontières
Zelensky a insisté pour sa part sur le rôle central des Européens, tant pour la reconstruction que pour les leviers financiers. Exclure l’Europe des discussions, juge-t-il, serait « injuste », alors même qu’une grande partie des ressources nécessaires se trouve sur le continent. Son message est double : adressé aux États-Unis, il signifie qu’un accord négocié sans l’UE serait largement inapplicable sur le terrain ; adressé aux Européens, il les invite à assumer pleinement leur poids politique et économique. Le président ukrainien remercie ses partenaires pour leur soutien continu et fixe une ligne rouge : « Il faut terminer cette guerre de manière digne, dans les intérêts à long terme du monde démocratique. » Derrière cette formule, se profile le refus d’une paix au rabais, qui entérinerait durablement des gains territoriaux russes.
Zelensky veut s’entretenir avec Donald Trump sur les « questions clés »
Pendant leur rencontre, Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron ont échangé avec le négociateur américain Steve Witkoff et son homologue ukrainien Roustem Oumerov qui mènent des discussions en Floride avec Donald Trump. Zelensky a dit souhaiter s’entretenir directement avec le président américain sur les « questions clés » du plan de paix américain, au premier rang desquelles le sort des territoires occupés. « Nous espérons une conversation avec le président des États-Unis sur les questions clés qui sont assez difficiles », a-t-il dit, en citant notamment le sujet des territoires ukrainiens occupés par la Russie. Après « de très bons échanges avec les Ukrainiens en Floride », l’administration Trump est « très optimiste » sur la possibilité qu’un accord soit conclu prochainement, a assuré porte-parole de la Maison-Blanche. Emmanuel Macron s’est entretenu avec Donald Trump après avoir reçu Volodymyr Zelensky.
Corruption en Ukraine : Macron rassure ses opinions publiques tout en soutenant Kiev
Emmanuel Macron n’a pas éludé les sujets sensibles, notamment l’affaire de corruption qui touche le gouvernement ukrainien. Il a refusé toutefois de « donner des leçons » à Kiev, tout en rappelant que les alliés sont « très vigilants » au regard de l’aide militaire et financière engagée. Le président français cherche ainsi à répondre aux interrogations de ses propres opinions publiques : l’Ukraine, malgré ses fragilités, reste un pays où la lutte contre la corruption fonctionne, à la différence d’une « vraie dictature » russe où de telles remises en cause du pouvoir n’existent pas.
Éviter une « récompense » pour Moscou et un conflit gelé aux portes de l’UE
Volodymyr Zelensky a enfin exhorté à ce qu’aucun accord ne permette à la Russie de considérer son invasion comme une récompense. L’enjeu dépasse le seul tracé de la ligne de front : il s’agit d’empêcher qu’une guerre d’agression ne débouche, à terme, sur un bénéfice net pour l’agresseur, ce qui fragiliserait tout l’ordre de sécurité européen.

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