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L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde

L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde

Les données du réseau satellitaire Copernicus de 2025 confirment l’accélération du réchauffement climatique en Europe. Le jour même, Bruxelles approuve 12 milliards d’euros pour le gaz allemand.

Le service Copernicus confirme une donnée dérangeante : le “vieux Continent” bat des records de chaleur au moment même où Bruxelles doute de ses ambitions climatiques. Les chiffres de 2025 rappellent que le climat, lui, ne négocie pas.

L’Europe a enregistré en 2025 une température moyenne de 10,41°C, soit 1,17°C au-dessus de la période de référence 1991-2020. Il s’agit de la troisième année la plus chaude jamais mesurée sur le continent, selon les données publiées le 14 janvier à partir des satellites européens de la constellation Copernicus. L’année 2025 n’est pas loin, à 0,02°C près, de 2020 qui est la deuxième année plus chaude. Mais l’an passé reste très loin derrière les relevés de 2024 qui culminent à + 1,47°C.

Le détail compte davantage que le classement. L’Europe se réchauffe « environ deux fois plus vite » que la moyenne mondiale, précise le rapport dans sa section sur les tendances de long terme. Aucune autre région répertoriée par l’Organisation météorologique mondiale n’affiche une telle accélération. La planète, elle, a gagné 1,47°C depuis l’ère préindustrielle en 2025. L’Europe, en utilisant les mêmes références temporelles, dépasse largement ce seuil depuis plusieurs années déjà.

Mars flambe, l’hiver s’installe dans la tiédeur

Un seul mois de 2025 a établi un record absolu pour l’Europe : le mois de mars. La température moyenne de 6,03°C enregistré ce mois-ci était alors supérieur de 2,41°C au-dessus de la normale pour un mois de mars. Le précédent record de mars 2014 a été dépassé de 0,26°C.

L’hiver européen 2024-2025, de décembre 2024 à février 2025, se classe comme étant le deuxième plus chaud à égalité : + 1,46°C au-dessus de la période de référence. La nouvelle normalité, ce sont des hivers doux, des printemps précoces, des étés caniculaires. Il faudra s’y faire.

La géographie du réchauffement européen dessine une carte politique. C’est la façade Atlantique qui est la plus touchée avec des températures record ainsi que la Méditerranée, et la frontière orientale de l’Union. Autrement dit, les trois interfaces stratégiques du continent.

L’été de tous les incendies

Le rapport Copernicus l’écrit sans ambages : l’Europe a connu, l’an passé, au total, la flambée d’incendies la plus élevée des vingt dernières années. Les scores établis par vingt ans de mesures satellitaires ont été pulvérisés. La péninsule ibérique, l’Écosse, la Méditerranée orientale, les Balkans ont brûlé tout l’été.

Les canicules, justement. De multiples vagues de chaleur d’avril à septembre, affectant particulièrement l’Italie, l’Espagne, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Certaines régions ont battu des records locaux ou nationaux, notamment au Royaume-Uni, en Irlande, en Espagne, au Portugal et en Turquie. Les températures marines n’ont rien arrangé : depuis les années 1980, les mers européennes ont gagné environ 1,0°C. La Méditerranée, elle, affiche + 1,3°C.

Cette chaleur océanique alimente les épisodes de précipitations extrêmes. Le rapport liste : la tempête Éowyn en janvier sur l’Irlande, le Royaume-Uni et la Scandinavie occidentale ; la tempête Barbara en octobre, avec des précipitations battant tous les records en Roumanie et Grèce ; la tempête Claudia en novembre et la tempête Emilia en décembre sur l’Europe occidentale. Environ 40 tempêtes nommées en un an, selon les estimations mentionnées page 31.

Les contradictions de Bruxelles

Ces données arrivent au moment où la Commission européenne réajuste ses priorités climatiques en tentant de les combiner avec l’indispensable restauration de la compétitivité. L’UE avait fait le pari qu’en changeant les normes, les investisseurs suivraient. Cela ne s’est pas concrétisé dans l’ampleur voulue. Peut-être aurait-il fallu d’abord investir pour créer un marché.

Plusieurs capitales – dont Berlin ou Rome – exigent désormais de ralentir le Green Deal, au nom de la « compétitivité ». Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a multiplié les signaux d’ouverture à l’industrie fossile pour maintenir le moteur thermique après 2035. Le président Emmanuel Macron, a, lui aussi, poussé à un réajustement de l’objectif climatique 2040 en introduisant des flexibilités. La Commission européenne s’est pliée à toutes les demandes des uns et des autres, en proposant de revoir les textes, d’ouvrir des exceptions à travers des « paquets de simplifications ». C’est ce qu’elle fait depuis un an.

Le rapport Copernicus ne commente pas ses choix. Il mesure. Mais ses chiffres posent la question frontalement : comment justifier un relâchement de l’effort climatique quand le continent qui prétend montrer l’exemple se réchauffe deux fois plus vite que la planète ? Une fois de plus, c’est sans doute plus une question de méthode que d’objectifs.

La tension devient arithmétique. L’Europe s’est engagée à réduire ses émissions de 90 % d’ici 2040 par rapport à 1990. L’objectif intermédiaire, –55 % en 2030, paraît déjà lointain selon plusieurs projections. Or, le rythme du réchauffement s’accélère : + 0,25°C par décennie désormais, contre + 0,18°C sur la période 1979-2008, calcule Copernicus. À ce rythme, le seuil de 1,5°C sera franchi définitivement à la fin de la décennie, vers 2029, selon le modèle de tendance publié par le service européen.

Trois ans au-dessus de 1,5°C

Le 14 janvier, jour de publication du rapport Copernicus, la Commission européenne a approuvé le plan allemand de subventions pour de nouvelles centrales.. à gaz. Douze milliards d’euros. Huit gigawatts de capacité supplémentaire à mettre en service d’ici 2031. Quatre gigawatts additionnels pour des sources « à plus faible teneur en carbone » ou des centrales pouvant basculer vers l’hydrogène. Le chancelier Friedrich Merz annonce la nouvelle à Halle, en Saxe-Anhalt, à l’occasion d’un événement sur la politique énergétique.

L’Allemagne a besoin de « sources d’énergie flexibles » pour les périodes où le vent et le soleil font défaut. Le pays a fermé ses dernières centrales nucléaires il y a près de trois ans et programme la sortie du charbon. Il lui faut combler. Le gaz jouera ce rôle.

La tension entre climat et compétitivité ne fera que s’accentuer dans les années à venir. Le paradoxe européen tient dans un fait simple : le continent ne dispose pas d’hydrocarbures dans son sous-sol, mais continue de dépendre de puissances étrangères, parfois hostiles, pour son approvisionnement. En passant du gaz russe au GNL américain, les pays de l’Union dépendant du gaz se livrent à Donald Trump, dont les visées sur le Groenland deviennent insistantes. Le nucléaire et les renouvelables sont la seule façon de sortir de cette impasse.

Nucléaire : Merz admet une « grave erreur stratégique »

« Sortir du nucléaire a été une grave erreur stratégique, admet le chancelier Merz. Nous sommes actuellement engagés dans la transition énergétique la plus coûteuse au monde. Je ne connais aucun autre pays qui rende les choses aussi difficiles et coûteuses que l’Allemagne. »

En France, le changement climatique a augmenté de 23 % les coûts des dommages par rapport à 2000, selon un rapport gouvernemental d’avril 2024. Le retrait-gonflement des argiles illustre l’accélération : coût annuel moyen de 809 millions d’euros sur quinze ans, mais 3,5 milliards pour la seule année 2022. La Caisse centrale de réassurance projette une hausse de la sinistralité de 27 % à 62 % d’ici 2050. Conséquence immédiate : la surprime obligatoire sur les contrats d’assurance est passée de 12 % à 20 % au 1er janvier 2025.

Copernicus continuera de publier, chaque mois, ses bulletins millimétrés. Les prochains gouvernements européens continueront d’hésiter, de négocier des ajustements. Le réchauffement climatique, lui, ne se négocie pas et présentera chaque année sa facture.