Le discours sur l’état de l’Union le plus long de l’histoire américaine ne restera pas dans les annales, comme un témoignage d’une grande originalité. Le président Trump a, en effet, répété devant les deux chambres du Congrès, la Cour suprême et quelques centaines d’invités, ce qu’il ne cesse de distiller depuis un peu plus d’un an, à chaque conférence de presse, chaque prise de parole dans le Bureau ovale, chaque fausse confidence à bord d’Air Force One : « Notre nation est de retour, plus grande, plus riche, plus forte qu’elle ne l’a jamais été. »
Et, pour convaincre son auditoire que le succès du pays profitait bien à ses habitants, il en a remis une couche sur le ton de la plaisanterie : « Les gens me disent “s’il vous plaît Monsieur le président, on gagne trop d’argent, il faut arrêter”. Et moi je leur réponds “non, non vous allez en gagner encore beaucoup plus !” »
Et comme il n’oublie jamais de rappeler, dans chacune de ses déclarations, à quel point il est « miraculeux » d’en être arrivé à ces « sommets de réussite » après la gestion calamiteuse des démocrates, il a martelé à nouveau : « Les démocrates fous et malades avec leur immigration incontrôlée étaient en train de détruire notre pays. » Lui, au contraire, estime « [protéger] les bons citoyens américains contre des étrangers en situation illégale ».
Une politique largement désapprouvée
Et, là-dessus, il a invité ceux qui étaient d’accord avec lui à se lever, afin que les caméras de télévision prennent bien la mesure de ceux qui le soutenaient. Une standing ovation sans risque qui a duré plus d’une minute, tandis que Trump se tournait avec un sourire condescendant vers les démocrates qui étaient restés assis.
Le président américain savait qu’il jouait gros. Ce discours était assuré de l’audience sans doute la plus importante qu’il puisse espérer avant les élections de mi-mandat. Surtout à un moment où sa cote de popularité est descendue au même niveau qu’au moment de l’assaut de ses partisans contre le Capitole, le 6 janvier 2021. Un tout récent sondage Ipsos pour le Washington Post et ABC News indique même qu’une majorité d’électeurs désapprouve sa façon de gouverner dans presque tous les domaines, qu’il s’agisse des droits de douane, du coût de la vie, de la politique de santé, des méthodes musclées de la milice ICE contre les immigrés illégaux, à l’exception du prix de l’essence.
Quant à sa politique étrangère, celui qui cherche désespérément à obtenir le prix Nobel de la paix et se targue d’avoir résolu au moins huit conflits apparaît aux yeux de l’opinion non pas comme le non-interventionniste qu’ils ont élu, mais comme un président qui risque de les entraîner dans un conflit incertain avec l’Iran, qui patauge au Proche-Orient, piétine pour mettre un terme à la guerre en Ukraine et se coupe de ses alliés traditionnels en manifestant des ambitions territoriales au Groenland.
Le contre-pouvoir de la Cour suprême
Mais le plus gênant, assurément, pour Donald Trump est cette décision de la Cour suprême intervenue vendredi dernier – juste avant le discours sur l’état de l’Union, donc – qui rend caducs tous les droits de douane imposés au reste du monde et dont le président avait fait le socle du boom économique qu’il veut pour le pays. Certes, il a trouvé une parade provisoire avec une loi lui permettant d’imposer 15 % de ces droits de douane, dont il dit qu’ils sont « le mot le plus beau de la langue américaine ». Mais il s’agit d’une mesure transitoire, valable seulement 150 jours.
Plus grave politiquement, la décision des juges de la Cour suprême manifeste la réalité d’un contre-pouvoir dont on pouvait jusqu’à présent penser qu’il n’existait pas. Le texte du juge John G. Roberts, président de la Cour et considéré comme conservateur, est particulièrement accablant pour un président qui se croyait tout-puissant. Le chief justice rappelle en effet une séparation des pouvoirs dont Trump ne faisait jusqu’à présent pas grand cas. Il insiste sur le fait que l’urgence – l’Emergency Act – invoquée par Trump ne s’appliquait pas, que c’était au Congrès de fixer les règles fiscales et commerciales – donc les droits de douane – et que le rôle du président était d’appliquer la loi.
Cette position de la Cour montre en tout cas que Trump ne peut plus compter sur elle quoi qu’il décide. Certes, il lui reste encore le Congrès, où il bénéficie d’une courte majorité. Mais il est loin d’être sûr de la retrouver aux élections de novembre prochain. Dans neuf mois Donald Trump risque donc d’être, comme on le dit aux États-Unis, un « lame duck » (« un canard sans tête »). Avec un pouvoir restreint et sans possibilité de se représenter.

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