L’ancien PDG de Victoria’s Secret s’est présenté à la commission de la Chambre des représentants comme la victime d’un « escroc de niveau mondial », disant avoir été « naïf, sot et crédule » face au pédocriminel.
Il n’a « rien fait de mal » et n’a « rien à cacher ». Mercredi 18 février, Les Wexner, ancien PDG du groupe L Brands (qui comprend notamment la marque de lingerie Victoria’s Secret et Abercrombie & Fitch), 88 ans, a témoigné devant la Commission de contrôle de la Chambre des représentants.
L’homme a été clé dans la constitution de l’immense fortune de Jeffrey Epstein, le financier accusé de trafic sexuel de mineures, mort dans sa cellule en 2019. « J’ai complètement et irrévocablement coupé les liens avec Epstein il y a presque vingt ans, quand j’ai appris que c’était un violeur, un escroc et un menteur », a-t-il déclaré.
Les Wexner avait été assigné à comparaître dans l’une des annexes du Capitole, à Washington, mais l’audience a finalement eu lieu dans l’Ohio, son État natal. Seuls les représentants démocrates étaient présents, certains élus républicains avaient délégué des employés. Dans les dossiers Epstein publiés par le département de la Justice, le nom de Les Wexner apparaît plus de mille fois.
Le FBI, dans un document de 2019, l’a identifié comme « meilleur ami » et nommé parmi neuf conspirateurs potentiels, mais aucune charge n’a jamais été retenue contre lui. Dans un mail, il était aussi noté qu’il y avait « peu de preuves de son implication ». Les élus l’accusent d’avoir été au courant des crimes de Jeffrey Epstein et de n’avoir rien fait pour les arrêter.
© (U.S.House Committee on Oversight and Government Reform/dr)
Premier soutien financier d’Epstein
Les dénégations de Les Wexner n’ont pas convaincu. « Personne n’a autant fourni de soutien financier à Jeffrey Epstein pour commettre ses crimes que Les Wexner », a déclaré le numéro deux de la commission, Robert Garcia, élu de Californie. Il estime à 1 milliard de dollars l’argent « viré, fourni sous forme d’actions ou donné directement » à Jeffrey Epstein par Les Wexner. Celui-ci, a rapporté Robert Garcia, a juré ignorer combien d’argent avait transité entre eux.
Il n’y aurait pas d’île d’Epstein, il n’y aurait pas d’avion d’Epstein, il n’y aurait pas d’argent pour le trafic de femmes et de filles (…) sans le soutien de Les Wexner.
Robert Garcia, membre de la Chambre des représentants
Il a aussi assuré que Jeffrey Epstein et lui « n’étaient même pas amis », « pas très proches ». « Ils passaient beaucoup de temps ensemble », a pourtant rappelé Robert Garcia, soulignant que Les Wexner avait reconnu être allé sur l’île du pédocriminel et dans ses autres propriétés. « Il faut qu’on soit très clair : il n’y aurait pas d’île d’Epstein, il n’y aurait pas d’avion d’Epstein, il n’y aurait pas d’argent pour le trafic de femmes et de filles, M. Epstein n’aurait pas été l’homme riche qu’il était sans le soutien de Les Wexner », a déclaré Robert Garcia.
Les Wexner a admis être allé sur l’île, « quelques heures », en famille. En introduction, il a assuré que sa relation avec Jeffrey Epstein était limitée, et a nié avoir été au courant de ses crimes. « J’ai été naïf, sot et crédule de faire confiance à Jeffrey Epstein », a-t-il déclaré. Il s’est présenté comme la victime d’un « escroc de niveau mondial », « malin, diabolique, un manipulateur magistral ». Il s’est dit heureux de témoigner pour « rétablir la vérité ».
C’est un associé de Les Wexner qui lui avait présenté Jeffrey Epstein, en 1986, alors que ses marques envahissaient les centres commerciaux. Deux ans plus tard, Les Wexner lui confiait la gestion de sa fortune et, en 1991, lui donnait procuration. Jeffrey Epstein a donc réalisé des investissements, acheté des locaux, mené des transactions en son nom et, ainsi, contribué au développement de l’empire de Les Wexner. En 2003, celui-ci confiait à Vanity Fair que Jeffrey Epstein avait « un jugement excellent et des exigences exceptionnellement élevées », et avait toujours été « un ami très fidèle ».
Des contacts après 2007
En août 2019, Les Wexner assurait, dans une lettre à sa fondation, avoir coupé les liens avec Jeffrey Epstein depuis 2007, en apprenant qu’il était accusé de trafic sexuel de mineures. « Je regrette profondément d’avoir croisé son chemin », écrivait-il alors, exprimant aussi sa sympathie pour les victimes. Virginia Giuffre, qui s’est suicidée l’année dernière, expliquait en 2016 avoir été forcée à plusieurs reprises à des rapports sexuels avec Les Werner. Celui-ci a répété n’avoir jamais trompé sa femme.
Jeffrey Epstein, ajoutait Les Wexner, avait détourné « d’importantes sommes » d’argent lui appartenant, à lui et sa famille. Il aurait notamment acheté des biens en son nom, à un prix très bas. Ses avocats ont ensuite affirmé qu’il avait remboursé 100 millions de dollars, « une fraction » des montants dérobés.
Je te dois beaucoup, tout comme, franchement, tu me dois beaucoup.
Jeffrey Epstein dans une lettre à Les Wexner
Mais les documents publiés par le département de la Justice montrent des contacts ultérieurs entre les deux hommes. En juin 2008, Les Wexner a ainsi envoyé un mail à Jeffrey Epstein, après l’annonce d’un accord avec la justice : Jeffrey Epstein avait plaidé coupable de sollicitation de prostitution de mineure en Floride, et devait passer dix-huit mois en prison (il a finalement purgé treize mois). Les Wexner lui écrivit : « Abigail [son épouse, NDLR] m’a dit le résultat… Tout ce que je peux dire, c’est que je suis désolé. Tu as enfreint ta règle numéro une… toujours être prudent. » Ce à quoi Jeffrey Epstein lui répondit : « Aucune excuse. »
2007 correspondrait, selon le porte-parole de Les Wexner, à la date où ce dernier s’est séparé de Jeffrey Epstein comme conseiller financier, a révoqué sa procuration et a ôté son nom de ses comptes en banque. Jeffrey Epstein a ensuite rédigé le brouillon, non daté, d’un courrier à Les Wexner pour tenter de renouer, en lui rappelant leur passé commun. « Nous avons eu des relations troubles (« gangster stuff ») pendant plus de quinze ans », écrivait-il, ajoutant : « Je te dois beaucoup, tout comme, franchement, tu me dois beaucoup. »
On ignore si cette lettre a été envoyée (Les Wexner assure, via son porte-parole, ne l’avoir jamais reçue), mais le but semblait être de lui rappeler, comme à d’autres, qu’il connaissait ses secrets.
« Je n’ai aucun doute, étant donné les preuves jusqu’à présent, que Les Wexner était au courant et n’a rien fait pour arrêter tout ça », a conclu Stephen Lynch, élu du Massachusetts.

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