Deux ans après la signature d’un accord de principe avec cette république autoproclamée, Addis-Abeba n’a pas réagi officiellement à sa reconnaissance par Israël.
Addis-Abeba semble avoir retenu la leçon, se gardant bien de commenter la reconnaissance du Somaliland par Israël. Le 30 décembre, quatre jours après cette décision surprise, le ministre des affaires étrangères éthiopien, Gedion Timothewos, a refusé de répondre aux questions des parlementaires à ce sujet. Deux ans plus tôt, le 1er janvier 2024, le Premier ministre Abiy Ahmed s’était en effet attiré les foudres de la communauté internationale pour avoir passé un accord de principe avec la république autoproclamée.
Selon le pacte dont le contenu est resté secret, l’Éthiopie promettait de reconnaître le Somaliland, qui opère comme un État indépendant depuis 1991, en échange d’une base militaire sur ce territoire situé sur les rives de la mer Rouge, à l’entrée du stratégique détroit de Bab Al-Mandab. Regagner l’accès maritime perdu lors de la sécession de l’Érythrée en 1993 fait partie des pierres angulaires de la politique étrangère d’Abiy Ahmed, lauréat du prix Nobel de la paix en 2019… quelques mois avant de s’embarquer dans une des guerres les plus meurtrières du siècle dans la région septentrionale du Tigré.
Des relations historiques avec le Somaliland
Or la position de l’Union africaine, de l’Union européenne et de l’ONU est claire sur le Somaliland. L’officialisation de son indépendance doit être entérinée par Mogadiscio – avec qui Addis-Abeba entretient des relations en dents de scie, malgré la tentative de médiation turque au lendemain de l’accord de principe. « L’Éthiopie est le plus fidèle allié du Somaliland dans la région, résume le diplomate somalilandais Ismail Shirwac. Les Éthiopiens ont non seulement accueilli nos réfugiés lorsque le dictateur somalien bombardait nos villes. Ils ont aussi été les premiers à envoyer des diplomates à Hargeisa, puis les premiers avions… », détaille celui qui espère la reconnaissance prochaine de sa nation par Addis-Abeba.
La situation a néanmoins bien évolué depuis la promesse formulée en 2004 par l’ancien Premier ministre éthiopien Meles Zenawi. À l’époque, il affirmait que « l’Éthiopie ne sera pas la première à reconnaître le Somaliland, mais elle ne sera pas non plus la troisième. » « La principale priorité d’Abiy Ahmed demeure l’Érythrée », tranche Medhane Tadesse, spécialiste des questions de paix et de sécurité à l’Institut des mondes africains. Le chercheur estime que l’accord de principe de 2024 faisait office de test ou de distraction. « L’Éthiopie ne sera peut-être pas le deuxième pays à reconnaître le Somaliland. À moins qu’elle ne s’aperçoive que cela peut l’aider à obtenir le port érythréen d’Assab, explique Medhane Tadesse. D’un autre côté, cette décision comporte un risque de taille dans la mesure où divers peuples et territoires éthiopiens réclament l’autodétermination… »
Les influences émiraties et israéliennes
L’annonce d’une possible reconnaissance du Somaliland pourrait entraîner une nouvelle levée de boucliers contre Abiy Ahmed. « Cela entraînerait de nouvelles frictions entre la Somalie et l’Éthiopie. Et puis, l’Égypte compte parmi les proches soutiens de la Somalie, donc les tensions pourraient prendre une dimension géopolitique », avertit une chercheuse spécialiste de la Corne de l’Afrique. Dans le même temps, Addis-Abeba dépend des financements émiratis, notamment pour mener à bien la modernisation des villes à marche forcée, le fameux Projet du développement du corridor. « Si les Émirats arabes unis poussent l’Éthiopie à reconnaître le Somaliland, elle s’exécutera sûrement », anticipe l’analyste Mohamed Kheir Omer.
« Pour éviter de répéter les mêmes erreurs de calcul politique qu’avec l’accord de principe, l’Éthiopie va probablement prendre son temps, et observer, par exemple, la position du président américain Donald Trump », nuance une chercheuse en sciences sociales. La responsable politique éthiopienne d’opposition Desta Tilahun appelle, à son tour, son gouvernement à la vigilance : « Il faut tenir compte des risques et des défis auxquels Israël et l’Éthiopie pourraient être confrontés, compte tenu des enjeux géopolitiques et des avantages économiques qui découleront de la reconnaissance du Somaliland. » Les autorités éthiopiennes entretiennent enfin une proximité assumée avec Israël, qui les pousse à se ranger du côté des pays hésitants lorsqu’il s’agit de condamner les bombardements des civils perpétrés dans la Bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. À l’assemblée générale des Nations unies, en septembre dernier, l’Éthiopie s’est ainsi abstenue au moment du vote d’une résolution en faveur d’une solution à deux États.

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