Jamais encore la Fifa n’avait décerné de « prix de la paix ». L’idée n’existait tout simplement pas il y a cinq semaines. Et, dès sa conception, nul doute n’a subsisté sur l’identité de son premier, et unique, lauréat : Donald Trump, qui convoite depuis des années un Nobel insaisissable. Trente minutes après le début du tirage au sort du Mondial, organisé au Kennedy Center, un lieu que Trump, dit-on, rêverait de rebaptiser à son nom, le président de la Fifa, Gianni Infantino, appelle le président sur scène, médaille en main.
« Vous méritez sans aucun doute le premier prix Fifa pour la paix pour votre action et pour ce que vous avez obtenu. », déclare solennellement Infantino tandis que Trump, saisit le ruban et se l’accroche lui-même autour du cou. « C’est véritablement l’un des plus grands honneurs de ma vie », répond le président américain.
Depuis des mois, le patron de la Fifa multiplie les gestes d’allégeance. Il assiste à l’investiture du président en janvier, l’invite ensuite à remettre les médailles de Chelsea lors de la Coupe du monde des clubs. Il le suit jusqu’en Égypte à l’automne pour un sommet scellant un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, et loue même des bureaux dans l’une des tours du magnat new-yorkais. À force de rôder autour de la Maison-Blanche et de Mar-a-Lago, Gianni Infantino donne l’impression d’y avoir établi une résidence secondaire.
Infantino, l’ex-critique devenu courtisan
Élu en 2016 pour tourner la page Blatter, l’Italo-Suisse de 55 ans incarnait alors un espoir de réforme. Il a, certes, élargi les tournois, dopé les réserves financières et accru les dotations du football féminin. Mais il s’est aussi rapproché de régimes autoritaires, de la Russie au Qatar, et, désormais, d’un président américain dont il dénonçait autrefois les outrances.
« C’est un autre monde. Infantino est grisé par les cercles élitistes du pouvoir, du statut et de la richesse dans lesquels il a été propulsé », observe David Goldblatt, écrivain britannique et professeur invité à Pitzer College, évoquant au Los Angeles Times, la crainte du patron de la Fifa qu’un Donald Trump irascible ne sabote le Mondial. « Ce n’est pas ainsi que fonctionnaient autrefois les États et les chefs d’État. » Une nouvelle réalité qui se traduit concrètement par des gestes spectaculaires, comme la relocalisation express du tirage au sort du Mondial. Prévue à Las Vegas, la cérémonie a été propulsée à Washington, sur simple décision présidentielle.
Vendredi encore, la Fifa a dérogé à toutes ses traditions par son prix de la paix improvisé. Il s’agissait de la septième rencontre entre Trump et Infantino depuis janvier. Une proximité plus intense qu’avec n’importe quel chef d’État. Selon le L.A. Times, le tout récent « Fifa Peace Prize » a été créé sans même consulter le Conseil de la Fifa, composé de 37 membres.

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