En réponse au manque d’agents de sécurité dans les aéroports, Donald Trump a envoyé la police de l’immigration en appui. Steve Bannon y voit l’occasion de « perfectionner l’implication de l’ICE lors des élections de mi-mandat ».
Face aux files d’attente interminables dans les grands aéroports américains – dues à un manque de personnel de sécurité, en pleine paralysie budgétaire partielle – Donald Trump a trouvé une réponse : envoyer des policiers de l’ICE à la rescousse. Des centaines d’agents de la police de l’immigration ont ainsi été déployés cette semaine dans une quinzaine d’aéroports. Une mesure dénoncée par les démocrates, alors que l’ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon suggère d’en faire « un test » grandeur nature en vue d’un déploiement de l’ICE autour des bureaux de vote lors des midterms de novembre.
Depuis le 14 février, le personnel de la TSA, l’Agence de sécurité dans les transports, n’est pas payé. La faute à un « shutdown » partiel qui paralyse les financements du département à la Sécurité intérieure (DHS), dont dépend la TSA. Conséquence, le taux d’absentéisme – avec des démissions et des arrêts maladie en cascade – explose dans les aéroports, et flirte avec les 40 % à JFK, à New York, ou à Baltimore, Houston, Atlanta et La Nouvelle-Orléans. La suite est logique : moins de points de contrôle des passagers ouverts, et des délais pour passer la sécurité qui s’allongent – jusqu’à 3 ou 4 heures dans le pire des cas. De nombreux passagers ratent leur vol. La colère monte.
L’ICE en appui
Donald Trump a donc décidé de mobiliser des agents de l’ICE en renfort. Son conseiller pour l’immigration, Tom Homan, a clarifié leur mission sur CNN : « Nous sommes simplement là pour aider la TSA à faire son travail dans des domaines qui ne nécessitent pas son expertise spécialisée. » Traduction, les policiers de l’immigration ne sont pas affectés au contrôle des bagages via les machines à rayons X, mais plutôt chargés d’aider « aux tâches non essentielles, comme surveiller une sortie » ou fluidifier la gestion de la foule.
Sauf que Donald Trump, devant les journalistes, est allé plus loin : les policiers de l’immigration « adorent ça parce qu’ils peuvent désormais arrêter des clandestins dès leur arrivée dans le pays. C’est un terrain très fertile. Mais ce n’est pas pour cela qu’ils sont là. Ils sont vraiment là pour aider. »
Des arrestations à l’arrivée… ou au départ : à l’aéroport de San Francisco, une femme a été plaquée au sol dimanche, devant sa fille de 9 ans, avant d’être arrêtée. Selon le New York Times, la TSA avait prévenu l’ICE que cette ressortissante guatémaltèque en situation irrégulière allait prendre l’avion pour Miami. Techniquement, cette arrestation précède l’envoi de la police de l’immigration dans les aéroports, mais de telles opérations pourraient se multiplier.
Additional raw footage from new angle. 👇
This woman is U.S. citizen traveling with her young daughter—according to witness who filmed video.
She could not prove her citizenship to satisfaction of the agents—and was violently taken into ICE custody.
San Francisco Airport pic.twitter.com/d1WXpZwIm3
— LongTime🤓FirstTime👨💻 (@LongTimeHistory) March 23, 2026
« Jamais dans notre histoire un président n’a déployé des agents armés dans les aéroports pour inspirer la peur parmi les familles. Les Américains ne veulent pas vivre dans l’État policier dystopique du conseiller de la Maison-Blanche Stephen Miller », a dénoncé la puissante organisation de défense des libertés civiles ACLU.
Un « test » avant les midterms, suggère Steve Bannon
L’ironie de la situation, c’est que la paralysie budgétaire actuelle résulte d’un bras de fer sur l’ICE. Les démocrates refusent de financer le DHS, dont dépend également la police de l’immigration, sans une vaste réforme de cette dernière, deux mois après la mort de deux Américains à Minneapolis. L’opposition réclame notamment la fin des agents masqués, des mandats judiciaires obligatoires pour pénétrer dans un domicile afin de procéder à une arrestation mais aussi l’interdiction des opérations dans des lieux sensibles comme les hôpitaux, les églises ou… les bureaux de vote.
La question des bureaux de vote est particulièrement sensible. « Nous pouvons utiliser cela, l’aide de l’ICE dans les aéroports, comme test afin de perfectionner véritablement l’implication de l’ICE lors des élections de mi-mandat de 2026 », a suggéré l’ancien conseiller de Donald Trump, Steve Bannon, ces derniers jours. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a refusé de l’écarter, précisant toutefois que Donald Trump ne l’avait jamais évoqué devant elle.
Officiellement, Bannon et plusieurs trumpistes assurent qu’il s’agit de dissuader les fraudeurs. Les cas de non-citoyens qui votent sont pourtant extrêmement rares : 16 confirmés dans le Michigan, ou 13 dans l’Ohio à la dernière présidentielle, selon des audits. Les démocrates, eux, dénoncent une potentielle intimidation des électeurs, particulièrement des minorités, alors que plusieurs études ont montré qu’une simple interaction avec la police pouvait dissuader une personne de venir voter. « Trump et les républicains Maga savent que leurs politiques en échec ne gagneront pas dans les urnes. Ils n’ont donc plus qu’une option : voler les élections », dénonce le sénateur démocrate du Massachusetts Ed Markey.
« Une force de police sous le contrôle de la Maison-Blanche »
L’ICE et le DHS sont nés en 2003, en réponse au 11-Septembre et au fiasco sécuritaire américain. À l’origine, il s’agissait surtout de lutter contre le terrorisme et les gangs transnationaux. Puis Barack Obama, surnommé par ses détracteurs le « Deporter-in-chief », a massivement eu recours à l’ICE, avec 3 millions d’expulsions en huit ans. Donald Trump a continué lors de son premier mandat, puis a profondément transformé l’agence depuis son retour à la Maison-Blanche.
Le président américain a plus que doublé les effectifs de l’ICE en un an, de 10 000 à 22 000 – dont près de 13 000 agents de terrain, un chiffre désormais comparable à celui des agents spéciaux du FBI. Grâce à la loi « One Big Beautiful Bill », son financement a également explosé : en plus de son budget annuel de 10 milliards de dollars, l’ICE a bénéficié d’une enveloppe de 75 milliards de dollars à dépenser au cours des quatre prochaines années. Soit environ 27 milliards de dollars par an, un total supérieur aux budgets cumulés des principales agences fédérales de lutte contre la criminalité – FBI, DEA (lutte contre le trafic de drogue) et ATF (lutte contre le trafic d’armes à feu et les explosifs).
« L’ICE est en train d’être transformée en une force de police opérant selon des règles plus agressives, traditionnellement admises uniquement aux frontières – et non à l’intérieur du territoire – tout en disposant d’un budget séparé très important. Elle évolue vers une force de police placée sous le contrôle direct de la Maison-Blanche, que le président pourrait choisir d’utiliser pour diverses missions de maintien de l’ordre », alerte Hiroshi Motomura, professeur de droit à l’université UCLA spécialiste de l’immigration, auprès du Point. « Au cœur de cette dynamique se trouve le récit porté par la Maison-Blanche selon lequel les États-Unis seraient “envahis”, justifiant ainsi le recours à des mesures d’exception. Les précédents historiques de ce type de force de police distincte, échappant aux mécanismes traditionnels de transparence et de responsabilité, sont extrêmement préoccupants. »

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