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Macron et Trump « totalement alignés sur la Syrie », mais alignés sur quoi ?

Macron et Trump « totalement alignés sur la Syrie », mais alignés sur quoi ?

Le message envoyé par Emmanuel Macron au président américain et révélé par ce dernier suscite des réactions alors que la Syrie est de nouveau sous tension dans les zones kurdes du pays.

« Nous sommes totalement alignés sur la Syrie. Nous pouvons faire de grandes choses en Iran. Je ne comprends pas ce que tu fais au Groenland. » Le message envoyé par Emmanuel Macron à Donald Trump, révélé par ce dernier sur son réseau Truth Social, a été abondamment commenté sur le Groenland. Mais la première phrase, sur la Syrie, a aussi fait réagir.

Paris et Washington, deux membres clés de la coalition internationale antidjihadistes dont les forces sont toujours présentes sur le sol syrien, sont-ils « totalement alignés sur la Syrie » ? La réflexion fait débat au moment où une vaste offensive a été lancée par la « nouvelle » armée syrienne, formée de groupes armés et tribaux réunis sous les ordres du président de transition syrien Ahmed al-Chareh, pour conquérir les zones kurdes qui échappent à son autorité. En face, les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition dominée par les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), ont été les alliés des Occidentaux depuis plus d’une décennie et le fer de lance de la lutte contre Daech.

« La France coopère étroitement avec les États-Unis dans son travail de médiation entre les Kurdes et Damas », commente une source diplomatique, rappelant la nécessaire « mise en œuvre de l’accord du 10 mars dernier entre les deux parties » pour avancer vers « l’unité de la Syrie » et « l’intégration de toutes ses composantes ». « Depuis mars, poursuit-elle, nous avons eu de nombreuses réunions avec Tom Barrack, l’ambassadeur américain (en Turquie) qui mène ces négociations. » « Nous sommes également alignés avec les États-Unis dans la lutte contre le terrorisme avec l’opération Inherent Resolve (en Syrie et en Irak) », complète la même source. Au sein de la coalition, la France a été l’une des puissances les plus impliquées depuis 2015, aux côtés des FDS, dans la lutte contre Daech. Mais sa présence est conditionnée à celle des États-Unis.

La crainte d’une escalade

Washington, de son côté, cherche à ménager la Turquie, viscéralement opposée à la présence d’un territoire kurde à sa frontière. Ces derniers mois, Donald Trump a marqué sa proximité avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, qui appuie militairement cette opération de Damas contre les Kurdes. D’ailleurs, Donald Trump n’a jamais porté dans son cœur cette rébellion kurde « communiste », liée au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), classé comme organisation terroriste par les États-Unis. Déjà en octobre 2019, lors de l’opération militaire turque contre des régions du nord de la Syrie (dénommée « Source de Paix »), le président américain avait répété que les FDS « n’étaient pas des anges », pour justifier ce qui était déjà ressenti comme une « trahison ».

Les négociations à Damas se sont accélérées en début de semaine, sous l’égide de Tom Barrack, ambassadeur en Turquie et proche de Trump. Lundi soir, Mazloum Abdi, le commandant en chef des FDS, a claqué la porte, jugeant qu’on le forçait à une reddition. Mardi soir, il a finalement accepté un accord : un cessez-le-feu a été signé ce 20 janvier, donnant quatre jours aux Kurdes pour le mettre à exécution. L’Administration autonome du Nord-Est syrien doit, d’ici samedi à 20 heures, se replier sur les villes principales (Hassaké, Qamishli, Kobané) et intégrer ses forces dans celles de la nouvelle Syrie unie. Les Kurdes obtiendraient en échange un poste de vice-ministre de la Défense, que Mazloum Abdi a refusé, et le gouvernorat de Hassaké. Cela scellerait la fin du « Rojava » (l’autre nom de l’Administration autonome) en tant que territoire autonome et en tant qu’expérience politique.

« La raison d’être des FDS, qui était au départ de lutter contre Daech, n’existe plus », a répété Trump, le 20 janvier. À Paris, la situation fait craindre une escalade. Les forces gouvernementales se tiennent aux portes des villes kurdes. Les images d’exactions, de décapitations et d’exécutions sommaires, se répandent sur les réseaux sociaux. Les Kurdes se mobilisent. Surtout, un nouveau conflit laisse planer le risque de voir Daech profiter d’une forme de vide sécuritaire pour renaître.

Pour reprendre Kobané, puis Raqqa en 2017, pour écraser le « califat » et son proto-État djihadiste dans la vallée de l’Euphrate, les Kurdes ont toujours été le fer de lance des Occidentaux. De nombreux États, dont la France, se sont également reposés sur eux pour garder des milliers d’étrangers dangereux dans leurs prisons et les maintenir loin de leur territoire… Ce sont sur ces questions de la sécurité des prisons et du sort des djihadistes étrangers qui y restent que flotte la plus grande incertitude.